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Paulo Fonseca, un habitué des au revoir déchirants

Paulo Fonseca, un habitué des au-revoir déchirants
Paulo Fonseca, un habitué des au-revoir déchirantsCredit: ADRIEN PITTORE / Sipa Press / Profimedia

Sur le banc de Lyon depuis janvier 2025, Paulo Fonseca a quitté l'OL pour le Sporting Portugal, son club de cœur, en pleine saison. Une nouvelle séparation tumultueuse dans une carrière qui en compte plusieurs, notamment à Porto et à Milan.

Le 1er novembre, Paulo Fonseca n’a pas pu retenir ses larmes. Lyon venait de s’imposer face à Angers (2-0), l’OL occupait la troisième place de Ligue 1 et son entraîneur s’effondrait dans les bras de ses joueurs au moment du deuxième but signé Corentin Tolisso. Le lendemain matin, il annonçait au vestiaire son départ pour le Sporting Portugal, son club de coeur, alors qu’il était sous contrat jusqu’au 30 juin 2027. Une scène de plus dans une carrière où les adieux se passent rarement dans le calme.

Porto, la chute du Dragão

Tout commence au Dragão, en 2013. Auréolé de la troisième place de Paços de Ferreira et d’une qualification en Ligue des champions, Fonseca succède à Vítor Pereira sur le banc d’un Porto triple champion en titre. Il remporte la Supercoupe, prend la tête du championnat, puis tout se dérègle. Éliminé de la Ligue des champions, troisième de son groupe derrière le Zenit, il voit les premiers mouchoirs blancs sortir des tribunes après un nul contre l’Austria Vienne. Il encaisse : "Ce n’est pas agréable, mais je trouve ça parfaitement normal."

Le 30 novembre, la défaite à Coimbra contre l’Académica, la première en championnat depuis janvier 2012, déclenche la colère. À l’arrivée de l’équipe au stade, les supporters l’accueillent avec un cri que la presse portugaise a retenu : "Clowns, jouez au foot." Pinto da Costa, lui, quitte l’enceinte au côté de son entraîneur, comme pour afficher son soutien.

Le 23 février 2014, le Dragão s’écroule. Battu 0-1 par Estoril, Porto met fin à une série de 81 matches sans défaite à domicile en championnat, la première depuis plus de cinq ans. Les mouchoirs blancs sont partout, les chants réclament le départ du coach et dénoncent "une honte". C’est la septième défaite de la saison, toutes compétitions confondues. Fonseca met son poste à disposition ; le président refuse.

Un départ le jour de ses 41 ans

L’histoire se termine pourtant quelques jours plus tard. Après un nul à Guimarães, l’entraîneur, qui avait promis en janvier que Porto serait champion lors de la dernière journée, quitte le club d’un commun accord le 5 mars, le jour de ses 41 ans. Il a passé neuf mois au Dragão. C’est seulement la cinquième fois que Pinto da Costa se sépare d’un entraîneur en cours de saison depuis son arrivée à la présidence, et la première après janvier.

Fonseca part sur une phrase sobre : "Les choses ne se sont pas passées de la meilleure manière", reconnaît-il, tout en assurant avoir donné le meilleur de lui-même. Des années plus tard, le président portista a raconté la scène des mouchoirs blancs avec humour : "Mister, si le problème, ce sont les mouchoirs blancs, on en mettra des bleus", lui avait-il dit. Fonseca, selon lui, n’a jamais surmonté ce choc.

Rome, une séparation sous tension

À la Roma, la rupture est plus feutrée, mais tout aussi tendue. Après une belle première saison (cinquième place, puis demi-finale de Ligue Europa), Fonseca se brouille avec plusieurs cadres, Edin Džeko en tête : le capitaine légendaire est écarté du groupe et privé de son brassard en janvier 2021, ce qui divise les supporters, une partie d’entre eux réclamant même le départ de l’entraîneur.

Le 4 mai 2021, deux jours avant le retour à domicile contre Manchester United, le club annonce que son entraîneur partira en fin de saison, puis dévoile quelques heures plus tard l’arrivée de José Mourinho. Dan Friedkin remercie son coach pour "le travail acharné et le leadership" dont il a fait preuve, tandis que Fonseca assure avoir "toujours fait de (son) mieux pour ce club". Les réseaux sociaux romains se déchirent : à ceux qui le remercient, d’autres répondent par "Deux ans d’échecs et 101 buts encaissés : merci de quoi ?".

AC Milan, le limogeage de trop

Mais c’est à l'AC Milan que l’adieu est le plus cruel. Fonseca arrive en juin 2024, après avoir refusé les avances de l’OM, avec la promesse de Zlatan Ibrahimovic d’un "football nouveau qui arrive, dominateur et offensif". Les tifosi, qui attendaient un nom plus prestigieux, l’accueillent avec méfiance. La saison démarre mal, mais le Portugais s’impose dans le derby contre l’Inter (2-1) et sur la pelouse du Real Madrid en Ligue des champions (3-1), avant que la machine ne s’enraye.

