Flashscore : Quelles sont vos sensations à l'approche de ce premier combat contre Bexcy Mateus ?
Estelle Mossely : Ça va très bien, je finalise mes derniers entraînements. J'ai hâte de boxer et surtout en France, car ça faisait longtemps.
Chez les professionnels, cela remontait à avant les Jeux olympiques de Paris, contre Anisha Basheel en février 2023 !
Ça remonte oui ! J'avais eu une blessure en 2023 après ma qualification olympique. Ça fait quand même trois ans (rires).
Dans quelle catégorie allez-vous combattre ?
En léger. C'est un combat sans titre, il y a un seuil de tolérance mais je reste dans ma catégorie. Je me suis posée la question si j'allais passer en super-léger. Après réflexion, j'ai décidé de rester dans ma catégorie de prédilection. Je n'ai pas de problème pour faire 61kg donc c'est là que je veux continuer d'évoluer.
Votre adversaire est classée 21e mondiale par Boxrec en welter. C'est relevé alors même que vous avez un deuxième combat dans la foulée.
Ce n'est pas un petit combat. Mon combat de retour, je l'ai fait en décembre à Dubai. C'est ma dernière année, il ne me reste pas beaucoup de combats et je veux continuer à monter pour finir du mieux possible, avec les meilleurs titres possibles.
Vous évoquez votre combat contre Ellen Simwaka. Boxrec a décidé de le classer dans une catégorie IBA-Pro et pas dans votre palmarès professionnel stricto sensu. Il y a une raison ?
Personne n'a compris ! Ça ne change rien pour moi, il fallait que je revienne et que je fasse un combat. Je m'attendais à quelque chose d'intéressant car j'avais repris l'entraînement en juin 2025 et ça commençait à tarder. J'ai eu l'opportunité de boxer mais tout s'est fait un peu à la va-vite. En réalité, je devais initialement boxer à Kinshasa. Ça ne s'est fait pas fait mais j'ai pu déplacer ce combat à Dubai. Pourquoi ça ne compte pas comme un combat pro ? Je ne sais pas. En revanche, ça m'a fait du bien de reprendre mes marques sur le ring. Après plusieurs années sans avoir boxé en professionnel pendant plusieurs années, j'avais des réglages à faire car l'appréhension du ring n'est pas la même et ce combat était vraiment nécessaire pour aborder la suite avec un niveau plus relevé.
Ellen Simwaka était classée en coq, soit 4 catégories en-dessous des légers mais elle a été dangereuse.
Ça n'a pas été simple, notamment au niveau des coups. Je revenais d'un passage dans les rangs amateurs pour participer aux JO 2024. Cette fois, c'était sans casque, avec de petits gants, et un plus grand nombre de rounds. Quand on n'a pas boxé depuis longtemps, c'était important de se remettre dans le bain. On l'a vu : même si elle venait de catégories en-dessous, elle était physique. Ça montre qu'il faut boxer souvent, pour avoir des repères. Il faut de la fréquence, c'est pour ça que j'ai voulu enchaîner avec deux combats à la suite. Ce sera toujours mieux et cette année, je veux aller partout où je peux aller. Je ne veux pas m'économiser. Boxer souvent est bénéfique, notamment par rapport à la progression. Il n'y a pas de petits combats, chacun doit te faire performer.
Les gants professionnels n'ont en plus rien à voir avec ceux de boxe olympique.
C'est peut-être l'âge ou le fait d'être maman mais j'ai de plus en plus de mal avec le fait de prendre des coups et d'être marquée. La boxe, c'est violent et on voit la différence, pas uniquement en termes de taille puisque les gants professionnels sont plus petits, mais ils sont aussi plus durs. On ne rentre pas avec le même état d'esprit. En boxe olympique, je me dis que c'est cool, qu'on va jouer, ça se joue dans la tête, sur qui va toucher la première. En pro, je n'arrive pas du tout avec le même état d'esprit, j'espère que je ne vais pas être coupée ou finir avec un cocard. On sait que ce sera plus agressif et on veut éviter la blessure.
