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Avant la fin de 14 ans de règne, il serait bon de ne pas mettre Didier Deschamps au bûcher

Didier Deschamps, la fin d'un règne en or.
Didier Deschamps, la fin d'un règne en or.REUTERS/Dylan Martinez

C'est officiellement la fin ce soir du mandat de Didier Deschamps à la tête de l'équipe de France de football. 14 ans qu'il serait de bon ton de ne pas effacer à cause d'une défaite en demi-finale.

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C'est la fin. 14 ans de présence ininterrompue pour Didier Deschamps sur le banc de l'équipe de France de football. Un titre mondial, bien sûr, une Ligue des nations, des matchs inoubliables, des désillusions cruelles, des victoires fantastiques : qu'on l'aime ou pas, DD restera une légende, comme il l'était en tant que joueur. 

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Mais on est en France. Et en France, une des grandes passions de l'opinion publique, c'est de brûler ce qu'on a adoré. Ainsi, le bilan est négatif parce que les Bleus n'ont pas gagné cette édition 2026 de la Coupe du monde. 14 ans de travail pour réinstaller la France en haut du classement FIFA, pour continuer le travail de Laurent Blanc afin de tourner la terrible page Knysna, pour refaire de la France une équipe crainte, respectée, menaçante, victorieuse : tout cela balayé en 90 minutes.

D'abord la faute des joueurs

Concrètement, on ne peut bien sûr pas exempter Deschamps de responsabilités dans cette défaite contre l'Espagne. Mais il faut rester sérieux : l'équipe s'est totalement délitée après l'ouverture du score espagnole. Mentalement, tout le monde a plongé, et après 14 ans à entendre que DD a insufflé sa mentalité de gagneur à son groupe, on voit mal pourquoi elle aurait disparu subitement.

C'est un fait simple mais qu'il faut rappeler constamment : ce sont les joueurs qui décident du sort du match. Un entraîneur/sélectionneur peut faire toutes les mises en place tactiques qu'il veut, si son XI ne fait pas les efforts nécessaires pour appliquer ses préceptes, il ne se passera rien. À fortiori contre une sélection de classe mondiale. 

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Cela a été criant contre l'Espagne mardi. Le comportement défensif était un sujet avant le Mondial, mais tant que les attaquants mettaient trois buts par match, aucun problème. Sauf que quand le quatuor offensif est totalement muet comme en demi-finale, on ne peut que décrypter son apport dans d'autres compartiments du jeu. Et mardi, il a été quasiment inexistant.

Ce n'est pas par hasard que sont sorties des "informations" sur un présumé coup de gueule concernant un manque d'implication dans le pressing signé Ousmane Dembélé à la pause. Le Paris Saint-Germain, double champion d'Europe en titre, est désormais réputé pour son pressing défensif, base d'un ensemble imbougeable qui use les attaques adverses. Or, seuls Dembélé et Bradley Barcola ont clairement fait ce travail.

D'où un ensemble déséquilibré et une mise en danger du milieu de terrain par manque d'efforts de Kylian Mbappé et Michael Olise. Et une fois que les Espagnols peuvent s'implanter au milieu de terrain, pas la peine d'expliquer à quel point ils peuvent être dangereux.

Prendre du recul

Mais revenons à Didier Deschamps. Le principal reproche fait au sélectionneur est d'avoir sorti Adrien Rabiot à la pause. Le milieu de l'AC Milan a été averti pour une semelle en moins de dix minutes. Par deux fois, il a frôlé le deuxième carton jaune avant la pause. Sa sortie était logique, on sentait le "Duc de Boulogne" à la limite. Et de toute façon, cela ne change rien : s'il était resté sur le terrain et avait fini par prendre ce deuxième jaune, il aurait été reproché au sélectionneur de ne pas l'avoir sorti. 

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On peut toutefois sortir du cadre "celui qui gagne a raison, celui qui perd a tort". La France était favorite, et Deschamps a voulu la faire jouer comme une favorite. Qui ne s'est pas enthousiasmé après la phase de poules devant le jeu offensif de la France ? 10 buts en trois matchs, des attaquants euphoriques, une confiance éclatante : à ce moment-là, ce sont les joueurs qui étaient seuls responsables de leur réussite.

