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Interview Flashscore - Elena Linari : "A la présidence de la FIFA, Michele Kang apporterait une perspective différente""

Elena Linari joue pour les London City Lionesses.
Elena Linari joue pour les London City Lionesses.Damon Thomson / Alamy / Profimedia

Cinq titres de championne d’Italie, un championnat d’Espagne, plus de 125 sélections internationales et plus de 360 apparitions au plus haut niveau du football européen. Ces chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire d’Elena Linari, capitaine de la sélection italienne à 32 ans et l’une des figures les plus influentes du football féminin italien.

Sa carrière a été jalonnée de succès, de Brescia et la Fiorentina à l’Atlético de Madrid et la Roma, jusqu’à un été extraordinaire lors de l’Euro 2025.

L’Italie a atteint les demi-finales pour la première fois en 28 ans, avant de subir une défaite cruelle face à l’Angleterre, finalement sacrée. La sélection italienne a concédé le but décisif à la 119e minute de la prolongation. Linari a également été la seule Italienne retenue dans l’équipe-type officielle de l’UEFA, aux côtés de joueuses comme Aitana Bonmati, Alexia Putellas et Lucy Bronze.

Aujourd’hui, la défenseure italienne relève un nouveau défi en Angleterre avec les London City Lionesses, un club ambitieux exclusivement consacré au football féminin. Dans cet entretien exclusif accordé à Flashscore, Linari revient sur sa carrière, évoque les émotions vécues lors du tournoi continental en Suisse et aborde les défis auxquels le football féminin est encore confronté en Italie.

Elle évoque également sa décision de quitter la Roma, le projet ambitieux de London City et la vision de la propriétaire du club, Michele Kang, dont le nom a même été cité comme une potentielle candidate à la présidence de la FIFA.

Flashscore : Comment avez-vous commencé à jouer au football et quand avez-vous compris que cela pourrait devenir votre métier ?

Linari : J’ai commencé à jouer au football à l’âge de cinq ans, mais comme je le dis souvent, je pense en réalité avoir commencé à jouer alors que j’étais encore dans le ventre de ma mère. Mes parents avaient des abonnements au Stadio Franchi de Florence lorsque ma mère était enceinte de moi, et ils ont continué à aller aux matchs jusqu’à peu avant ma naissance. Compte tenu du lien entre le ventre maternel et l’environnement extérieur dans lequel se développe un bébé, j’aime penser que le football coulait déjà dans mes veines avant même ma naissance.

À cinq ans, je faisais aussi de la natation en parallèle du football. Mais à un moment donné, ma mère m’a dit que je devais choisir entre les deux sports, car elle ne pouvait pas continuer à emmener ma sœur et moi à la piscine avant de me conduire également à l’entraînement de football. J’ai donc décidé de chausser mes crampons et de réserver mon maillot de bain à l’été, ou aux moments où j’aurais envie de retourner à la piscine, car j’aime toujours autant nager.

À partir de ce moment-là, le football est devenu ma passion, dès la toute première fois où j’ai chaussé une paire de crampons. 

Vous avez connu une carrière extrêmement riche, avec cinq titres de championne d’Italie et des expériences en Espagne et ailleurs à l’étranger. Quelle victoire compte le plus pour vous ?

La victoire qui compte le plus pour moi, c’est simplement d’avoir continué à croire que c’était possible. Je ne voudrais pas réduire toute ma carrière aux titres ou aux trophées que j’ai remportés, individuellement ou avec mes équipes. J’aime penser que mon plus grand succès a été de croire en ce rêve d’enfant de devenir footballeuse jusqu’au bout.

Je n’aurais jamais imaginé pouvoir devenir footballeuse professionnelle et transformer le football, ma passion, en métier. Il y a eu tant de difficultés, des moments de découragement où j’ai même pensé abandonner, des moments de larmes, mais aussi tant de merveilleux instants remplis de rires, de victoires et de records.

Pour moi, c’est la plus grande leçon, car le football est mon métier, mais c’est aussi quelque chose qui doit m’enseigner des leçons sur la vie, et c’est exactement ce qui se passe.

