Ismael Saibari, le destin extraordinaire du nouveau buteur du Maroc

Ismael Saibari, le destin extraordinaire du nouveau buteur du Maroc
Ismael Saibari, le destin extraordinaire du nouveau buteur du MarocReuters

Né avec une malformation qui menaçait de l'empêcher de marcher, Ismael Saibari est aujourd’hui la révélation du Maroc dans cette Coupe du monde. Auteur du but le plus rapide de l'histoire de sa sélection face à l'Écosse (71 secondes), le milieu polyvalent du PSV Eindhoven est en train d'écrire, à 24 ans, l'une des plus belles pages du football marocain. Récit d'un parcours semé d'embûches.

71 secondes. C'est le temps qu'il a fallu à Ismael Saibari pour marquer et finalement offrir la victoire au Maroc face à l'Écosse. Brahim Díaz récupère le ballon et lance un long ballon dans le dos de la défense écossaise. Ismael Saibari, lui, a déjà pris sa décision. Il s'engouffre dans l'espace, contrôle, et fusille Angus Gunn d'une frappe surpuissante dans la lucarne opposée. Un unique but qui fait de Saibari un héros : le milieu du PSV Eindhoven né il y a 24 ans à Terrassa, en Catalogne, vient d'inscrire le but le plus rapide de l'histoire du Maroc en Coupe du monde.

Déjà buteur face au Brésil lors du match d'ouverture, Saibari affiche donc deux buts en deux matchs et gratte peu à peu le statut de révélation côté marocain. Celui dont personne ne parlait avant le coup d'envoi du tournoi est aujourd'hui l'homme le plus décisif des Lions de l'Atlas. Pourtant rien ne prédestinait le faux 9 marocain à un tel destin.

Des appareils orthopédiques aux crampons

Ismael Saibari est né avec une malformation congénitale des pieds. Une condition qui, dans les premières années de sa vie, rendait la marche impossible sans assistance. "Mes pieds étaient tournés vers l'intérieur et je me déplaçais à l'aide d'appareils de marche, a-t-il confié à la télévision suédoise Västerbotten. Mon médecin avait dit à mes parents que je pourrais ne jamais marcher de toute ma vie."

Sa mère ne lâche rien. Il suit un protocole de soins long, contraignant, avec des appareillages orthopédiques spécialement conçus pour l'aider à tenir debout. "Ma mère a prié pour moi. Je voulais simplement avoir une vie normale, pas nécessairement devenir footballeur", a-t-il ajouté. À deux ans, il fait ses premiers pas, avec du retard sur la moyenne, mais il marche.

À Terrassa, il commence le football dans les catégories locales. Mais en 2007, la crise économique force la famille à quitter l'Espagne. "Mon père transportait des marchandises, mais il craignait de perdre son emploi et, même si ma mère avait sa propre boutique et faisait un excellent pain, on ne pouvait pas vivre seulement de ça", expliquait-il en 2024 dans un entretien avec le journal suédois Algemeen Dagblad. Direction la Belgique. Saibari a six ans.

Un chemin semé d'embûches

Ses parents s'installent en banlieue d'Anvers, où lui et son frère Akram tapent leurs premiers ballons belges au KVC Willebroek au même rythme qu'ils assimilent les bases du néerlandais, eux qui parlent déjà espagnol et darija. Tous deux sont repérés par Beerschot, le club de la ville. Replacé d'attaquant de pointe à milieu de terrain, Saibari domine les débats dans sa génération. Mais il doit encore changer de plan : le Beerschot fait faillite après quatre années passées au club.

Convoité par le Séville FC, le PSV Eindhoven et Genk, il choisit finalement Anderlecht, où il doit apprendre le français dans une capitale belge bilingue. Deux saisons plus tard, il est invité à partir : "Ils m'ont dit que j'étais trop gros. C'était vraiment douloureux. Je jouais bien et je me sentais dans une bonne période. C'était un honneur de jouer là-bas, mais la veille du début de la nouvelle saison, j'ai reçu la nouvelle." 

Il poursuit sa route dans d'autres clubs belges, à Mechelen, puis Genk, où il signe son premier contrat professionnel et dispute la Youth League. Avant d'être recruté par le PSV Eindhoven en 2020, contre 200 000 euros, dans un premier temps dans son équipe réserve. Roger Schmidt lui donne sa chance en Eredivisie à 19 ans, mais c'est avec l'arrivée de Ruud van Nistelrooy, avec qui il avait déjà travaillé en équipe B, que sa carrière prend une autre dimension. "À l'époque, il jouait plus tiré à côté, même s'il aimait prendre des espaces intérieurs. C'est un joueur avec beaucoup de puissance, une grande accélération, mais pas sans qualité technique. Dès ses débuts contre le FC Eindhoven, il montrait quelque chose de différent", se souvient Javier Rabanal, proche collaborateur de Van Nistelrooy au PSV, dans les colonnes de Marca.

