Interview Flashscore - Selen Altunkulak : "On a remis le TFC féminin à sa place, en première division"

Selen Altunkulak
Selen AltunkulakToulouse FC

Championne de Seconde Ligue et promue en Première Ligue à quatre journées de la fin, la section féminine du Toulouse FC savoure son retour dans l'élite après treize ans d'absence. Meilleure buteuse du championnat et figure de proue du projet toulousain, Selen Altunkulak revient sur cette saison historique, son attachement viscéral au club de la Ville Rose et ses ambitions internationales avec la sélection turque.

On arrive sur la fin de saison. Comment ça va ?

Ça va. La saison a été longue, donc il y a de la fatigue. Mais on va dire que c'est de la bonne fatigue, vu que tous les objectifs sont déjà atteints. Donc fatiguée, mais ça va.

Comment vous gérez ces derniers matchs ? Parce que finalement, comme tu le dis, les objectifs sont déjà atteints. Vous arrivez encore à vous motiver ?

Je pense que ça s'est vu sur le dernier résultat, le week-end dernier (4-4 face à Rodez, ndlr). En fait, vu qu'on a eu la montée et le titre en un seul week-end, c'est dur... Même si on a envie de jouer, même si on essaie de se motiver, je pense qu'inconsciemment on se dit qu'on n'a plus rien à craindre. Donc c'est compliqué de se motiver, même si on a envie de jouer, de bien finir la saison. Je pense qu'inconsciemment, le cerveau se met un peu en off, on va dire.

Toi, tu as un challenge avec Louna Lapassouse pour être la meilleure buteuse du championnat ?

Entre nous, on ne s'en est même pas parlé. Mais maintenant que les objectifs communs de l'équipe sont validés, il me reste 3 matchs pour valider mon objectif perso, entre guillemets. Donc j'espère finir meilleure buteuse et, pourquoi pas, meilleure passeuse. Ce n'était pas en termes de nombre de buts, c'était au niveau du classement.

Ce week-end vous jouez contre Lille. Sur la fin de saison, vous pouvez être un peu décideuses de qui va monter avec vous au final.

Oui, et on peut aussi décider de qui ne va pas descendre en D3. Déjà la semaine dernière, on a fait de la merde. On a donné des points à Rodez, alors que Metz joue aussi son maintien, par exemple. On s'était dit : "On veut que personne ne dépende de nous." Forcément, si on gagnait les quatre derniers matchs, personne n'aurait dépendu de nous. Mais là on a déjà fait une faute, on a donné des points à Rodez. Donc j'espère que pour les 3 derniers matchs, on va les gagner pour ne pas fausser le championnat.

Vous vous sentez responsables ?

Un petit peu. Parce que c'est bien pour Rodez, mais du coup ça ne se fait pas pour Metz. Et inversement, si ce week-end par exemple Lille nous bat, ça donne des points à Lille. Et sachant qu'on joue aussi Grenoble et Le Mans, qui jouent la montée. Donc j'aimerais ne pas donner d'espoir aux équipes quand elles viennent chez nous.

L'objectif c'est quand même de bien finir. Et vous jouez chez vous ce week-end en plus.

Ouais. Et déjà chez nous cette année, je crois qu'on a perdu zéro match. Donc il faut continuer sur cette lancée et laisser les autres "se débrouiller" et ne pas dépendre de nous.

"On était toutes sur Flashscore, on regardait le chrono"

Vous avez vécu le titre et la montée sur le même match. Comment c'était, cette journée-là ?

Le matin, on s'est réveillées, on s'est dit : "Ok, on est à une victoire de la montée." On a joué ce match à fond avec l'objectif de monter en D1, pas du tout de fêter le titre. Et en fait, à la fin du match, on criait de partout parce que pour nous, on montait en Première Ligue. Mais tout le monde nous a dit : "Auxerre est en train de perdre, machin machin, si dans 10 minutes en gros ça ne change pas, on peut être championnes." Et donc on faisait la fête et on regardait le chrono, on était toutes sur Flashscore, on regardait le chrono, on attendait la fin du match. Et dès qu'on a vu "Fin du match" sur le site, là c'était reparti pour un tour, on a re-célébré à nouveau : on est championnes !

Ce n'était pas du tout attendu ?

Ah non, pas du tout. Franchement, nous on s'était dit : il faut gagner Évian pour monter, pour valider la montée. Et on savait qu'après, si on gagnait Évian, il ne nous suffisait plus que d'un match nul à Rodez pour fêter le titre. Mais on ne s'attendait pas du tout à le vivre sur un seul match.