Le 11 décembre, après une victoire poussive contre l’Étoile rouge, il lâche un coup de gueule public, sans citer de noms : "Cette équipe est comme des montagnes russes. Nous avions l’obligation d’arriver aujourd’hui et de tout faire pour gagner le match. Et nous ne l’avons pas fait." Il assure qu'il n’hésitera pas à convoquer les jeunes de la Primavera si nécessaire. Quatre jours plus tard, le 0-0 contre le Genoa, le jour du 125e anniversaire du club, tourne au désastre. L’équipe est huée et les tribunes scandent "Nous ne sommes pas des Américains" à l’adresse des propriétaires de RedBird. Fonseca comprend la colère. Quelques semaines plus tôt, après un 0-0 déjà soporifique contre la Juventus, il avait lâché : "Si j’étais supporter, j’aurais fait pareil."

Un SMS, puis une conférence de presse

Le 29 décembre, après un nul contre la Roma (1-1), il est exclu en première période pour avoir contesté un penalty refusé. Il apprend son limogeage à l’issue du match, par un SMS de Gerry Cardinale, le propriétaire du club. Pourtant, il doit encore passer par la conférence de presse. Au micro de Sky, dans sa voiture, il se contente de ce constat : "J’ai fait tout ce que je pouvais." Sur les réseaux, il adresse ses adieux : "Je suis fier d’avoir travaillé pour Milan."

La suite est presque plus étonnante. La Curva Sud, qui ne voulait pas de lui, prend sa défense et s’en prend à la direction : "Une direction ne peut plus être crédible", écrit le groupe d’ultras, qui voit en Fonseca un bouc émissaire de l'incompétence de leur club. Ibrahimovic reconnaît lui-même l’erreur : "C’était une erreur de notre part de le laisser parler en conférence de presse." Même Théo Hernandez, que Fonseca avait mis sur le banc dans les semaines précédentes, admet après la Supercoupe d’Italie : "C’est aussi notre faute."

Lyon, un départ qui divise

À Lyon, l’histoire se répète à une autre échelle. Arrivé le 31 janvier 2025, Fonseca s’en va après vingt-et-un mois, en pleine saison, avec un OL troisième de Ligue 1. Corentin Tolisso, le capitaine, qui a célébré son but contre Angers dans ses bras, avait confié la veille : "Moi personnellement, je veux qu’il reste avec nous." Fonseca, lui, n’avait lâché que quelques mots ambigus, laissant entendre que "tout est possible" au sujet d'un potentiel départ vers le Sporting.

Le lendemain matin, Fonseca réunissait ses joueurs pour leur annoncer son départ. Quelques jours plus tôt, il avait justifié sa décision auprès de dirigeants lyonnais surpris par un "choix du cœur", lui qui était supporter du Sporting enfant. "Une décision inattendue, que l’OL regrette profondément, d’autant plus par son timing en pleine saison, écrira le club dans son communiqué annonçant son départ. Face à cette volonté clairement exprimée, la direction a considéré qu’il n’était pas dans l’intérêt du club de poursuivre une collaboration qui ne pouvait plus garantir le niveau d’engagement total indispensable à la réussite du projet." 

Les adieux n'en restent pas moins déchirants, comme en témoignent ses larmes pour ce qui était donc son dernier match au Groupama Stadium. Les supporters lyonnais eux digèrent mal de voir leur entraîneur quitter le navire en pleine saison, alors même que l'OL l'a toujours soutenu malgré son coup de sang contre l’arbitre Benoît Millot en mars 2025, qui lui vaut une suspension de banc de neuf mois et une interdiction de vestiaire de six mois.

Une indemnité de transfert salvatrice ?

Le déchirement tient aussi au moment : quelques jours plus tôt, le directeur sportif Matthieu Louis-Jean confirmait que les discussions se poursuivaient avec l’entraîneur et son agent en vue d’une prolongation. Fonseca, qui avait maintenu à bout de bras le niveau sportif d’un club menacé de rétrogradation en Ligue 2 par la DNCG pendant l’été 2025, laisse l’OL au pied du podium, privé de celui qui avait su le stabiliser. Son départ permet aussi au club d’économiser huit mois d’un salaire estimé à environ 400 000 euros bruts par mois, en plus d'une indemnité de transfert réglée par le Sporting de 5 millions d'euros. Un mal pour un bien vu l'état des finances lyonnaises.

Reste que tout ne s’est pas mal terminé. Au Shakhtar, Fonseca a quitté le club en 2019 en héros, après trois doublés coupe-championnat en trois saisons : Rinat Akhmetov, président du club, l’a laissé partir vers la Roma en le remerciant pour "trois saisons spectaculaires et brillantes". À Lille, la séparation de juin 2024 s’est faite d’un commun accord, avec une qualification pour les barrages de la Ligue des champions et "la formidable relation établie" avec le président Olivier Létang. Fonseca a pris congé en s’adressant directement aux supporters : "Chers Lillois, quel beau voyage !" Deux exceptions heureuses dans un parcours qui, pour le reste, a souvent fini dans les larmes.

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