Pour 160 répondants issus de presque tous les continents, ce sondage organisé tous les quatre ans est une pause bienvenue dans leurs prévisions macroéconomiques à une époque marquée par les guerres, les chocs énergétiques et le retour du débat entre inflation "transitoire" ou persistante.
Cette fois, leur mission porte sur la plus grande Coupe du monde de l’histoire – un tournoi à 48 équipes, réparti sur 104 matchs aux États-Unis, le Canada et le Mexique – la première organisée dans trois pays.
Les Bleus ont recueilli 35 % des suffrages lors du sondage réalisé du 11 mai au 5 juin pour ajouter une troisième étoile à leur maillot, devançant l’Espagne (31 %) – un résultat globalement en phase avec les plateformes de paris comme Polymarket – ce qui ramènerait l’Europe au sommet du football international.
Didier Deschamps, sélectionneur de la France, deviendrait le premier entraîneur depuis Vittorio Pozzo (Italie, 1938) à remporter deux Coupes du monde – et le seul à l’avoir fait après avoir également soulevé le trophée en tant que joueur en 1998.
L’Argentine, tenante du titre et leader du classement mondial FIFA, le Portugal et l’Angleterre complètent le top 5 des favoris.
"Après la déception de la finale 2022, la France semble bien armée pour faire encore mieux cette fois", affirme Cathal Kennedy, économiste senior chez RBC basé à Londres. L’effectif conserve plusieurs joueurs présents lors de la dernière finale, qui atteignent désormais leur apogée, renforcés par l’émergence de certains éléments du PSG.
"À cela s’ajoute la possibilité de compter sur un Kylian Mbappé bien reposé pour le tournoi." Mbappé, qui vient de terminer une nouvelle saison prolifique au Real Madrid, a été désigné favori du sondage pour le Ballon d’Or du tournoi (meilleur joueur) et le Soulier d’Or (meilleur buteur).
Il a devancé de justesse le capitaine anglais Harry Kane, vainqueur du Soulier d’Or européen après une saison record à 61 buts avec le Bayern Munich.
Un autre record semble à portée pour les deux joueurs. Mbappé et Kane, respectivement à 12 et 8 buts en Coupe du monde, font partie de ceux qui poursuivent le record absolu de l’Allemand Miroslav Klose (16 buts), tout comme Lionel Messi (13 buts).
Instinct de base
Il y avait aussi les rêveurs. Deux répondants ont choisi le Japon, un le Mexique et un le Maroc – autant de scénarios dignes d’un conte de fées – parmi les 8 % qui ont déclaré que la loyauté avait guidé leur choix. Une écrasante majorité de 73 % a affirmé s’être fiée à son instinct.
"Comme pour tout modèle, la prévision a été ajustée avec une bonne dose d’intuition !" a plaisanté Shannon Bold, économiste senior au Bureau de la recherche économique à Johannesburg. Environ 20 % se sont appuyés sur des données et des modèles pour leurs pronostics. "Les macroéconomistes se sont réunis pour établir une vision commune", explique Claudio Govender chez RMB. Mais pour le Brésil, le constat est sombre.
Même l’arrivée de Carlo Ancelotti comme sélectionneur n’a pas suffi à redonner confiance, près d’un tiers des sondés désignant la Seleção – éliminée en quarts par la Croatie en 2022 – comme la grande nation du football la plus susceptible de décevoir, devant l’Angleterre et l’Allemagne.
La Norvège, portée par l’attaquant de Manchester City Erling Haaland, pourrait créer la surprise – 21 % la voient comme l’outsider le plus à même de surprendre, devant le Japon (15 %).
La quête des révélations du tournoi reste très ouverte. Les votes des répondants se sont répartis sur 46 noms, mais l’attaquant espagnol de 18 ans Lamine Yamal arrive en tête.
Mike Maignan pour la France, Emiliano Martinez pour l’Argentine et Unai Simon pour l’Espagne figurent parmi les favoris pour le Gant d’Or, récompensant le meilleur gardien du tournoi.
Une coupe coûteuse
En dehors du terrain, les organisateurs font face à un défi logistique de taille alors que des millions de supporters s’apprêtent à déferler sur l’Amérique du Nord, la question du coût étant déjà un point de tension.
Le prix élevé des billets, de l’hébergement et des déplacements à travers le continent fait craindre que cette Coupe du monde ne soit la plus chère de l’histoire pour les fans. Voilà pour la pause inflation.
Plus de 60 % estiment qu’il reste plus facile de prévoir l’inflation en 2026 que de désigner le vainqueur du plus grand trophée du football – même si ces dernières années ont placé la barre très bas.
"Nous savons quand la Coupe du monde va se terminer", explique Ozan Can Turkmen de la Sekerbank en Turquie. "En revanche, la crise de l’approvisionnement énergétique…"