Qu'est-ce que ça fait d'être en D1, d'être championne de Seconde Ligue ?

En vrai, c'est incroyable, parce que vu la saison qu'on a faite, être promues et championnes... Les deux titres réunis à 4 journées de la fin, c'est énorme. Je trouve. Je ne sais pas si un autre club l'a déjà fait avant, mais je trouve ça incroyable.

Mais c'était un peu votre objectif depuis le début, non ?

Oui, l'objectif c'était de se stabiliser une année. Et les résultats ont fait qu'on a pu rêver jusqu'à la fin du championnat la saison passée, mais ce n'était vraiment pas l'objectif premier. Mais cette année, oui, c'était clair et net : c'était la montée. On voulait y aller, on l'a fait, et c'est magnifique.

Il y avait peut-être une petite envie de revanche, de se dire : cette saison c'est bon, c'est pour nous ?

En fait, la saison passée, comment ça s'est déroulé... Surtout que sur les deux derniers matchs, il y a eu énormément de déceptions. Je pense que même si ce n'était pas l'objectif premier, on a commencé à rêver. Match après match, on gagnait. On voyait qu'on était en haut de tableau, qu'on n'était pas loin. Donc on a commencé à rêver. Et ça a été énormément de déceptions. Et cette année, de toute façon, d'entrée, on s'est dit : on laissera rien à personne. On n'est pas passées l'année dernière, donc on a dit : cette année on prend tout. Et c'est chose faite. Donc c'est trop bien.

"Je suis trop fière"

Toi, tu avais déjà joué en D1. Qu'est-ce que ça fait d'être en D1 avec Toulouse ?

Je suis trop fière en vrai, parce que je sais d'où le club est parti. Je sais comment le club fonctionne, avec peu de moyens, on va dire. Et c'est une fierté. Ça faisait 13 ans que Toulouse avait quitté la première division, et là je pense qu'on a remis Toulouse à sa place. Le TFC féminin est à la bonne place, en première division.

Tu dis qu'il n'y a pas beaucoup de moyens, mais on a quand même l'impression qu'il y a un projet sérieux autour du foot féminin à Toulouse.

On a les bonnes personnes. On a énormément de soutien au sein du club, du président de l'association aussi. Cette année, je crois qu'on était le cinquième ou le sixième budget de la D2. Donc en vrai, avec le cinquième-sixième budget, on a réussi à monter et à être championnes. Notre budget de cette année, si tu le mets en D1, c'est que dalle.

Et vous avez vraiment écrasé le championnat pour le coup...

Ouais, pour le coup cette année on n'a fait de cadeaux à personne. On a fait deux défaites et trois nuls — avec Rodez les trois nuls — en vrai c'est un bon bilan, c'est une bonne saison.

On vous annonçait comme favorites pour la montée en début de saison. Vous aviez la pression un peu pour ça ?

La pression, non. Après, on savait qu'après notre premier match, les gens se posaient des questions. Mais nous, on a cette mauvaise habitude tous les ans avec Toulouse, que ce soit à domicile ou à l'extérieur : on perd tout le temps notre premier match de championnat. Tout le temps, tout le temps. En D3, c'était pareil. En D2 l'année dernière, pareil. Cette année, pareil. C'est une mauvaise habitude qu'on a, mais on sait qu'après, on va de l'avant. Une fois que la machine est lancée, on est quasi inarrêtables.

C'était quoi le secret de votre saison pour que ça marche aussi bien ?

C'est la cohésion, la force de l'équipe, clairement. On a vu quand on a joué contre certaines équipes : quand elles encaissaient un but, ça commençait à moins se motiver, à pas très bien se parler entre adversaires. Du coup, ça nous allait. Je pense que c'est la force mentale et la cohésion de l'équipe.

La saison passée, tu disais que le club n'était pas prêt à monter. Cette saison, vous êtes prêtes ?

Prêtes, on a hâte d'y être. Je pense qu'il y en a énormément dans le groupe qui n'ont jamais connu ce niveau. Donc, ça va être une découverte. Après, forcément, il va y avoir des recrutements, de l'expérience qui va nous aider. Mais on a hâte d'y être.

Si vous n'étiez pas prêtes, c'était aussi en termes d'infrastructures... ?

