Flashback - Brésil-Écosse 1998 : quand la "Dad’s Army" faisait trembler la Seleçao

Flashback - Brésil-Écosse 1998 : quand la "Dad’s Army" faisait trembler la Seleçao
Flashback - Brésil-Écosse 1998 : quand la "Dad’s Army" faisait trembler la SeleçaoCredit: Mary Evans/Allstar/Richard Sellers / Mary Evans Picture Library / Profimedia

Le 10 juin 1998, le match d'ouverture du Mondial au Stade de France opposait la magie de la Seleção d'un jeune Ronaldo à l'expérience en kilt de l'Écosse. Vingt-huit ans avant de retrouver les Brésiliens en phase de poules, retour sur un duel épique, scellé par un coup du sort cruel à la 74e minute.

Le 10 juin 1998, le Stade de France inaugure la première Coupe du monde à 32 équipes avec une affiche qui concentre à elle seule tout le symbole du tournoi : le Brésil, tenant du titre, quadruple champion du monde, contre l'Écosse, nation fondatrice du football, qualifiée pour la huitième fois de son histoire dans un Mondial. Le match est retransmis dans 111 pays. Il fait chaud à Saint-Denis. Et la Tartan Army, déjà envahissante dans les rues du nord de Paris depuis plusieurs jours, fait un bruit que les Brésiliens aux maillots jaunes n'ont pas l'habitude d'entendre.

Dans le tunnel avant le coup d'envoi, les Écossais ont un avantage inattendu : ils sont en kilt. Craig Brown, le sélectionneur, a organisé l'opération en douce, sans en référer aux dirigeants de la SFA, qui auraient vraisemblablement refusé. L'effet est immédiat. Les Brésiliens les regardent avec un mélange d'incrédulité et d'amusement. John Collins, milieu de Monaco, raconte plus tard que leurs adversaires semblaient se demander à qui ils avaient affaire. Le clin d'œil que Collins adresse à la caméra pendant l'hymne, ce soir-là, deviendra une image iconique : ses deux filles, gardées par leur grand-mère à Monaco, l'attendaient de l'autre côté de l'écran. La veille au soir, le Premier ministre britannique Tony Blair était venu rendre visite aux joueurs à leur hôtel.

Un XI de gala face à un XI de papas

Face à cette Écosse venue sans complexe, le Brésil de Mário Zagallo aligne une équipe de gala. Dans les buts, Taffarel. En défense, Cafu à droite, Aldair et Júnior Baiano dans l'axe, Roberto Carlos à gauche. Au milieu, Dunga en sentinelle, César Sampaio et Giovanni. Devant, le trio légendaire Rivaldo-Bebeto-Ronaldo. Ce Ronaldo-là a 21 ans, il vient d'être acheté par l'Inter Milan pour un montant record, il a remporté le Ballon d'Or 1997. La planète entière sait ce dont il est capable. Craig Brown s'en est préoccupé pendant des semaines. Il a appelé Bobby Robson, qui l'avait entraîné au PSV Eindhoven. La réponse était sans appel : impossible de l'arrêter, autant ne pas lui donner le ballon. Brown en a tiré une consigne très précise à destination de Christian Dailly, son piston droit : si Cafu franchit la ligne médiane et sert Ronaldo, tu vas t'asseoir sur le banc.

De l'autre côté, l'Écosse s'articule autour d'une défense à trois avec Colin Hendry, Tom Boyd et Colin Calderwood et d'un milieu à cinq où Collins et Craig Burley encadrent Paul Lambert. Devant, Darren Jackson et Kevin Gallacher soutiennent Gordon Durie. La moyenne d'âge du onze écossais avoisine les 31 ans. La presse britannique les a appelés la "Dad's Army". Brown a assumé ce choix de l'expérience : il sait que le talent brut ne peut pas rivaliser avec ce qu'il y a en face, mais il mise sur l'organisation, la solidité, et l'absence de naïveté. Au passage, Gary McAllister, qui aurait été capitaine, est absent sur blessure au ligament croisé. C'est Darren Jackson qui hérite du numéro dix, ce qui lui vaut une plaisanterie : "Ajoute Jacko à la liste des grands numéro dix des Coupes du monde."

Le match commence à 17h30. Il fait lourd. Et dès la 5e minute, le Brésil montre que la chaleur ne le dérange pas. Bebeto botte un corner côté gauche. Dans la surface, César Sampaio se glisse entre les défenseurs et place une tête puissante qui ne laisse aucune chance à Jim Leighton. 1-0. Le gardien écossais, 39 ans, le plus vieux joueur en lice lors de ce Mondial, n'a pas bougé. Les supporters de la Seleçao explosent les tribunes. La première demi-heure est à sens unique sur le papier, dominée par le Brésil, mais sans véritable débordement. Ronaldo, très attendu, est plutôt discret.

À la 74e minute, le drame

À la 38e minute, contre le cours du jeu, tout bascule. Gordon Durie remporte un duel aérien dans la surface et dévie le ballon en direction de Kevin Gallacher. Le contact avec César Sampaio au bord de la surface de réparation est léger, mais l'arbitre désigne le point de penalty. John Collins s'avance, pose le ballon, et expédie une frappe rasante dans le bas du poteau gauche de Taffarel, 1-1. Collins part célébrer devant le virage écossais. La Tartan Army explose. Et les deux équipes rentrent aux vestiaires avec ce score de parité.

La seconde période reprend dans la même tension. Le Brésil pousse, mais sans trouver la faille. Zagallo fait rentrer Leonardo dès la mi-temps et sort Giovanni. Rivaldo, Burley et Leonardo multiplient les frappes lointaines, mais sans succès. L'Écosse tient le choc. Dans les travées du Stade de France, le scénario d'un match nul contre les champions du monde commence à prendre forme dans les esprits des supporters neutres et écossais. Puis vient la 74e minute.

Cafu percute côté droit et déclenche une volée à l'entrée de la surface. Leighton plonge et repousse le tir. Le ballon revient dans la trajectoire de Tom Boyd qui tente de dégager. Mais le défenseur du Celtic Glasgow a le malheur de voir le ballon rebondir sur sa poitrine et rouler... dans ses propres cages. Un terrible contre-son-camp qui crucifie les espoirs des Écosssais. C'est même le seul but que Boyd inscrira en équipe nationale, sur un contre son camp dans un match d'ouverture du Mondial.

L'Écosse ne lâche pas pour autant. À la dernière minute, les Écossais réclament un deuxième penalty après ce qui ressemble à une main de Dunga dans la surface. L'arbitre espagnol José María García Aranda ne siffle pas. Le Brésil l'emporte finalement 2-1 et Craig Brown, dans les couloirs du Stade de France, le reconnaît : la meilleure équipe a gagné, mais la Tartan Army avait une vraie chance de ne pas perdre.

28 ans après, l'Écosse est de retour en Coupe du monde et retrouve le Brésil, dans un match où les Écossais rêvent de surprendre à nouveau la Seleçao, avec à la clé une potentielle qualification pour les 16es de finale. Eux qui n'ont jamais fait mieux que le 1er tour lors des 8 participations précédentes à la compétition. Leur victoire inaugurale 1-0 face à Haïti entretient l'espoir, mais un point pris face aux hommes de Carlo Ancelotti leur assurerait quasiment de passer au tour suivant. Les fantômes du Stade de France veilleront cette rencontre. 

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