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Cameroun-Malawi, une finale de CAN entre outsiders chargée de belles histoires

Cameroun-Malawi, une finale de CAN entre outsiders chargée de belles histoires
Cameroun-Malawi, une finale de CAN entre outsiders chargée de belles histoiresMalawi FA

Dimanche, le Stade Olympique de Rabat accueillera une finale de Coupe d'Afrique des nations féminine que personne n'avait vue venir. Ni le Cameroun ni le Malawi ne figuraient parmi les favoris annoncés de cette édition marocaine et pourtant ce sont bien ces deux sélections qui se disputeront le trophée, portées par des parcours aussi improbables l'un que l'autre.

Pour le Malawi, tout est une première. Les Scorchers disputent leur toute première phase finale de CAN féminine et pointaient, au coup d'envoi du tournoi, à la 153e place du classement FIFA, le rang le plus bas des seize sélections engagées au Maroc. Un statut de petit poucet renforcé par un tirage sans pitié : les Malawites héritent du "groupe de la mort", aux côtés du Nigeria, décuple champion d'Afrique et tenant du titre, de la Zambie et de l'Égypte.

Personne n'imaginait alors ce qui allait suivre. Pour leur toute première rencontre en phase finale de CAN, les Malawites font tomber les Super Falcons du Nigeria, 3-2, grâce à un doublé de Temwa Chawinga et un but de sa sœur Tabitha. Une défaite historique pour le Nigeria, qui n'avait plus perdu face à une nation débutante en phase finale de CAN depuis 1998. 

Le Malawi confirme ensuite en dominant l'Égypte 3-1, alors même que les Scorchers ont terminé la rencontre à dix après l'expulsion de leur défenseure Rose Alufandika, avant de concéder leur seule défaite du tournoi face à la Zambie (2-1). Une contre-performance sans conséquence puisque les Malawites terminent tout de même en tête du groupe C. En quarts de finale face au Ghana, nouvelle démonstration de caractère : menées dès la 7e minute, elles égalisent par Temwa Chawinga avant que Rose Kadzere n'inscrive, à la 79e minute, le but de la qualification. Ce succès 2-1 a une double portée : il envoie le Malawi dans le dernier carré de la CAN, mais surtout, il permet au Malawi de signer la toute première qualification de son histoire pour une Coupe du monde senior, hommes et femmes confondus. Le Malawi devient la première équipe débutante depuis le Zimbabwe en 2000 à atteindre le dernier carré de la CAN féminine.

"Les joueuses ne sont pas en lune de miel"

Et la belle histoire ne s'arrête pas là. Si le Malawi aurait pu se contenter d'une qualification au Mondial, le sélectionneur Lovemore Fazili, artisan de cette épopée, balayait l'idée d'un quelconque relâchement face à une Algérie favorite en demi-finale : "Nous sommes arrivées jusque-là et nous croyons pouvoir aller encore plus loin. Désormais, notre objectif est la finale. Les joueuses ne se relâchent pas. Elles ne sont pas en lune de miel. Elles sont totalement concentrées et prêtes pour ce match."

"Pendant nos échanges, j'ai rappelé aux joueuses qu'il fallait chasser l'idée que tout est acquis. C'est un autre jour, un autre défi. (...) Nous ne nous disons pas que, parce que nous avons atteint le stade des demi-finales, tout va bien", appuyait-il. Un message reçu 5/5 par ses joueuses, qui ont de nouveau créé l'exploit en demi-finale. Elles profitent d'un carton rouge précoce contre les Vertes pour inscrire deux buts avant d'être à leur tour réduites à 10, mais sans que cela ne vienne à bout de leurs espoirs. 90 minutes plus tard c'est le Malawi qui s'impose 3-1 et s'envole donc vers une finale, pour sa toute première participation à la compétition. 

Avant même le coup d'envoi de la compétition, Temwa Chawinga avait affiché ses ambitions au sujet du Mondial, tout en rappelant que le Malawi ne se résumait pas au duo qu'elle forme avec sa sœur : "On sait qu'on est outsiders, mais tout le monde sait qu'il faut travailler dur pour tout obtenir. Si on se qualifie pour ce tournoi, on peut aller à la Coupe du monde. On n'est pas là que pour participer. On est là pour rivaliser." Sa sœur aînée et capitaine, Tabitha Chawinga, avait de son côté insisté sur la portée historique qu'une qualification mondiale représenterait pour le football féminin malawite, avant que le succès contre le Ghana ne transforme cette ambition en réalité : "Personne ne s'attendait à nous voir à ce niveau, mais nous avons cru en nous dès le premier jour. Jouer avec ma sœur et toutes mes coéquipières pour marquer l'histoire de notre pays est le plus beau sentiment de ma carrière."