Pour la D1 ? Oui. Là on a un centre qui est en train de se créer. Normalement il sera prêt pour janvier. Donc on va avoir un tout nouveau centre pour les pros garçons et pour nous les filles — avec des tout nouveaux vestiaires, nouvelle salle de muscu, salle de soins, salle de récup. Enfin tout ce qu'on n'avait pas forcément à notre disposition cette année. Donc ça peut être que bénéfique pour nous.

Et au niveau du stade ?

Je sais que notre terrain n'est pas homologué pour la D1 parce qu'il manque... On a la tribune mais elle n'est pas couverte, et il manque un endroit pour les caméras de Canal+. Donc le club est en train de voir avec un terrain à Toulouse qu'il reconstruirait de zéro, parce qu'il faut tout refaire. Là actuellement il y a des pâquerettes et tout sur le terrain, donc ce n'est pas possible. Normalement le club est en train de voir pour refaire un tout nouveau terrain juste pour nous. C'est dans Toulouse, à une quinzaine de minutes du Stadium.

"L'objectif premier, ça va clairement être le maintien"

Toi, tu te projettes déjà en Première Ligue ?

Oui, oui, clairement. Je pense que ça va être dur, comme toute équipe qui monte. Après, on sait qu'il va y avoir du recrutement, du changement... Mais je pense que l'objectif premier l'année prochaine, ça va être le maintien. Et si possible, pas comme les équipes cette année, pas à la dernière journée. Mais l'objectif premier, ça va clairement être le maintien, parce qu'autant ça fait deux ans qu'on gagne énormément... Sur les deux saisons dernières, on a gagné énormément de matchs. Mais l'année prochaine, je pense qu'on va perdre énormément de matchs. Ça aussi, ça va se jouer dans la tête. Ça ne va pas être pareil. Les semaines vont être beaucoup plus dures. Donc si tu n'as pas un groupe très soudé, très fort mentalement, je pense que ta saison peut vite virer au cauchemar.

Vous avez quand même des joueuses expérimentées de Première Ligue qui sont venues cette saison, ça va aider au niveau de l'expérience dans le groupe.

Oui forcément, parce qu'avant ces arrivées, on est une équipe très jeune, dans le sens où la plupart n'a jamais connu la D1 et cette saison en D2, c'était seulement leur deuxième saison. Donc avec très peu d'expérience. Les recrues, oui, ça a fait énormément du bien, que ce soit dans le vestiaire, que ce soit sur le terrain, pour aider les plus jeunes. Donc c'était bien.

Vos matchs seront aussi diffusés en Première Ligue !

Ouais, on l'a vécu quelques fois cette année, ça a été diffusé quelques fois, mais ce n'était pas sur Canal+, ce n'était pas pareil. Et ça avait été diffusé l'année dernière pour la Coupe de France quand on est allées au Havre. Donc ça va changer ça aussi. Et en plus, je crois qu'il y a l'arrivée de la VAR. Ça aussi ça va changer clairement notre vision. Ce sont des trucs qu'on connaît pas du tout. Donc j'ai vraiment hâte d'y être.

Personnellement, toi t'es la meilleure buteuse de D2, tu as encore fait une énorme saison, comment tu l'as vécu cette saison ?

Si je compare à l'année dernière, je trouve que j'ai été décisive sur toute la saison. L'année dernière, je n'étais pas énormément décisive, j'ai commencé à marquer en mars. Je me suis réveillée un peu tardivement. Alors que cette année, je trouve que j'ai été décisive sur toute la saison. Les buts ont suivi, les passes ont suivi, les victoires ont suivi. Donc je ne peux être que contente.

Toi, tu as quel rôle au sein du vestiaire ? Parce que tu fais partie des joueuses les plus expérimentées du groupe.

Je pense que les filles me voient comme une... Je n'ai pas forcément le brassard, mais moi, je leur ai dit que je n'ai pas besoin de ça. Mais je sais que quand je parle, je me sens écoutée, dû à mon expérience, à mon âge, tout ça. Donc si je peux aider les autres, si je peux les motiver, je serai là.

Louna Lapassouse t'a demandé des conseils un peu cette saison ?

Non, pas forcément des conseils, mais on s'entend énormément bien sur le terrain. Donc quand il y a des actions, quand on peut se donner des conseils, on se les donne. Et ça marche pour l'instant.

Même si toi tu fais partie des plus anciennes, on a l'impression que le groupe vit hyper bien et que le mélange entre les jeunes et les moins jeunes se passe bien. C'était comme ça toute la saison ?

