Il s'appelle Promise. Une promesse qui ressemble désormais à une prophétie. Avant même de fouler la pelouse du BC Place de Vancouver face à la Suisse, Promise David avait confié à des proches qu'il marquerait dans cette ville. Quelques mois plus tôt, il avait dit : "J'ai ce truc bizarre où je peux annoncer mes buts avant de les marquer. Je ne sais pas dans quel match, mais ce sera à Vancouver." Le 24 juin, à la 76e minute, le ballon entrait dans le filet helvète. Promesse tenue.
Ce soir-là, le Canada s'incline pourtant 2-1 face à la Suisse lors du dernier match de la phase de groupes, concédant ainsi la première place du groupe B. Mais dans la défaite, Promise David a inscrit son premier but en Coupe du monde : entré en jeu à la 74e minute en remplacement de Tajon Buchanan, il a marqué dès sa première touche de balle, avant même que le speaker du stade n'ait annoncé son entrée. Un but de pur attaquant, né d'une action aérienne d'anthologie. Luc De Fougerolles transmet une longue transversale depuis sa moitié de terrain pour Nathan Saliba, qui contrôle en extension et centre en une touche de demi-volée. Arrivé lancé, Promise David conclut en se jetant.
"Pendant que l'action se développait, je me suis mis légèrement hors-jeu pour me donner quelques mètres, parce que je savais que le ballon allait sur l'aile, explique-t-il après le match. Saliba a fait une super course vers l'intérieur et un super contrôle. Quand je l'ai vu toucher le ballon, je n'avais pas besoin d'en dire plus. J'ai vu ses yeux se diriger vers moi. Alors j'avais deux options : aller au premier poteau ou rester au deuxième." Il a choisi le deuxième.
De Brampton à Vancouver, via la Croatie, Malte et l'Estonie
Promise David est né à Brampton, en Ontario, ville natale également de Tajon Buchanan et de Cyle Larin, une coïncidence qui fait sourire le principal intéressé. Né le 3 juillet 2001 de parents nigérians, il passe quelques années avec ses grands-parents au Nigeria avant de revenir au Canada vers l'âge de sept ans. Le football s'impose rapidement. Il est repéré par l'académie du Toronto FC, mais à quinze ans, on l'en écarte. Il n'est pas assez bon, tranche le club.
Le reste est une odyssée. Le chemin qui mène David de Brampton jusqu'à la sélection canadienne passe par Malte, l'Estonie, la Croatie et la Belgique. Il est sinueux. En 2019, à 18 ans, il tente sa chance en Europe. Un camp d'essai organisé par le NK Trnje Zagreb, un club croate de deuxième division, dans la banlieue d'Oakville lui ouvre une porte. Il déménage en Croatie deux semaines plus tard. L'expérience tourne vite au cauchemar. Son entraîneur à Zagreb est raciste. "Il ne voulait pas de Noirs, pas d'Africains dans son équipe. Il tenait des propos choquants. 'Crnac' par exemple, un terme raciste. Une fois, mes coéquipiers ne m'ont traduit ses mots qu'un mois plus tard, parce qu'ils trouvaient ça trop grave", explique-t-il dans une interview par La Presse.
Il repart. Direction Malte, puis Tulsa aux États-Unis, sans jamais vraiment s'imposer. Le "non" est devenu le mot qui lui est le plus souvent adressé : "Si quelqu'un me disait non, je restais probablement dans le cadre de porte jusqu'à ce qu'il me dise oui. Ou encore, je déguerpissais jusqu'à un endroit où on allait me dire oui. Je suis passé par plusieurs clubs où je me suis entraîné sans arrêt, en attendant ma chance."
Sa mère, désespérée, le supplie d'arrêter. Il refuse. "Je me sentais comme au casino : tu joues ton argent, mais à quel moment tu t'arrêtes ?" Il continue. En 2023, il signe au Kalju FC, en Estonie. Là, enfin, les non deviennent des oui. 30 buts en 44 matchs. L'Union Saint-Gilloise lui tend la main. En juillet 2024, il débarque en Pro League belge pour un transfert estimé à environ 400 000 euros. Sa première saison, il remporte le championnat de Belgique, le premier titre du club depuis 1935.
Le choix du Canada
Promise David aurait pu jouer pour le Nigeria, pays dont il possède la nationalité. Il commence même à évoluer avec les sélections de jeunes nigérianes, mais malgré les sollicitations de la fédération, il exprime son désir de représenter son pays natal, le Canada. En février 2025, il officialise son changement de sélection.
Sa blessure aurait pu tout compromettre. En février, il ressent comme une explosion dans la hanche lors d'un match de l'Union. Le tendon est rompu, la chirurgie inévitable et la rééducation intensive à quelques mois d'un Mondial à domicile. Jesse Marsch lui réserve malgré tout une place dans son effectif, attendant de voir si le joueur serait prêt à temps.
Avant-centre d'1,95 m, David allie puissance athlétique et efficacité dans les petits espaces, dominant dans le jeu aérien. Son entraîneur de jeunesse à Vaughan SC, Carmine Isacco, résume dans HEAVY ce qui fait sa force : "Est-ce que son jeu tactique est incroyablement développé ? Absolument pas. Est-ce que son pressing est raffiné ? Non, absolument pas. Mais sera-t-il dans la surface pour aller chercher ce but ? Sera-t-il le joueur de situation qui peut faire la différence, créer de l'espace pour quelqu'un d'autre ? Absolument."
L'autre David qui monte
Dans ce Canada, il existe déjà un David de référence : Jonathan, auteur de trois buts dans ce Mondial et meilleur buteur de l'histoire de la sélection. Promise est l'autre. Moins connu, moins attendu, peut-être plus imprévisible. Comme lorsqu'il trouve la faille face à la Suisse, quand l'attaquant de la Juventus a traversé la rencontre tel un fantôme. Sa grande taille et sa seule présence offrent au Canada une option supplémentaire et imposante en attaque et son état de forme s'est constamment amélioré au fil des matchs de la phase de groupes. S'il est apte à tenir 90 minutes, son efficacité immédiate pourrait lui ouvrir une place de titulaire aux côtés de Jonathan David pour les matchs à élimination directe.
Le Canada affronte désormais l'Afrique du Sud en 16e de finale, à Los Angeles. Bafana Bafana, qualifiés pour la première fois de leur histoire en phase à élimination directe, arrivent avec la confiance des outsiders. Promise David, lui, arrive avec la rage de ceux qui ont tout dû arracher : "Je veux que les gens se disent : 'Tu te souviens de cette équipe canadienne en 2026 ? Oh mon Dieu, quelle équipe.' C'est mon objectif. Je veux qu'on mette le feu."
