C'est fait : l'équipe de France a validé son ticket pour les huitièmes de finale de la Coupe du Monde, ce lundi soir, face à l'Irak — et ce, malgré un contexte inhabituel et des conditions de jeu compliquées. À la pause, le match a été d'abord suspendu pendant une vingtaine de minutes en raison d'un orage qui s'est abattu sur Philadelphie, avant que la rencontre ne reprenne... deux heures après la mi-temps. Une situation inédite pour des joueurs de football, qui ont dû rester concentrés alors que la rencontre n'était pas terminée.
"Personnellement, je n'ai jamais vécu une telle situation. Là, c'est tout un autre match, explique Guillaume Hoarau. Le danger, c'est l'attente, en fait. Quand tu ne sais pas, c'est là que l'agacement peut grandir : tu sors complètement de ton match, tu refroidis, tu perds le rythme émotionnel.
"J'imagine que pendant cette longue période — deux heures quand même — ils ont dû prendre le temps de débriefer, d'ajuster ce qui devait l'être. Mais le protocole, dans ce genre de situation, c'est de se repréparer physiquement et mentalement, de rester calme et concentré. Et je pense que c'est exactement ce qu'ils ont fait : prendre le temps, remonter, se remobiliser. Dès que tu remontes sur le terrain, c'est l'échauffement : tu te remets tout de suite dedans. Mais c'est vrai que deux heures, c'est extrêmement long."
Mais la finalité de l'histoire, c'est que les Bleus ont fait le travail et sont parvenus à s'imposer 3-0. Certes, l'opposition irakienne « n'était pas non plus extraordinaire », mais au moins, « ça permet de se roder avant les matchs importants ». Surtout, Didier Deschamps a profité de la rencontre pour remodeler son onze type, en y apportant quelques réajustements : les entrées de Lucas Digne, Manu Koné et Bradley Barcola, à la place de Theo Hernandez, Aurélien Tchouaméni et Désiré Doué.
Un sélectionneur guidé par l'efficacité : Barcola "game changer"
Bingo pour Didier Deschamps, ses changements ont porté leur fruit rapidement tant l'équipe était dès l'entame bien plus cohérente que face au Sénégal : "c'est un maître en la matière, un véritable expert. Lui, il est uniquement animé par la volonté de gagner. Avant ce match, sa priorité était donc de composer la meilleure équipe pour s'imposer, pas pour faire plaisir à qui que ce soit — on ne le paie pas pour ça".
"Concernant les choix effectués, pour moi, le "game changer", c'est Barcola, glisse l'ex-attaquant du PSG. Bien sûr, Manu Koné a très bien joué, mais Tchouaméni avait fait de même lors du match précédent. Lucas Digne, on connaît sa qualité, super attitude, mais Hernandez l'est tout autant. Non, vraiment, pour moi c'est Barcola le game changer, à l'instar de Doué.
"Il apporte de la profondeur et de la vitesse. Ça fait un joueur en moins dans la construction qui vient chercher le ballon dans les pieds, et donc un joueur en plus dans la profondeur — le jeu va plus vite. Finalement, il se libère plus d'espace, parce que lui étire les lignes. Et grâce à ça, Olise s'est régalé hier, en numéro 10. C'est là, pour moi, le thème du match".
De quoi poser le même débat qu'au PSG en équipe de France : qui de Doué ou Barcola pour composer l'attaque à quatre aux côtés de Mbappé, Dembélé et Olise. Chacun apporte ses garanties, mais c'est bel et bien DD qui devra trancher pour la suite de la compétition, même si la tendance se dégage vers Barcola après cette performance face à l'Irak.
"Doué ou Barcola, c'est un débat un peu comme on en a eu au PSG, rappelle Hoarau. On a toujours pu faire confiance à Didier Deschamps : avec son expérience, il va réussir à tirer le meilleur des deux. Ils sont jeunes, donc ils ne vont pas aller à l'encontre de l'équipe, encore moins du sélectionneur.