Toute la saison, non. Parce que forcément, quand il y a eu des défaites ou des matchs nuls très frustrants, il y avait un petit peu de tension. Mais jamais de mauvaises intentions. Donc forcément, il y a des semaines qui étaient un peu plus tendues que d'autres. Mais en général, toute la saison, oui, le groupe vit super bien. On sait quand rigoler. Donc on rigole bien toutes ensemble. Il y a une super bonne ambiance. Toujours positif.

"Au niveau du jeu, on était au niveau face aux clubs de Première Ligue"

On verra vos célébrations d'animaux en Première Ligue ? Qu'est-ce que vous avez fait comme animaux ?

Cette saison, je sais que les filles m'ont demandé d'arrêter de faire le kangourou parce que c'était trop fatigant. Parce que quand on marque, celles qui sont en défense par exemple, elles viennent sprinter pour célébrer, et elles nous disent à chaque fois : "Arrêtez le kangourou, on est trop fatiguées." Donc le kangourou, on ne l'a pas fait. Mais je crois que cette année on a fait le lapin, le papillon, le crocodile et le crabe...

Les célébrations animaux du Téfécé
Les célébrations animaux du TéfécéToulouse FC

Ça vient d'où ces célébrations d'animaux ?

C'est mon neveu et ma nièce. À chaque fois, ils me demandent de faire des animaux. Donc à chaque fois avant chaque match, dans le vestiaire, je dis aux filles : "Est-ce que si aujourd'hui on marque, on peut faire le lapin, par exemple ?" Et les filles jouent bien le jeu. Et mon neveu et ma nièce sont vraiment trop contents à chaque fois.

Ils viennent à tous les matchs ?

Non, ils ne viennent pas à tous les matchs. Mais je leur envoie les photos après chaque match, ils sont trop contents. Ma sœur leur a fait un album, ils ont un album photo de nos célébrations.

Tu disais que la saison prochaine vous allez sans doute perdre pas mal de matchs. Est-ce que la saison de Nantes, leur première saison en D1, c'est un exemple pour vous ? 

Oui, je pense qu'il faut pas voir négatif, entre guillemets, avant le début de la saison. Il faut voir aussi comment on joue, comment le groupe va prendre. Mais si on peut gagner le max de matchs... Si on fait la même saison que Nantes, franchement, moi je signe direct.

Comment c'était de jouer la Coupe de la Ligue cette saison ? 

Cette année, c'était de la découverte parce que c'est la première année où elle existe. On a joué Rodez, donc c'était une des deux équipes de D2, mais c'était un derby, c'était un match un peu compliqué. Mais le fait de jouer ensuite Marseille et Montpellier, on voulait voir où on en était. Comment on arrivait à produire du jeu, à jouer face à une D1, s'il y avait un trop gros écart ou non. Donc ça nous a permis de faire de plus gros matchs.

Et comment tu juges l'équipe ?

Je ne les ai pas trouvées en dessous. Au contraire, sur les deux matchs, je trouve qu'au niveau du jeu, on était quand même au-dessus ou au même niveau. Les adversaires étaient au-dessus physiquement, surtout. Ce ne sont pas du tout les mêmes gabarits, ce n'est pas le même rythme. Donc physiquement, je pense qu'elles étaient vraiment au-dessus de nous. Mais dans le jeu, on n'était pas en dessous.

Qu'est-ce que tu penses qu'il va falloir changer pour la D1 ?

Déjà, on sait qu'on aura un peu moins le ballon. Parce qu'autant en D2, c'est nous qui faisons le jeu, et les équipes en face sont souvent en bloc médian, voire très bas. Donc on a tout le temps le ballon. Alors qu'en D1, je pense que le ballon, on ne va pas l'avoir tout le match. Donc je pense qu'il faut qu'on travaille déjà énormément physiquement et il faut qu'on apprenne à laisser le ballon à l'équipe adverse.

Et au niveau de la prépa physique aussi, peut-être ?

Oui, c'est ça. Physiquement, je pense qu'il faut qu'on travaille énormément, que ce soit au niveau du cardio ou même pour les duels. Je pense que la D2 et la D1, ça n'a rien à voir.

"Je suis trop bien ici, c'est pour ça que je suis restée"

Tu es passée de la D3 à la D1 avec le TFC. Comment tu vois toute cette trajectoire ?