Néanmoins, on peut reprocher sans doute un manque d'adaptation de Didier Deschamps sur ce match contre l'Espagne. La bataille aurait possiblement pu être plus équilibrée avec un milieu supplémentaire. Mais on parle de l'Espagne, l'équipe avec le plus haut taux global de possession sur ce Mondial (58%). Si le but est de la priver du ballon, cela implique un pressing de qualité, et on en revient au point de départ.

Pour le reste ? Deschamps lance son premier renfort offensif (Désiré Doué) avec un brin de malchance juste avant le deuxième but de l'Espagne. Un but confondant d'apathie quand la défense s'est regardée dans le blanc des yeux pour se faire avoir par un simple une-deux en demi-finale de Coupe du monde. Encore une fois, Deschamps peut mettre en place des stratégies, mais il ne peut pas aller suivre les joueurs adverses au marquage. 

Quand une équipe est menée 2-0, on n'attend plus rien du sélectionneur : ce sont les joueurs qui doivent insuffler un esprit de révolte. Cela n'a jamais eu lieu mardi : personne n'a réussi à relancer cette équipe qui a sombré sur le plan mental. 

Deschamps a toujours protégé ses joueurs. Après l'échec de l'Euro 2024, il avait hérité de 90% des critiques, sans broncher, alors que ses cadres étaient en dessous durant la majorité de la compétition, et avaient bénéficié de beaucoup de réussite pour s'inviter en demi-finale. Cette fois encore, il n'a pas chargé outre mesure ses joueurs.

L'heure de dire au revoir, malgré tout

Quand on voit le torrent de haine (notamment de la part d'un certain coéquipier de France 98) qui a été déversé sur le sélectionneur après la rencontre, on se dit que cette Coupe du monde est symptomatique du passage de Didier Deschamps à la tête de l'équipe de France. 

Raphaël Varane se fait "manger" au duel contre Mats Hummels en 2014 ? C'est de la faute de Deschamps. Trois défenseurs regardent Eder frapper victorieusement au but en 2016 ? C'est de la faute de Deschamps. Kylian Mbappé rate son tir au but en 2021 ? C'est de la faute de Deschamps. Hugo Lloris n'arrête pas un tir au but en 2022 ? C'est de la faute de Deschamps. L'équipe de France cadre trois tirs sur 10 tentatives en demi-finale de la Coupe du monde 2026 ? C'est de la faute de Deschamps.

Mais quand la France gagne, c'est souvent l'expression d'une performance collective globale remarquable. Le principal exemple étant bien sûr la finale de la Coupe du monde 2018, totalement survolée par l'équipe de France, avec des joueurs qui étaient à leur zénith physiquement et collectivement. Quand Deschamps prend 90% de critiques en cas de défaites, il a eu maximum 25% de crédit pour cette victoire.

Répéter sans arrêt qu'il a eu à sa disposition une "génération dorée" n'en fait pas une vérité. Si en attaque, cela est particulièrement vrai en 2026, la défense et le milieu ne sont pas au diapason. Aucun souci, il a sélectionné les meilleurs joueurs disponibles (à peut-être une exception près), mais personne ne fait jouer un joueur souffrant du dos (William Saliba) par plaisir : c'est que les remplaçants ne sont pas au niveau espéré. 

Le dossier des latéraux est sur la table depuis longtemps, le milieu de terrain n'a pas l'impact espéré, et il suffit donc que les attaquants passent à côté comme mardi pour que tout s'écroule comme un château de cartes. Néanmoins, il est sans doute temps que Didier Deschamps s'en aille : tout le monde veut Zinedine Zidane, parce que ZZ fait rêver quand DD reste collé à son image de travailleur de l'ombre depuis 30 ans.

Mais c'est grâce à 14 ans de travail de l'ombre que l'équipe de France est ce qu'elle est aujourd'hui : un cador du foot mondial. Et s'il s'agit de voir seulement par le prisme de la victoire, seul Vicente del Bosque, au XXIᵉ siècle, a remporté une Coupe du monde et un Euro (et lui disposait d'une véritable génération dorée). Reste un dernier match avant de tourner la page, immense, d'un livre en or. Mais même en cas de victoire, Didier Deschamps n'aura une nouvelle fois sans doute pas le crédit qu'il mérite : celui d'être le plus grand sélectionneur de l'histoire de l'équipe de France, tout simplement.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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