Rennes doit apprendre à vivre sans son métronome Valentin Rongier

Rennes doit apprendre à vivre sans son métronome Valentin Rongier
Rennes doit apprendre à vivre sans son métronome Valentin RongierMATTHIEU MIRVILLE/DPPI VIA AFP

Ce dimanche à la Meinau, le Stade Rennais affronte Strasbourg lors de la 30e journée de Ligue 1, amputé de son capitaine et métronome Valentin Rongier, suspendu. Une absence qui interroge autant qu'elle inquiète.

Il y a des joueurs dont on mesure réellement l'importance le jour où ils manquent à l'appel. Valentin Rongier est de ceux-là. Suspendu pour le déplacement à Strasbourg ce dimanche (17h15, Stade de la Meinau), le milieu défensif de 31 ans laisse un vide que le staff rennais ne sait pas encore exactement comment combler. Et un chiffre suffit à résumer l'ampleur du problème : sur quatre matches disputés sans lui depuis son arrivée en juillet dernier, le Stade Rennais en a perdu trois et concédé un 0-0 à domicile contre Lens, pourtant réduit à dix dès la première minute.

Un an pour devenir indispensable

Arrivé à l'été 2025 après six saisons à l'Olympique de Marseille, Rongier n'avait pas été accueilli à bras ouverts dans la capitale bretonne. Nommé capitaine par l'entraîneur d'alors Habib Beye, deux banderoles hostiles à son encontre avaient même été déployées par ses propres supporters, lui reprochant son passé à Nantes. Il a fallu peu de temps pour que les doutes se dissipent. Dès la première journée, il est nommé dans l'équipe type de L'Équipe avec une note de 7/10. En mars 2026, il est même élu joueur du mois par les supporters rennais.

Les chiffres confirment. Rongier est le joueur du Stade Rennais qui réalise le plus de passes par match (61,7), le plus de ballons touchés (75,4), le plus de duels gagnés (4,6) et le plus de tacles réussis (1,5) par rencontre. Il est aussi le premier passeur décisif du club toutes compétitions confondues avec quatre offrandes cette saison, et affiche la meilleure moyenne de passes clés par match au sein de l'effectif (1,3). Un profil qui déborde bien au-delà du simple milieu défensif : Rongier est un organisateur, un régulateur, un chef d'orchestre.

"Il est vraiment chiant à jouer"

Franck Haise a tenté, vendredi en conférence de presse, d'expliquer pourquoi son absence pèse autant : "Valentin, de par son expérience, sa compréhension du jeu et son poste, sait les moments où il faut faire une passe de plus, les moments où il faut verticaliser, les moments où il faut replacer un peu tout le monde et se restructurer sur le terrain." Un sens du jeu collectif rare, qui s'acquiert avec les années et les kilomètres. À 31 ans, passé par Nantes, Marseille et désormais Rennes, Rongier incarne cette intelligence positionnelle que l'on ne s'improvise pas.

L'attaquant suisse Breel Embolo y est allé de sa propre comparaison, assimilant son coéquipier à Granit Xhaka, l'ancien d'Arsenal et actuel capitaine de la Nati. "Ce sont des mecs qui sont vraiment chiants à jouer", a-t-il précisé. "Il bouge vraiment dans les angles morts où il se cache derrière l'attaquant pour aider nos gardiens et nos défenseurs à sortir la balle, tout en étant très présent offensivement."

Embolo a même lâché, non sans humour : "Si j'étais Strasbourg, je serais vraiment content que Val ne soit pas là." Les Alsaciens l'ont sans doute bien noté.

Le dilemme Haise

Pour le coach rennais, la question n'est pas anodine. Haise a reconnu avoir "quelques idées" mais s'est montré volontairement vague, insistant sur le fait que "que ce soit un joueur numériquement qui remplace Valentin ou une évolution du système, ce sera en équipe qu'on va devoir s'opposer déjà et poser des problèmes à Strasbourg." Une manière d'annoncer que la solution ne sera pas individuelle.

Parmi les options écartées : Glen Kamara et Djaoui Cissé, deux profils d'axiaux reculés mais à court de rythme. Pour Kamara, Haise a justifié : "On est à 4-5 matchs de l'arrivée, même s'il fait plutôt de bonnes séances (...) je regarde un peu la dynamique de la saison aussi."

La piste la plus sérieuse mène à Sebastian Szymanski, le Polonais habitué à évoluer dans un rôle plus avancé mais capable d'assurer aux côtés de Mahdi Camara dans un double pivot. "Il est capable d'y jouer, ça c'est sûr, parce qu'il a pour lui la technique et le volume. Et l'intelligence de jeu aussi", a reconnu Haise. La composition probable voit effectivement Szymanski associé à Mahdi Camara dans l'entrejeu, avec Blas, et Al-Tamari dans un 4-4-2 ou 4-3-3 devant Samba.

À ces absences s'ajoutent celles de Jérémy Jacquet, forfait jusqu'à la fin de la saison, et de Frankowski, touché musculairement. Bonne nouvelle en revanche : Arnaud Nordin a repris l'entraînement collectif et devrait postuler, tandis qu'Alidu Seidu s'entraîne normalement après avoir été ménagé.

Un calendrier chargé, des ambitions intactes

Sur le plan du championnat, la dynamique est positive : les Rennais ont arraché un derby à Brest (3-4) avant de confirmer contre Angers (2-1), ce qui leur a permis de réintégrer le top 6. À seulement trois points de la troisième place, la qualification directe en Ligue des champions n'est plus une chimère.

En face, Strasbourg ne sera pas un adversaire complaisant. Le Racing vient d'écraser Mayence 4-0 en Ligue Conférence jeudi, et Haise n'y croit "pas une seule seconde" à un relâchement alsacien : "On devra répondre en défendant très bien parce qu'ils proposent beaucoup de choses dans leurs animations offensives et en utilisant le ballon, que ce soit sur les attaques placées ou sur des attaques plus rapides, avec beaucoup de justesse." Huitième au classement avec 43 points mais un match en moins, les Alsaciens ont aussi leurs propres objectifs européens à défendre.

Malgré les absences, Franck Haise ne cache pas ses ambitions. "Ce que je veux, c'est qu'on aille chercher encore plus haut que la 6e place. En tout cas, qu'on se donne tous les moyens pour aller chercher plus haut", a-t-il martelé. Le message est clair : la suspension de Rongier n'est pas une excuse, c'est un défi collectif. Ce dimanche, le Stade Rennais devra prouver qu'il est capable de fonctionner sans sa clé de voûte. Réponse à 17h15, à la Meinau.