C'est magnifique. Et encore moi, je suis arrivée en D3. L'année d'avant, si je dis pas de bêtises, il y a 4 ans, le club était en R1. Il a gagné les barrages contre Monaco. Déjà, ce match-là était incroyable. Et aujourd'hui, on se retrouve en D1 en 4 ans, 5 ans grand max. En vrai, c'est incroyable ce que le club a fait. Et je trouve qu'ils l'ont bien fait, parce que par exemple si on était montées l'année dernière, si on avait réalisé l'exploit, je pense qu'on se serait cassé la gueule en arrivant en D1. On n'aurait pas tenu 6 mois. Le club n'était pas prêt, personne n'était prêt. Alors que là, on a eu une saison de plus pour que les joueuses aient de l'expérience et pour que le club se prépare. Donc je pense que là, le club est beaucoup plus préparé que si on était montées l'année dernière.

C'est ton club de cœur aujourd'hui, Toulouse ?

Oui, clairement. Je suis trop bien ici, c'est pour ça que je suis restée.  Ça ne me dérangeait pas de rester en D3, ni en D2. Et aujourd'hui on est en D1, donc ça me dérange encore moins.

Et tu as marqué énormément de buts, même en D3, en D2, etc. J'imagine que tu as eu des offres pour aller ailleurs, mais tu es restée à Toulouse.

Oui, j'ai eu quelques offres, mais je suis bien ici. En tout cas, pour le moment, je voulais vivre des choses avec Toulouse. Je suis en train de les vivre. J'ai tout vécu la D3, la D2. Maintenant, on monte en D1. Donc je ne vais pas partir une fois que l'objectif est atteint. Pour l'instant, je suis très bien à Toulouse. On va voir ce que ça donne en D1, et j'espère qu'on va réussir à au moins se maintenir.

Quand on regarde tes stats, on dirait que tu t'amuses beaucoup plus finalement à jouer à Toulouse qu'ailleurs. Comment ça se fait ?

Je pense que la confiance -que ce soit la confiance du coach, du président, des joueuses aussi- ça joue énormément. Moi, je sais que quand je me sens bien à un endroit, quand les gens ont confiance en moi, automatiquement ça se voit sur le terrain. Et c'est pour ça que depuis trois ans, je pense que je me régale en jouant au foot. Et en plus de ça, je suis décisive.

Le foot, tu vois ça comme un métier ou une passion ?

C'est ma passion, clairement. C'est aussi mon métier aujourd'hui parce que je vis du football. Je n'arrive pas à le décrire, mais en fait je prends tellement de plaisir au foot que voilà, c'est une passion. 

Il y a des supporters du TFC qui disent que tu es une légende du club. Tu en penses quoi ?

Légende, non. Peut-être que j'ai marqué le club, entre guillemets, parce que j'ai marqué énormément de buts, mais je ne pense pas être une légende. Je pense qu'il y a des filles qui méritent plus ce titre que moi. Des filles qui sont là depuis plus de dix ans. Elles, ce sont des légendes, moi je trouve.

Comme qui, par exemple ?

Il y a Romane Grinfan, Pauline Pardon, Ilana Yacob, Lou Jumère... Ça fait des années qu'elles sont au club, que ce soit pour la R1, la D3, la D2. Je pense qu'elles méritent plus ce titre que moi.

Elles sont plus jeunes, ça viendra peut-être.

Pour l'instant, je trouve que j'ai peut-être marqué le club. Mais si on gagne la Coupe de France et la Ligue des champions, peut-être.

Tu penses que Toulouse peut le faire ?

Demain, je pense pas. Mais pourquoi pas dans quelques années.

"On ne vient pas dans un club juste pour jouer au foot"

Comment tu vois le projet de Toulouse ? Parce qu'il y a plein de jeunes, des jeunes qui adorent le club.

Moi, je trouve ça bien, parce que garder les jeunes et les faire monter avec nous, ça fait qu'on garde l'identité toulousaine. Quand il y a une nouvelle, on essaie de suite de lui inculquer les valeurs du club. Donc moi, je trouve ça bien, parce qu'on ne vient pas dans un club juste pour jouer au foot. Pour moi, il faut garder les mêmes valeurs, les mêmes principes.

Et vous allez les garder aussi en D1 ? Est-ce que tu sais un peu si le groupe va beaucoup changer ?

Pour l'instant, je ne sais pas du tout. Je pense que forcément, il va y avoir des recrutements et même des filles qui vont nous quitter, malheureusement. Mais pour l'instant, je n'en sais pas plus.