Avec Peter Bosz la saison dernière, Saibari explose définitivement : 19 buts et neuf passes décisives en 37 matchs. "Son rendement général ne me surprend pas parce qu'on voyait un grand potentiel, mais ses chiffres si. Ils sont étonnamment élevés", reconnaît l'entraîneur espagnol. Au total, il comptabilise 42 buts en 142 matchs sous le maillot du PSV, champion des Pays-Bas lors des trois dernières saisons.

Le choix du Maroc

Ce parcours aurait pu mener ailleurs. Ismael Saibari aurait pu jouer pour l'Espagne, où il est né. Pour la Belgique, où il a grandi depuis l'âge de six ans et passé l'essentiel de sa formation. Roberto Martínez, le sélectionneur des Diables Rouges, l'avait contacté directement pour lui proposer de porter le maillot belge. Mais Saibari décline. "Il voulait réaliser le rêve de ses parents, parce que toute sa famille était du Maroc, alors il a dit non", raconte un ancien coéquipier à Relevo.

Saibari intègre les rangs des Lions de l'Atlas progressivement : il remporte la CAN U23 en juillet 2023, fait ses débuts en équipe A en septembre de la même année. En 2022, il était encore loin du Qatar. Deux ans plus tard, il est l'un des hommes clés d'une équipe qui vise les huitièmes de finale.

Deux buts, deux victoires, une révélation

Contre le Brésil, il inscrit un but d'une pichenette subtile qui permet au Maroc d'arracher le match nul (1-1). Contre l'Écosse, donc, il frappe encore plus vite, en 71 secondes, un record historique. Il est élu joueur du match. Saibari devient le premier joueur marocain de l'histoire à marquer lors de deux rencontres consécutives en Coupe du monde, et le deuxième Africain à réussir cette performance lors de ses deux premiers matchs dans la compétition, après Mohamed Salah lors de la Coupe du monde 2018 en Russie.

"C'est le meilleur moment de ma carrière. C'est tout un rêve de jouer la Coupe du monde", a-t-il déclaré en zone mixte après la victoire face à l'Écosse. Avant de tempérer, fidèle à son caractère réservé : "Je ne suis pas le seul, je pense que toute l'équipe est vraiment à fond. On a une bonne équipe avec beaucoup de bons joueurs. Ça facilite le jeu."

Yassine Bounou, l'un des cadres de l'effectif, ne fait pas preuve de la même modestie à son sujet : "Je suis content pour lui et pour toute l'équipe. Nous avons des joueurs exceptionnellement doués, avec de grandes valeurs sur le plan humain, et qui jouent avec leur cœur. Ça plaît aux supporters."

Un faux neuf aux airs de vrai

Sur le plan tactique, Saibari n'est pas un avant-centre de métier, lui qui depuis ses 12 ans évolue dans l'entre-jeu. Mohamed Ouahbi l'utilise comme faux numéro neuf, meneur de jeu ou ailier, dans un dispositif sans attaquant de pointe traditionnel, en lieu et place de Youssef En-Nesyri, écarté de la sélection. "L'idée d'utiliser Saibari dans ce rôle est née lorsque j'ai pris en main cette sélection. Je voulais imposer mes principes de jeu et les appliquer avec les meilleurs joueurs disponibles", a expliqué le sélectionneur marocain.

Javier Rabanal décrit dans Marca un joueur à la palette technique rare pour un profil physique comme le sien : "Son accélération est de premier niveau. Il semble être un joueur de puissance linéaire, mais non. Il peut freiner et repartir, changer de direction, il est créatif dans le dribble… et, depuis tout jeune, il voit très clairement le but." Il souligne aussi sa polyvalence : "Il peut jouer à l'intérieur, tiré sur le côté, attaquer l'espace en jouant '9', comme il le fait avec le Maroc."

Plusieurs médias l'annoncent déjà au Bayern Munich dès cet été. Le joueur, lui, assure être concentré sur le présent. Le Maroc affronte Haïti ce mercredi à Atlanta pour clore la phase de groupes. S'il marque, Saibari deviendrait le premier joueur africain à trouver le chemin des filets lors des trois matchs de la phase de groupes d'un Mondial, et égalerait le record de buts inscrits par un joueur marocain dans la compétition, détenu par l'absent En-Nesyri. Celui qui voulait "simplement avoir une vie normale" est en train d'écrire une histoire extraordinaire. Et ce n'est peut-être pas fini.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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