Luka Sučić n'a pas de célébration fétiche et n'avait pas franchement l'habitude de s'inviter au poteau de corner pour venir exulter après avoir fait trembler les filets. Mais le milieu croate de 24 ans commence à s'y habituer. Dimanche à San Mamés, dans un derby basque perdu 2-1, l'ancien joueur du Red Bull Salzbourg a signé son sixième but de la saison. Sur un ballon repoussé aux abords de la surface, il a armé un zurdazo pour égaliser provisoirement, avant de pointer le ciel, en larmes. Sa grand-mère, avec qui il avait passé beaucoup de temps enfant, était décédée la veille. Il avait failli ne pas jouer, avant de décider de lui rendre le meilleur hommage possible sur le terrain.
Presqu'autant de buts en 3 mois que depuis son arrivée
Le chiffre prend toute sa valeur quand on le compare à ses débuts au Pays basque. Arrivé de Salzbourg à l'été 2024 pour 10 millions d'euros, avec un contrat jusqu'en 2029, Sučić n'avait inscrit que sept buts en 68 matchs officiels : trois en 40 rencontres lors de sa première saison, quatre en 28 lors de la suivante. En trois mois, il a presque marqué autant de buts que depuis son arrivée à Saint-Sébastien.
Avec quatre de ses six réalisations en championnat. Il a d'abord égalisé au Bernabéu face au Real Madrid (1-4), en reprenant un renvoi dans la surface après une frappe d'Ochieng. Il a ensuite offert à la Real sa première victoire à l'extérieur à Elche (2-3) avec un but dans les dernières minutes, puis ouvert le score à Valence (2-3) d'une frappe en pleine lucarne, après une talonnade d'Ochieng. Le quatrième est donc celui de San Mamés.``

Les deux autres sont venus en Ligue Europa lors d'un doublé à Lillestrøm (0-6) : le premier à la 33e minute, après un ballon remis face au jeu par Oyarzabal, le second à la 72e, sur une erreur adverse provoquée par le pressing haut basque. Avec Sergio Gómez et Orri Óskarsson, tous deux à trois buts, il est l'un des trois principaux finisseurs d'une équipe qui ne compte plus uniquement sur Oyarzabal. Et il est devenu un titulaire quasi indéboulonnable de Pellegrino Matarazzo : il a disputé 10 des 11 matchs de Liga, dont 9 comme titulaire, et les trois matchs de Ligue Europa, avec seulement un match passé sur le banc face à Malaga, pour le laisser au repos. Preuve de son importance pour l'entraîneur américain.
Un rôle taillé sur mesure
Matarazzo a d'ailleurs révolutionné son poste et l'a placé au coeur de son système. La Real avait vu en lui l'héritier de Mikel Merino, mais Sučić a toujours été davantage un numéro 10 qu'un numéro 8. Habitué à jouer devant le ballon plutôt qu'à parcourir le terrain derrière lui, il a mis du temps à s'adapter. Sa première saison avait laissé entrevoir l'étendue de son talent, notamment avec cette frappe contre l'Atlético de Madrid, élue meilleur but de la Liga, mais il apparaissait et disparaissait, et peinait à cohabiter avec Brais Méndez.
La deuxième avait été plus compliquée encore. Évincé après une erreur contre l'Espanyol, il avait mal vécu la décision, cherché une porte de sortie et vu ses relations se dégrader avec l'ancien entraîneur Sergio Francisco. Ce n'est qu'avec le changement d'entraîneur qu'il a retrouvé du poids : un but en Coupe à Elda, une belle finale de Copa del Rey, un penalty réussi lors de la séance de tirs au but (score final 2-2, victoire 4-3 aux tirs au but).

La saison 2026-27 marque à cet égard un tournant. Revenu du Mondial, où il avait peu joué avec la Croatie, il affiche une autre attitude : il réclame le ballon, accélère ou ralentit le jeu, cherche à diriger l'attaque. Cette évolution se lit aussi en sélection, où la Croatie l'a aligné sur le côté droit lors de la dernière trêve, avec son cousin Petar, de l'Inter, derrière lui.
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À Saint-Sébastien, on évoque déjà le jour où cet excellent début de saison de Sučić finira par attirer les convoitises. Newcastle, coaché par Matthias Jaissle, son ancien entraîneur à Salzbourg, a déjà été cité. Lui avait déclaré rêver un jour d'un club plus grand et de la Ligue des champions, ce qui avait agacé le vestiaire de la Real. Aujourd'hui, c'est surtout ses performances qui font parler.
La frappe et ce qui va autour
Ce qui frappe, c'est la régularité du geste. Sučić ne tire pas forcément de très loin, mais presque toujours sur sa première touche, du pied gauche, sur des ballons qui traînent ou des remises en retrait. Son gabarit (1,85 m) et sa qualité de frappe lui permettent de déclencher vite, avant que la défense n'ait eu le temps de se replacer. Il arrive aussi à l'improviste : ses buts naissent moins d'une percussion que d'un appel tardif, quand la défense a les yeux rivés sur le ballon. Et sa vision du jeu, plus discrète, fait de lui un passeur dangereux, comme le montre ce ballon en profondeur offert à Oyarzabal contre Valence. Sa connexion avec le capitaine est d'ailleurs l'un des ressorts de la Real : c'est souvent Oyarzabal qui crée le décalage dont Sučić se nourrit.
Face à un profil pareil, l'OL aura moins à craindre l'individu qu'une situation de jeu. Chaque tir repoussé, chaque duel perdu aux abords de la surface peut devenir une occasion pour Sučić, ce qui oblige le milieu lyonnais, qui sera privé de Tyler Morton, à rester compact et la ligne arrière à remonter vite sur les renvois, au lieu de se contenter de défendre la surface. Le marquage individuel serait de peu d'utilité contre un joueur qui surgit de la deuxième ligne : mieux vaudra surveiller les zones et couper les liens avec Oyarzabal, sans lui laisser le temps ni l'espace de se retourner.
Le contexte ajoute à la difficulté. Lyon arrive à Anoeta sur trois défaites de suite à l'extérieur, après la claque de Hoffenheim (3-0) et dans un climat instable depuis le départ de Paulo Fonseca. Or le second but de Sučić à Lillestrøm est né d'un pressing haut qui a provoqué une erreur de relance. Une sortie de balle hasardeuse dans les trente premiers mètres serait une invitation presque idéale. Même chose en transition : si les Lyonnais montent leurs latéraux et laissent un seul milieu protéger l'axe, l'espace devant leur défense deviendra un terrain de jeu pour lui, comme à Elche, où il avait déjà conclu un contre rapide avant de marquer le but de la victoire.
Sučić n'a pas besoin de dix occasions pour faire mal : trois ballons dangereux peuvent suffire. Pour l'OL, l'enjeu sera donc moins de le museler que de ne jamais lui laisser le temps ni l'angle. D'autant que la Real, qui peut faire un grand pas vers le top 8 en cas de victoire, se présentera avec un joueur à la confiance maximale.