Ma plus grande victoire est d’être arrivée là où je suis aujourd’hui sans jamais abandonner, malgré toutes les difficultés. Mais surtout, c’est de pouvoir continuer à m’amuser chaque jour. Jouer au football est merveilleux, même si cela peut parfois devenir exigeant en raison de tous les choix à faire pour maintenir un tel niveau.

Pour ma part, même si je suis loin de chez moi et seule, je continue à prendre du plaisir. J’aime ce sport de plus en plus chaque jour et, surtout, je continue à en apprendre quelque chose de nouveau. 

Que vous ont appris vos expériences à l’étranger, d’abord en Espagne, puis en France avec Bordeaux, et désormais en Angleterre ?

Mes expériences à l’étranger m’ont appris ce que signifie être une joueuse parmi beaucoup d’autres, plutôt que d’être accompagnée comme je l’ai souvent été en Italie. À l’étranger, on est une joueuse parmi d’autres, ou du moins c’est ainsi que cela s’est passé pour moi dans chaque club où j’ai joué. En Italie, le fait d’être italienne peut faciliter un peu les choses, notamment grâce à la langue et aux relations que l’on peut établir avec les entraîneurs et le personnel.

À l’étranger, il faut une période d’adaptation qui, dans mon cas, a toujours duré environ six mois à un an. Ces expériences m’ont appris à m’adapter plus rapidement, à découvrir de nouvelles cultures et, surtout, à ne jamais abandonner. Être sur le banc n’a pas été facile pour moi, pas plus que de me retrouver écartée du groupe pour la première fois, parfois même en tribunes. Accepter ces décisions a été extrêmement difficile, car je n’avais jamais vécu cela auparavant.

Je ne changerais rien à ce que j’ai fait. En réalité, je recommencerais tout, car ces expériences m’ont permis de devenir celle que je suis aujourd’hui. Je suis très fière de mon parcours, y compris des moments où j’ai rencontré des difficultés.

Ce que j’apprends aujourd’hui, particulièrement ici en Angleterre, c’est à ne pas me concentrer exclusivement sur ces 90 minutes ou sur le fait de jouer ou non un match donné. Je dois regarder la situation dans son ensemble et penser davantage au long terme. J’essaie de progresser chaque jour. Cela ne veut pas dire que je ne le faisais pas avant, mais j’étais très concentrée sur les matchs individuels et sur le fait de jouer les 90 minutes.

Cela reste l’un de mes objectifs, mais j’ai désormais davantage envie de grandir et de progresser au quotidien. Car si l’on parvient à s’améliorer chaque jour, y compris mentalement, on se sent mieux. Même lorsqu’on ne joue pas régulièrement, on peut garder l’esprit clair, une énergie positive, de l’enthousiasme et un haut niveau d’intensité.

Jouer à l’étranger m’a aussi appris cela : comprendre ce que signifie être sur le banc. 

Lors de l’Euro 2025, l’Italie est passée tout près de la finale et vous avez été retenue dans l’équipe-type du tournoi. Comment avez-vous vécu cette expérience de l’intérieur ?

Je pense que l’Euro 2025 a été un moment magique pour nous toutes, pour le football féminin italien et pour la sélection, notamment au vu du soutien reçu de la part des supporters en Suisse et dans notre pays.

C’était spécial, car nous avons créé une énergie unique, un sentiment d’unité au sein du groupe qui a dépassé toutes les difficultés et les contraintes physiques auxquelles nous avons été confrontées. Notre préparation pour l’Euro a été difficile, avec des séances d’entraînement intenses sous la chaleur de Florence, souvent très tôt le matin pour éviter les heures les plus chaudes de la journée. Il y a également eu tous les efforts physiques fournis pendant le tournoi.

