Hans Vanaken, le milieu plébiscité par les supporters qui prend la place de De Bruyne dans le XI belge

Hans Vanaken
Hans VanakenReuters

Il aura fallu attendre treize ans de carrière professionnelle et 33 printemps pour que Hans Vanaken dispute enfin ses premières minutes en Coupe du monde de l'intérieur. Lundi soir à Seattle, le Brugeois a inscrit son premier but dans la compétition et pris, dans les faits, le costume de meneur de jeu de Kevin De Bruyne. Un symbole pour un joueur longtemps resté à la porte de l'équipe nationale malgré son statut de meilleur joueur du championnat belge.

Titulaire indiscutable au Club de Bruges depuis une décennie, où il porte le brassard, Hans Vanaken a longtemps été un marginal en équipe nationale. Sous Roberto Martínez, il n'aura eu droit qu'à quelques minutes contre la Finlande à l'Euro 2020, avant de rester cloué sur le banc lors du Mondial 2022 au Qatar malgré sa sélection. Domenico Tedesco l'écartera ensuite purement et simplement. Il aura fallu attendre l'arrivée de Rudi Garcia sur le banc belge pour que Vanaken redevienne un habitué du groupe, sans que cela ne se traduise pour autant par une place de titulaire garantie : il a encore débuté ce Mondial 2026 sur le banc, preuve que la concurrence à son poste restait vive.

Face à cette situation, il n'a jamais caché la frustration mais accepte. "On espère tous jouer le plus possible, c'est toujours le cas mais ce n'est pas moi qui décide. J'ai un autre rôle qu'à Bruges. Je commence plus sur le banc alors que je joue toujours en club. Je dois prendre mes marques", expliquait-il à la veille du match de poules décisif contre la Nouvelle-Zélande où il sera finalement aligné comme titulaire. Il ajoutait avoir reçu, dès le début de la préparation, une explication claire de son sélectionneur : "Le sélectionneur m'a dit au début de la campagne ce qu'il attendait de moi. Il m'a dit que je serai important pour lui. Il a fait ça pour me donner un maximum de confiance."

Les derniers matchs de Vanaken avec la Belgique
Les derniers matchs de Vanaken avec la BelgiqueFlashscore

Entré en jeu contre l'Iran dans un match rendu compliqué par une exclusion précoce des Diables, il s'est montré satisfait de sa contribution malgré l'absence de victoire. "J'ai déjà eu plus de temps de jeu qu'à la Coupe du monde précédente", souriait-il. 

Deux matchs nuls et Vanaken brandi comme solution

Au fil des matches de poules, une partie du public belge s'est mise à réclamer sa titularisation, jugeant son abattage et sa lecture du jeu supérieurs à certaines solutions alignées par Rudi Garcia. Une pression populaire que le Brugeois accueille avec plaisir. "Il est toujours plus agréable d'entendre du positif que du négatif à son sujet", confiait-il. "Mais ici, nous devons un peu faire abstraction des commentaires. Nous cherchons les meilleures possibilités contre chaque adversaire. J'espère évidemment jouer un maximum, apporter ma pierre à l'édifice, mais le choix appartient au coach et au staff."

Il justifiait aussi les choix de son sélectionneur par la nature même du travail d'analyse effectué en amont : "Ils font leur analyse de l'adversaire et de la manière optimale de l'affronter, quel que soit le système. Quand les résultats ne vont pas vraiment dans notre sens, les critiques arrivent forcément. Si on avait gagné deux fois, tout le monde aurait dit que les choix étaient parfaits."

Vanaken a fini par se faire une place dans le XI belge au gré des mauvaises performances de la Belgique en phase de poules : match nul 1-1 face à l'Egypte puis match nul 0-0 face à l'Iran. Il hérite d’un rôle dans le double pivot aux côtés de Youri Tielemans lors du 3e match de poules face à la Nouvelle-Zélande, où les Diables Rouges sont obligés de s'imposer pour se hisser en 16es. Une prestation aboutie, avec une passe décisive, sept passes clés, une grosse occasion créée et 98% de passes réussies.

La carte de passes de Hans Vanaken face à la Nouvelle-Zélande
La carte de passes de Hans Vanaken face à la Nouvelle-ZélandeOpta

Le capitaine de Bruges gagne ainsi le droit à une nouvelle titularisation face au Sénégal en seizièmes de finale, mais se voit beaucoup plus limité dans son impact offensif (aucune passe clé, 0,07 expected assist, aucun tir), ce qui lui vaut d'être remplacé par Diego Moreira à l'heure de jeu : retour à la case départ. Ce rendement en demi-teinte a même conduit le sélectionneur à le replacer sur le banc pour le huitième de finale face aux États-Unis. Un choix qui semblait acter un retour au second plan pour le Limbourgeois. Mais comme en phase de poules, Vanaken parvient à refaire son trou.