"Je pense que face à la Norvège, la première place du groupe sera en jeu. Deschamps pourrait d'ailleurs essayer les deux et faire souffler Dembélé ou Olise. Mais pour moi, le thème reste vraiment Barcola : c'est lui qui a permis cette fluidité, justement parce qu'il ne vient pas chercher le ballon dans les pieds comme le fait Doué. Quand Doué vient chercher le ballon, quand Olise vient, quand Dembélé vient, ça fait déjà trop de monde au milieu de terrain. Hier, avec Barcola, c'était vraiment ça la différence".
Mbappé, la faim de records
L'autre bonne nouvelle, ce sont les 15e et 16e buts de Kylian Mbappé en Coupe du Monde. Avec ce total, le capitaine de l'équipe de France est parvenu à égaler Ronaldo, puis Miroslav Klose — un nouveau record fort en symbolique, tant la performance est difficile à atteindre. Plus tôt dans la compétition, Leo Messi, grâce à son doublé face à l'Autriche, avait porté son total à 18 buts : la nouvelle cible à présent dans le viseur du joueur du Real Madrid.
"Concernant Mbappé, je ne suis pas surpris, souligne Hoarau. On le voit à son langage corporel sur le terrain : il n'est pas venu dans cette Coupe du Monde pour faire de la figuration, on le sent vraiment impliqué. Un peu à la manière de Cristiano Ronaldo : on joue l'Irak, donc s'il peut en mettre cinq, il en mettra cinq.
La semaine dernière, il disait déjà qu'il fallait lui faire confiance — eh bien voilà, il a encore prouvé. Les grands joueurs, de toute façon, répondent toujours présents à un moment donné. Et le voir rejoindre certains records dans l'histoire de la Coupe du monde montre tout simplement qu'on est en train d'assister à quelque chose de très, très grand.
Je pense que les équipes commencent officiellement à avoir peur de l'équipe de France. Et je suis persuadé que Mbappé regarde déjà le prochain record à battre. Il va tout chercher, il est comme ça : il a faim, faim de gagner. Avec tout ce qu'il a encaissé cette saison, il a largement de quoi se motiver — et quand il monte sur le terrain, il évacue toute cette frustration.
Dembélé, le déclic qu'on attendait
Enfin, celui qui a brillé hier soir, après avoir essuyé une vague de critiques, c'est Ousmane Dembélé. Très recherché par ses coéquipiers en première période, le Ballon d'Or a été repositionné sur le couloir droit, contrairement au premier match où il avait démarré dans l'axe. Un réajustement simple, mais nécessaire. Le joueur du PSG a livré un match très cohérent dans le jeu, se montrant très actif — ce qui s'est d'ailleurs ressenti sur la feuille de statistiques, avec un but et une passe décisive à la clé.
"Concernant Ousmane Dembélé, j'étais tellement content, avoue Hoarau. Parce que je me disais : les gars, dès qu'il sera vraiment lancé dans sa Coupe du monde, on pourra regarder les matchs des Bleus plus tranquillement. Et c'est exactement ce qui s'est passé hier. On l'a senti dès le début du match : il essayait un peu de forcer les dribbles, il voulait absolument être décisif d'entrée. Et ça, ce sont les joueurs qui savent qu'eux aussi ont besoin de son déclic à lui.
"Ce qui me dérange, c'est qu'on parle souvent de ce qu'il ne fait pas, mais beaucoup moins de ce qu'il apporte : son activité, ses appels de balle, le fait qu'il déséquilibre en permanence les défenses. Elles sont d'ailleurs toujours à deux sur lui. Et quand tu as deux défenseurs sur Dembélé, en sachant qu'il reste encore Olise et Mbappé à marquer, forcément, si tu ne reviens pas défendre à onze — ou même à quinze, remplaçants compris — c'est très compliqué pour l'adversaire.
"Ce but va clairement lui faire du bien mentalement, et permettra peut-être à certains détracteurs de regarder enfin l'ensemble de ses performances, et pas seulement ses statistiques. Contrairement à Mbappé, Dembélé est avant tout un joueur d'équipe. Il aime faire briller les autres — il aime briller aussi, parce qu'il reste un offensif — mais il n'est pas obsédé par la performance individuelle. Ce sont donc deux personnages complètement différents. Et le jour où on aura bien compris ça, le jour où les Bleus auront toute la ferveur populaire et médiatique derrière eux, 'sky is the limit'".