"Elles prouvent que lorsqu'on vient du Malawi, on peut atteindre les sommets"

Faith Chinzimu, jeune milieu de terrain devenue l'une des pièces maîtresses de la sélection, a elle aussi insisté sur la portée de ce parcours historique : "Cela représente tout pour moi, pour l'équipe et pour chaque jeune fille au Malawi qui rêve de jouer au football. Nous portons les espoirs de tout un pays et nous voulions rendre le Malawi fier. Quand nous avons franchi ces étapes, j'ai pensé à ma famille, mes entraîneurs et tous ceux qui nous ont soutenues. Nous avons prouvé que le football féminin malawite a sa place au plus haut niveau." Elle n'a pas manqué de rendre hommage aux sœurs Chawinga : "Elles montrent l'exemple. Elles prouvent que lorsqu'on vient du Malawi, on peut atteindre les sommets. Elles me poussent à devenir meilleure chaque jour."

Cette épopée a également une traduction financière. La banque malawite NBS Bank a annoncé une récompense historique de 245 millions de kwacha (soit un peu plus de 122 000 euros) pour les 48 membres de la délégation du Malawi, soit 7 millions de kwacha (environ 3 500 euros) par joueuse, saluant une qualification déjà acquise pour la Coupe du monde 2027. Des sommes colossales dans un pays où le salaire moyen est à 500 euros par an, avec un revenu mensuel d'à peine 40 euros. 

Le directeur général de la banque, Tewani Simwaka, a salué l'exploit : "Les Scorchers ont fait preuve de courage, de résilience et d'une détermination sans faille pour réussir. Cette récompense de 245 millions de kwacha est notre façon de dire : vous êtes entrées dans l'histoire, vous avez rendu le Malawi fier, et NBS Bank se tient à vos côtés à l'approche de la scène mondiale." La cheffe de délégation malawite, Migogo, a de son côté rendu un hommage vibrant à ses joueuses, surnommées les "Unstoppable Scorchers" : "Merci ! Vous avez versé votre âme sur ce terrain, vous vous êtes battues comme des lionnes et vous avez fait rêver 20 millions de Malawites. Vous avez réécrit notre histoire pour toujours. Nous sommes arrivées comme de discrètes débutantes, mais grâce à la foi et au travail acharné, nous revoilà sur la scène mondiale."

Le Cameroun, éternel outsider en quête de rédemption

Face à ce Malawi en plein rêve, le Cameroun porte lui aussi une histoire particulière, celle d'une équipe qui n'était même pas censée être au Maroc. Non qualifiées sportivement pour cette CAN 2026, après leur défaite en barrages face à l'Algérie dans un contexte de crise politique locale (défaite 2-1 à Oran, puis revers 1-0 à Yaoundé), les Lionnes Indomptables ont été repêchées à la faveur de l'élargissement du format de la compétition, passé de 12 à 16 équipes. La CAF décide d'attribuer les 4 places supplémentaires aux nations les mieux classées au ranking FIFA et le Cameroun, 66e à l'époque de la décision, en profite.

Une trajectoire qui n'est pas sans rappeler celle du Danemark, non qualifié pour l'Euro 1992 et repêché à quelques jours du coup d'envoi après l'exclusion de la Yougoslavie en raison de la guerre, avant de devenir, contre toute attente, champion d'Europe. En cas de victoire dimanche face au Malawi, le Cameroun réaliserait le même exploit en devenant, pour la première fois de son histoire, championne d'Afrique.

Car l'histoire camerounaise en finale de CAN féminine est jusqu'ici une longue suite de désillusions. Cette édition 2026 marque la quatrième finale des Lionnes Indomptables, et les trois précédentes se sont systématiquement soldées par des défaites, à chaque fois face au même bourreau : le Nigeria. En 2004 à Johannesburg, le Cameroun s'incline lourdement 5-0. En 2014, nouvelle désillusion, 2-0. Puis en 2016, à domicile, devant un stade Ahmadou-Ahidjo comble, les Lionnes s'inclinent une troisième fois, 1-0, sur un but de Desire Oparanozie à la 84e minute.