L'art de se placer

Tout a basculé à la 21e minute, lorsqu'Amadou Onana s'est écroulé, touché au genou droit, et a dû céder sa place. Rudi Garcia a alors fait un choix qui a surpris : plutôt que de lancer Kevin De Bruyne, initialement positionné en numéro 10 mais laissé au repos ce soir-là, il a fait entrer Hans Vanaken dans un rôle hybride entre milieu défensif dans un double pivot et milieu offensif pour suppléer Youri Tielemans, qui lui occupait ce poste plus avancé dans un système initial en 4-2-3-1. L'un comme l'autre se coordonnent pour mettre de l'impact dans les derniers mètres, rendant l'entre-jeu belge plus versatile mais surtout plus imprévisible.

Associé à Tielemans dans le double-pivot face au Sénégal, Vanaken était au même niveau que lui sur le terrain
Associé à Tielemans dans le double-pivot face au Sénégal, Vanaken était au même niveau que lui sur le terrainOpta

Le sélectionneur belge a longuement détaillé cette décision en conférence de presse d'après-match : "Non, le plan était de faire entrer Kevin De Bruyne si nous en avions besoin. Mais nous n'en avons pas eu besoin car, en effet, nous avons marqué des buts. Et quand Amadou Onana s'est blessé, nous avions davantage besoin de Hans Vanaken. Évidemment, c'est un milieu offensif comme Kevin De Bruyne, mais il nous apporte aussi un peu de hauteur sur tous les coups de pied arrêtés, qu'ils soient offensifs ou défensifs. Comme nous perdions Amadou Onana, il était important de conserver cette assurance défensive dans les airs grâce à la présence de Hans Vanaken."

Rudi Garcia n'a pas caché sa satisfaction personnelle en évoquant le parcours du joueur : "Je suis très heureux pour Hans Vanaken, car il a marqué. C'est beau, à son âge, de marquer en Coupe du monde. Car il n'a pas toujours fait partie de cette équipe. Car il y a également eu beaucoup de concurrence par le passé avec les joueurs qui figuraient dans cette sélection belge. Je pense surtout que, une fois de plus, nous avons donné une bonne image de notre jeu, de notre équipe."

Vanaken lui-même est revenu sur l'urgence de son entrée en jeu, si tôt dans la rencontre : "Je n'avais pratiquement pas eu le temps de m'échauffer. Kevin, Axel et moi, on a été appelés tout de suite, mais une demi-minute plus tard je devais déjà monter au jeu. Ce n'est jamais facile, mais l'équipe tournait bien, ce qui m'a aidé à rentrer dans le match." Il a également tenu à saluer son coéquipier blessé : "Amadou avait très bien commencé. C'est vraiment frustrant qu'il ait dû sortir et ça a l'air sérieux. Mais ça montre aussi la profondeur de notre noyau. Il y a toujours quelqu'un prêt à aider l'équipe."

Un premier but de Coupe du monde à retardement

Sur le plan personnel, la soirée a d'abord mal commencé pour Vanaken. Sur un coup franc de Malik Tillman, il a dévié le ballon dans son propre but, permettant aux Américains de revenir à 1-1 après l'ouverture du score de Charles De Ketelaere. Le tir étant cadré, la FIFA a officiellement attribué le but à Tillman plutôt que de le comptabiliser comme un but contre son camp de Vanaken.

Le Brugeois s'est de toute façon parfaitement rattrapé à la 57e minute, profitant d'une énorme erreur du gardien américain Matt Freese, contré alors qu'il tergiversait en dehors de sa surface, pour pousser le ballon au fond des filets et porter le score à 3-1. La Belgique s'est finalement imposée 4-1, avec un but supplémentaire de Romelu Lukaku en fin de match. "Je pense que c'était un moment très important de faire le 1-3", a résumé Vanaken après la rencontre, conscient d'avoir débloqué un compteur resté vierge lors de sa précédente participation mondiale.

Tielemans, Raskin et ?

Cette montée en puissance internationale, aussi tardive soit-elle, ne doit rien au hasard. Vanaken est le joueur le plus titré du football belge de la dernière décennie : triple lauréat du Soulier d'or, la plus haute distinction individuelle du championnat, décernée en 2018, 2019 et 2024, il n'est devancé au palmarès historique que par Paul Van Himst et ses quatre trophées, et rejoint Jan Ceulemans et Wilfried Van Moer. La presse belge n'hésite plus à le qualifier de meilleur joueur du championnat national sur les dix dernières années, un statut construit sur la régularité plutôt que sur l'éclat, à Bruges où il a remporté sept titres de champion.

Reste à savoir si ce Mondial marquera la vraie consécration internationale de Hans Vanaken, ou seulement une parenthèse née d'un concours de circonstances. Vendredi à Los Angeles, face à l'Espagne, Rudi Garcia devra choisir entre la continuité et le retour de Kevin De Bruyne, avec l'absence confirmée d'Onana. Si Tielemans et Nicolas Raskin, qui lui aussi s'est fait une place de titulaire au gré de la compétition, semblent indéboulonnables, Vanaken lui est toujours un sujet de débat. Après treize ans à patienter pour avoir sa chance, le Brugeois lui préfère ne pas se mettre de pression particulière : "Tout est possible. On l'a déjà souvent vu à cette Coupe du Monde. L'Espagne est l'une des meilleures équipes au monde, mais nous avons aussi des qualités. On va essayer d'exploiter leurs points faibles. Ce sera un match solide, mais en quart de finale, il n'y a quasiment plus rien à perdre."

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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