Yoni Valverde nous a dit que c'était comme se claquer la tête contre un mur !
C'est à peu près ça (rires). Tu as des bleus partout, tout ton corps souffre. Ça pose le décor de la boxe professionnelle. À partir de certaines catégories, les coups portés font mal et il faut du temps pour s'en remettre. Boxer le 9 avril puis le 23, c'est une gestion particulière et je vais devoir tout millémétrer au niveau des entraînements, de la préparation physique et des sparrings. Il y a des séquelles, même après un 8-rounds, il faudra boxer proprement. Mon point fort, c'est de boxer à distance et je dois éviter les chocs de tête et de coude comme à Dubai. Je devrai me préserver au maximum.

La boxe sud-américaine est réputée très physique, avec un pressing constant et des frappes lourdes.
Exactement, ce sont des filles qui rentrent dedans, qui n'ont pas peur des coups. Il faudra boxer intelligemment et que je sois sereine quant à mes capacités. J'ai eu une très bonne préparation physique, j'ai le cardio. Je ne veux pas prendre de risques pour m'exposer aux coups. Ce combat sera intéressant par rapport à la maîtrise de ce que je veux faire. Ça m'arrive de m'emballer et de m'exposer pour rien alors que je domine les échanges. C'est toujours à la fin que je prends des coups que je devrais pas prendre et que je finis marquée. C'est quelque chose que je mets en place depuis un moment.
Quelle ceinture sera en jeu contre Karen Carabajal le 23 avril ?
Ce sera la WBA Interim des légers. On entre dans le vif du sujet.
La catégorie est très relevée, on ne pourra pas dire que vous cherchez la facilité !
Non, ce n'est pas la facilité et cette catégorie n'a jamais été facile de toutes façons. Pour autant, je laisse la porte ouverte : c'est la catégorie où je me sens bien mais je peux monter si jamais une opportunité se présente. Je prends ce qu'il y a prendre. Je m'entraîne depuis plusieurs mois pour redevenir forte, je n'ai pas envie de passer à côté de choses parce que je me serais réfugiée dans une catégorie. J'ai déjà boxé une fois en super-léger, je serai capable d'y retourner s'il le faut. Pour l'instant, je reste en léger et j'espère que des choses s'ouvriront si j'ai le titre.
Si vous montez en super-léger, on imagine que ce serait pour affronter Katie Taylor ?
Exactement ! C'est ce que j'aurais voulu faire depuis un moment, même en début de carrière mais ça ne s'est pas fait. L'histoire que j'ai eue depuis les rangs olympiques me pousse à faire ce combat-là. Ce serait une belle façon de finir ma carrière contre elle, surtout qu'elle aussi est sur la fin, elle veut boxer une dernière fois cet été. Ce serait un bel objectif.
La boxe féminine internationale connaît un nouvel essor avec Jake Paul avec sa société MVP qui organise de grands galas diffusés notamment sur Netflix. Vous êtes le visage le plus connu de la discipline en France : comment voyez-vous cette évolution ?
La boxe féminine est en évolution au niveau international mais ce n'est pas le cas en France. À mon niveau, malgré mes titres, je vois que c'est compliqué de concurrencer à l'international parce qu'il n'y a pas les promoteurs qu'il faut et parce que les personnes en place comme MVP et Eddie Hearn savent très bien qu'on n'a pas de business ici et ne nous proposent pas des bourses conséquentes pour rencontrer leurs boxeuses. Je me suis un peu résignée et j'ai envie de participer au développement en France, car on a des championnes, des boxeuses en devenir qui méritent amplement d'être traitée de la même manière qu'en Angleterre ou aux États-Unis. J'ai déjà commencé à réfléchir ça ça et je veux contribuer à cette évolution. Si ce n'est pas mes titres, ce sera par mes actions, comme promotrice ou présidente de fédération.