Elena Linari, de l’Italie, dispute le ballon avec Felica Schroder, de la Suède
Elena Linari, de l’Italie, dispute le ballon avec Felica Schroder, de la SuèdeMaurizio Lagana / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

Cela n’a pas été facile pour tout le monde. J’ai eu la chance de jouer chaque match, mais il y avait au sein du groupe une énergie très positive et une détermination de toutes les joueuses à préserver cet état d’esprit, qu’elles jouent ou non. Si nous avons obtenu ce résultat, c’est aussi et surtout grâce aux joueuses qui ont eu moins d’occasions sur le terrain, mais qui ont tout de même apporté une contribution énorme à celles d’entre nous qui avons eu la chance de débuter les matchs.

Sur le plan physique et tactique, nous avons disputé, selon moi, un Championnat d’Europe presque parfait. Cela nous a permis de rivaliser à armes égales avec tous nos adversaires.

Il y aura toujours une petite amertume d’avoir manqué la finale à quelques secondes près, mais je pense que ce que nous avons réalisé était extraordinaire.

Maintenant, si nous voulons nous appuyer sur ce succès, nous devons nous qualifier pour la Coupe du monde. Ce serait une occasion importante de continuer à développer l’ensemble du football féminin, d’assurer la continuité des projets lancés par la Fédération italienne de football et au sein du championnat national, et de permettre également aux clubs italiens de poursuivre leur croissance. 

Malgré cette performance remarquable, l’attention des médias envers la sélection féminine italienne semble encore limitée. Y a-t-il un problème culturel ?

Oui, je pense qu’il existe encore un problème culturel, avec peut-être aussi une certaine réticence à accorder de l’espace et de l’attention à des sports autres que ceux qui bénéficient traditionnellement d’une plus grande visibilité.

Je pense par exemple au volley-ball, au basket-ball, au handball ou aux sports d’hiver, qui ont tous obtenu des résultats extraordinaires. Pourtant, on a parfois l’impression qu’il faut réaliser quelque chose d’exceptionnel pour obtenir la couverture médiatique et la reconnaissance que ces sports méritent. Je me demande pourquoi cela doit toujours être si difficile. On accorde souvent plus d’attention à la vie privée des athlètes qu’à leurs performances et à celles des sélections qui représentent notre pays.

Cela a aussi des conséquences pour les jeunes générations. Il existe tant de sports que les enfants ont rarement l’occasion de voir à la télévision. À moins de rencontrer à l’école des enseignants ou des éducateurs qui leur font découvrir ces disciplines, ils risquent de ne jamais les connaître. Et cela me rend triste.

Je pense qu’il reste aussi beaucoup de travail à accomplir dans le football féminin, notamment pour tirer le meilleur parti des moments où l’intérêt et l’attention du public augmentent, comme cela s’est produit après l’Euro. Ce sont des occasions importantes dont il faut profiter pour maintenir cette visibilité et rapprocher toujours plus de personnes de ce sport.

Quand je regarde d’autres sélections européennes, comme les Pays-Bas ou l’Angleterre, je vois des stades pleins et un fort sentiment d’appartenance chez les supporters. En Italie, nous attirons surtout des familles et des clubs de jeunes, ce qui est formidable, car cela crée un environnement positif et sûr. Mais j’aimerais que nous allions au-delà et que nous touchions un public encore plus large et plus passionné.

Ce que j’aimerais vraiment voir, c’est un sentiment d’appartenance plus fort envers nos sélections, quel que soit le sport pratiqué. Car lorsqu’une équipe représente l’Italie, cela devrait être quelque chose auquel nous pouvons toutes et tous nous identifier. 

Vous avez choisi de rejoindre les London City Lionesses, un club entièrement et exclusivement consacré au football féminin. Qu’est-ce qui vous a convaincue et quelles sont les ambitions du club ?

Ce qui m’a convaincue à London City, c’est sans aucun doute le projet, extrêmement ambitieux, qui vise à créer quelque chose d’unique et d’historique dans le football, pas seulement dans le football féminin. Lorsque j’ai reçu l’appel, je me suis sentie très honorée et j’ai immédiatement pensé qu’il pouvait s’agir d’une occasion unique dans une vie.

Il n’a pas été facile pour moi de décider de quitter la Roma, car ce club représentait ma maison et j’y avais passé quatre années extraordinaires, en remportant tout ce que je pouvais gagner. Mais je pense aussi qu’à un moment donné, les cycles peuvent prendre fin. J’avais probablement atteint un stade de ma carrière où je ressentais le besoin de changer quelque chose pour continuer à progresser.