Plus largement, le bilan du Cameroun face au Nigeria en CAN donnait le vertige avant ce tournoi : treize confrontations disputées depuis 1998, neuf victoires nigérianes dans le temps réglementaire, deux succès aux tirs au but pour les Super Falcons, et une seule victoire camerounaise, datant de 2012. C'est justement ce signe indien que les Lionnes Indomptables ont brisé en quarts de finale, en éliminant le Nigeria, tenant du titre, sur le score de 1-0 grâce à un coup franc direct de la jeune Myriam Maéva Nyadjou. Une victoire à la portée double, puisqu'elle envoie le Cameroun en demi-finale, huit ans après sa troisième place de 2018, et valide dans le même temps sa qualification pour la Coupe du monde 2027, une troisième participation mondiale pour les Lionnes Indomptables après les éditions du Canada en 2015 et de la France en 2019.

"Partir de rien, repêchées et maintenant qualifiées pour la finale"

Dix ans après leur dernière finale perdue, le Cameroun retrouve donc le sommet du football africain, mais cette fois sans croiser le Nigeria sur sa route. En demi-finale, nouvel obstacle de taille attendait les Camerounaises : le Maroc, pays hôte et favori logique du tournoi. Le Cameroun n'avait alors jamais battu de nation organisatrice en six confrontations disputées dans l'histoire de la CAN féminine, ne comptant qu'un match nul pour cinq défaites. Une statistique renversée au bout du suspense, puisque les Lionnes se sont imposées aux tirs au but (3-1) après un 0-0 synonyme de prolongation. Une séance d'autant plus symbolique que le Cameroun avait perdu ses trois précédentes séances de tirs au but en CAN féminine, sans exception.

Sur le terrain, les joueuses camerounaises n'ont pas caché leur émotion après cette double qualification, pour la finale et pour le Mondial. Valentine Nguele s'est longuement confiée en conférence de presse d'après-match : "Nous, on sort de très loin. Nous sommes des gens qui ont été repêchés donc on ne se met pas la pression. On va match après match et on remet tout au Seigneur. En tant que femme, c'est une fierté de voir ce parcours. Je veux également montrer à mes sœurs qui exercent ce métier qu'il faut aller jusqu'au bout. Ce n'est pas du tout facile. Acceptez de vous former et résistez à toutes sortes de tempêtes. Je dédie cette victoire à toutes les femmes entraîneures. Merci à l'Éternel Dieu, Il est merveilleux. Merci également au peuple camerounais qui nous a poussées et soutenues."

Héroïne de la séance de tirs au but, la gardienne Michaely Bihina a raconté sa préparation minutieuse face aux Marocaines : "Je suis très contente, remplie d'émotions. C'est la première fois pour notre génération de jouer la finale de la CAN. Nous sommes très heureuses avec tous ces gens qui nous supportent. On continue de savourer chaque moment, chaque match. À propos des penaltys, j'ai étudié la manière de tirer des Marocaines tout au long de la compétition. Je me suis dit, si nous allons aux tirs au but, je dois au moins en arrêter trois. J'ai arrêté le premier penalty pendant le match et je me suis dit, si on va aux tirs au but, je peux faire encore mieux."

Gabrielle Aboudi Onguene a de son côté insisté sur le chemin parcouru par le groupe, entre finale continentale et Mondial : "Nous venons de loin avec beaucoup de passion et de détermination mais nous sommes qualifiées pour la Coupe du monde et la finale de la Coupe d'Afrique féminine. Merci pour votre soutien, on continue à tout donner ensemble." Un sentiment partagé par Marie Gisèle Ngah Manga, qui a résumé la mentalité de ce groupe repêché : "En finale de la CAN. Partir de rien, repêchées et maintenant qualifiées pour la finale. Une mentalité de guerrières. Un collectif solide."

Deux histoires, un seul trophée

Deux nations qui n'étaient pas programmées pour se croiser à ce stade de la compétition, deux parcours semés d'exploits historiques et deux groupes portés par une ferveur populaire immense se retrouveront donc dimanche pour un choc entre outsiders, la Coupe du monde déjà en poche pour l'une comme pour l'autre. D'un côté, un Malawi qui rêve de transformer l'essai après avoir renversé la nation la plus titrée du continent dès son entrée dans la compétition et décroché, au passage, la toute première qualification mondiale de son histoire pour une sélection senior. De l'autre, un Cameroun repêché qui n'a plus qu'une équipe à battre pour effacer trois décennies de désillusions en finale et écrire, à l'image du Danemark en 1992, l'une des plus belles histoires de l'histoire de la CAN féminine.