Curaçao, le plus petit pays de l'histoire de la Coupe du monde à la conquête de l'Allemagne

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CuraçaoREUTERS

444 km². 160 000 habitants. Une sélection nationale reconnue par la FIFA depuis seulement 2011. Et pourtant, dimanche 14 juin, la Blue Wave de Curaçao foulera la pelouse du Lincoln Financial Field de Philadelphie pour affronter l'Allemagne, dans ce qui sera le tout premier match de Coupe du monde de l'histoire de l'île caribéenne. Une image qui aurait semblé totalement impensable il y a encore dix ans.

Avec ses 444 km² pour un peu moins de 160 000 habitants, l'île du sud des Caraïbes, nichée au nord du Venezuela, est le plus petit territoire à avoir jamais décroché son billet pour une Coupe du monde. Pour avoir un ordre de grandeur, la population entière de l'île est inférieure à certaines affluences records lors de matchs de la compétition. Et le pays peut être traversé d'un bout à l'autre en moins d'une heure de voiture. Les chances statistiques d'y dénicher des footballeurs de niveau mondial étaient donc, sur le papier, proches de zéro.

État autonome depuis 2010 et la dissolution de la Fédération des Antilles néerlandaises, Curaçao appartient toujours au Royaume des Pays-Bas mais dispose de sa propre Constitution, de son gouvernement, de son Premier ministre et de son Parlement local. Quant à son économie, elle figure parmi les plus modestes au monde : Apple génère l'équivalent du PIB national en moins d'une semaine.

Un seul joueur né au pays

À la suite de la dissolution des Antilles néerlandaises en octobre 2010, l'équipe de Curaçao renaît en mars 2011. Le 20 août 2011, Curaçao dispute son premier match contre la République dominicaine, une défaite 1-0 en amical. Il y a quinze ans, l'équipe nationale n'existait tout simplement pas. Quinze ans plus tard, elle défie l'Allemagne en phase de groupes d'un Mondial à 48 nations.

C'est l'un des paradoxes les plus fascinants de ce Mondial : tous les joueurs de l'équipe sont nés aux Pays-Bas, et le onze aligné lors du nul ramené de Jamaïque (0-0) qui a envoyé Curaçao à la Coupe du monde était composé à 100% de bi-nationaux. Dans le groupe des 26 convoqués pour le tournoi, un seul joueur est né sur l'île, Tahith Chong. Les 25 autres ont grandi aux Pays-Bas.

La stratégie est assumée et méthodique : Dick Advocaat, sélectionneur de Curaçao depuis 2024, a mis en place un réseau de recrutement proactif, convainquant des joueurs d'origine curaçaoïenne qui peinaient à intégrer l'équipe nationale néerlandaise de rejoindre Curaçao. Des joueurs qui avaient des parents ou grands-parents nés sur l'île, formés dans les meilleures académies néerlandaises, mais n'ayant jamais réussi à s'imposer avec les Oranje. Curaçao les a systématiquement identifiés et convaincus de changer de sélection. Une approche qui fait débat mais dont l'efficacité ne se discute plus.

La qualification a d'ailleurs été particulièrement fêtée aux Pays-Bas, où vit une importante diaspora. 700 personnes étaient réunies dans une salle de spectacle de Rotterdam. Le roi Willem-Alexander et la reine Máxima ont publié un message sur X : "C'est fantastique que deux pays du Royaume aillent disputer le titre mondial cet été. Nous félicitons fièrement Curaçao."

Dick Advocaat, l'architecte

La sélection est entraînée par Dick Advocaat, ancien sélectionneur des Pays-Bas à trois reprises, âgé de 78 ans, qui a également dirigé durant sa carrière la Belgique, la Corée du Sud, la Russie ou encore la Serbie. Advocaat avait quitté son poste en février pour s'occuper de sa fille malade avant de revenir à la tête de la sélection en mai, après le bref passage de son compatriote Fred Rutten. Un retour fort en symboles pour celui qui restera dans l'histoire comme le sélectionneur qui a mené Curaçao au Mondial.

Sous sa houlette, Curaçao a effectué un parcours sans faute lors de la campagne qualificative de la Concacaf, restant invaincu en dix matchs (sept victoires, trois nuls). C'est en décrochant un nul contre la Jamaïque (0-0) en novembre dernier que la qualification a été actée.

Un groupe relevé mais rien à perdre

La tâche s'annonce particulièrement difficile : Curaçao défiera ce dimanche l'Allemagne, favorite de la poule, avant d'enchaîner face à l'Équateur et à la Côte d'Ivoire. Sur le papier, la mission paraît impossible. Mais c'est justement ce qui rend cette histoire si belle. L'un des adjoints d'Advocaat, Dean Gorré, ex-joueur de l'Ajax et du Feyenoord, résume l'esprit de ce groupe : "Tout commence par un rêve, puis il faut croire en ce rêve. Il faut transformer cette croyance en un plan et élaborer ce plan. C'est ce que nous avons fait."

Avant le départ pour les États-Unis, près de 15 000 spectateurs avaient rempli le stade Ergilio Hato de Willemstad, la capitale du Curaçao, pour célébrer la sélection lors d'un match amical face à l'île voisine d'Aruba dans une large victoire 4-0. Pour un pays de 160 000 âmes, c'est une mobilisation exceptionnelle. Miracle ou système bien huilé ? Probablement les deux à la fois. La Blue Wave part à la Coupe du monde portée par tout un peuple, dispersé entre les Caraïbes et les Pays-Bas, mais uni comme jamais.