Jusqu’à présent, rejoindre London City a été une formidable décision et je referais le même choix malgré certaines difficultés. C’est un nouveau club, construit pratiquement à partir de rien. Il est donc normal que quelques éléments doivent encore être peaufinés. Le parcours entamé l’an dernier et poursuivi cette saison est ambitieux. Il y a l’envie de gagner, mais surtout celle d’aider les joueuses à progresser individuellement et collectivement. Pour moi, c’est l’aspect le plus important.

Les statistiques les plus récentes d’Elena Linari
Les statistiques les plus récentes d’Elena LinariFlashscore

Le club et sa direction sont déterminés à investir dans tous les domaines, pas seulement dans l’équipe première, mais aussi dans la formation des jeunes et le personnel technique et d’accompagnement. Le nombre de personnes qui travaillent autour de nous augmente chaque jour. Parfois, mes coéquipières et moi rions car, au petit-déjeuner ou au déjeuner, nous nous retrouvons à regarder des personnes que nous n’avons jamais vues auparavant en nous demandant qui elles sont.

Cela donne une idée de la détermination du club à viser l’excellence. Le recrutement de cet été témoigne également des objectifs du club à court et à long terme.

Nous ne voulons pas nous mettre trop de pression, car nous savons à quel point le championnat est compétitif et difficile. En même temps, nous sommes toutes conscientes de nos responsabilités et de ce que nous devons faire sur le terrain pour construire quelque chose d’unique, pas seulement en Angleterre, mais dans le monde entier.

À la fin de la saison, le club évaluera ce qui a été accompli et ce qu’il reste à faire. Je ne doute pas de sa détermination à nous aider à progresser dans tous les domaines. Et il ne faut pas oublier que le nouveau centre d’entraînement est toujours en construction et pourrait être achevé dans environ un an, offrant encore davantage de possibilités de développement aux joueuses.

Pour le moment, je ne sais pas si mon avenir sera encore à Londres, car mon contrat arrive à expiration. Mais actuellement, je pense uniquement à jouer mon rôle dans l’histoire de London City, en apportant l’expérience acquise par le passé et tout ce que j’apprends ici jour après jour. 

La propriétaire de London City, Michele Kang, a été citée par certains comme une candidate potentielle à la présidence de la FIFA. Vous la connaissez personnellement. Qu’en pensez-vous ?

Tout d’abord, je pense qu’elle apporterait une perspective différente, en plaçant les femmes et leur rôle dans le sport davantage au centre des préoccupations. Ce serait formidable de voir une femme diriger une institution aussi importante, une personne capable d’apporter des idées nouvelles et de contribuer à un changement culturel. Je ne sais pas quelles seraient les possibilités concrètes du point de vue réglementaire, mais indépendamment du fait qu’elle soit la présidente de mon club, je pense que cela pourrait envoyer un message très important à l’ensemble du football féminin.

Michele Kang est une visionnaire, l’une des premières personnes à avoir reconnu le football féminin comme une véritable opportunité d’investissement, non seulement pour l’avenir, mais aussi pour le présent. Bien sûr, il existe également une dimension commerciale et financière, et c’est parfaitement légitime. Ce que j’apprécie dans sa vision, c’est précisément sa capacité à regarder au-delà des retours immédiats et à investir dans la croissance et le développement d’un mouvement qui possède encore un potentiel immense.

De manière générale, je pense qu’il est important de faire de la place aux idées nouvelles, aux perspectives inédites et à des priorités différentes, y compris au plus haut niveau des institutions sportives. Après tant d’années, il est naturel de ressentir le besoin de renouvellement et de nouvelles sources d’inspiration.

J’aimerais voir de plus en plus de femmes occuper des postes à responsabilités et de direction, y compris aux plus hauts niveaux de la FIFA. Ce serait une étape importante vers une représentation plus équilibrée et cela pourrait contribuer à renforcer encore la place du football féminin dans le sport international. 

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