Le fait d'avoir autant de montées en quatre saisons, ça veut dire que le groupe tourne aussi beaucoup. Comment toi tu le vis, parce que tu dois t'adapter quasiment à chaque fois avec de nouvelles coéquipières ?

Après, le club a fait un recrutement intelligent. Parce qu'il y a deux ans, quand on est montées, le club a recruté huit filles je crois. En gros, sur les deux dernières saisons, ils ont recruté énormément, mais pour justement préparer les filles à la montée en D1 et ne pas recruter énormément encore. Pour essayer de garder un noyau solide qui se connaît déjà, qui connaît déjà le projet de jeu.

Et tu penses que vous avez besoin à quel poste ?

Au moins une par ligne, c'est le minimum du minimum. Après, s'il y en a plus, voilà. Mais au minimum, je pense qu'il faut un recrutement.

"Quand j'ai reçu le ballon, j'entendais tout le monde crier"

Tu as fait ton retour en sélection turque récemment. Comment tu l'as vécu ?

C'était énormément de changements, que ce soit dans le fonctionnement... C'est beaucoup plus pro parce qu'il y a six ans, ce n'était pas du tout comme ça. C'est beaucoup mieux. Ça joue beaucoup mieux. Et j'étais trop contente quand la coach m'a appelée.

Même au niveau de la communication, on voit qu'il y a plein de choses qui sont mises sur les réseaux sociaux.

Oui. Même en Turquie ça se développe de plus en plus, que ce soit pour l'équipe nationale ou même pour le championnat là-bas. Les clubs mettent énormément d'argent, donc c'est beaucoup mieux.

Représenter une nation, c'est très différent de jouer en club ?

Ouais, ça n'a rien à voir. Déjà quand j'arrive là-bas, je suis un peu perdue, parce que côté TFC, on a un projet de jeu très spécifique. Tout le monde ne pourrait pas jouer avec notre projet de jeu. Donc quand j'arrive là-bas, je suis un peu perdue. Mais après un ou deux jours d'adaptation, ça va.

Chanter l'hymne de la Turquie, avoir le drapeau sur le maillot... Qu'est-ce que ça te fait ?

C'est incroyable, surtout là le dernier match qu'on a joué. Le stade était plein, et tu rentres sur le terrain... franchement, j'en avais les frissons. C'était incroyable.

Et c'est ça qui t'a un peu portée pour marquer ce fameux but ?

Quand j'ai reçu le ballon, j'entendais tout le monde crier. Alors que je n'avais même pas encore contrôlé le ballon ! Et je ne sais pas ce qui s'est passé dans ma tête. Je me suis dit : je suis obligée de marquer. Et là, quand j'ai marqué, c'était incroyable. Franchement, j'ai direct regardé dans les tribunes : je voyais les gens gueuler, sauter, crier, c'était incroyable.

Ce but est hyper important pour vous si vous voulez être au prochain Mondial.

Oui c'est ça, il nous reste deux matchs : un contre l'Irlande du Nord et un contre Malte. Et je crois que si on gagne contre l'Irlande du Nord, donc le prochain match, on est quasi sûres d'arriver au moins deuxièmes. Donc ce serait cool pour jouer les barrages après, pour la Coupe du Monde. Après, on peut toujours rêver.

Vous dites quoi au sujet du Mondial ? Il n'y a aucune limite ?

Oui, clairement. On sait que déjà, l'objectif, c'est d'arriver au moins dans les deux premières de la poule. Et après, on espère avoir un bon tirage.

Toi, ça te fait rêver de dire que tu peux jouer un Mondial ?

Mais oui ! C'est un truc de fou. Je pense que si on se qualifie, mais c'est un truc de fou. Aller au Brésil pour jouer une Coupe du Monde, c'est un truc de fou.

Tu vis une saison folle...

Oui. Depuis trois saisons, depuis que je suis au TFC, le foot, en fait... Je kiffe trop. Chaque saison, il y a des nouveaux trucs, et c'est incroyable. En plus, le retour en sélection... Chaque année, j'ai des bonnes nouvelles à chaque fois. C'est trop bien. Je kiffe.

Il y a des surprises qui arrivent chaque saison en ce moment. Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la saison prochaine ?

Avec le TFC, jouer les playoffs. Et avec la Turquie, se qualifier pour la Coupe du Monde. Ce serait incroyable.

Vous avez déjà fait la fête pour le titre ou vous réservez ça pour la fin de saison ?

On a déjà fait la fête, mais on va la refaire.