Antonio Nusa, le "Neymar norvégien" face à son idole en 8es de finale

Antonio Nusa, le "Neymar norvégien" face à son idole en 8es de finale
Antonio Nusa, le "Neymar norvégien" face à son idole en 8es de finaleReuters

À 9 ans, devant sa télévision, Antonio Nusa se passionnait pour les dribbles chaloupés de Neymar. Dimanche, au MetLife Stadium de East Rutherford, l'ailier norvégien de 21 ans affrontera son idole d'enfance en huitièmes de finale du Mondial 2026. Un rêve d'enfant, pour celui qui supportait le Brésil en Coupe du monde quand la Norvège n'était pas qualifiée.

Le tout premier souvenir de Coupe du monde d'Antonio Nusa remonte à 2014, et il porte un nom : le Mineirazo. Ce 8 juillet-là, à Belo Horizonte, le Brésil s'effondre 7-1 face à l'Allemagne en demi-finale. "Je crois que mon premier souvenir d'un Mondial c'est le Brésil, en 2014. Je me souviens particulièrement du match où le Brésil perd 7-1 face à l'Allemagne, parce que je soutenais le Brésil. Ils ont mis tellement de buts que je m'en souviens encore aujourd'hui", confiait-il récemment dans une vidéo pour son club du RB Leipzig. Le jeune Norvégien suivait alors la Seleçao pour une seule et unique raison : Neymar. "J’ai dit beaucoup de fois que j’aime Neymar, je l’aime voir jouer, c’est mon idole. Quand j’étais petit j’étais tellement heureux de le voir jouer. Et j’espère que les gens sont heureux aussi quand ils me voient jouer."

L'admiration a fini par se muer en filiation footballistique. Très tôt, dès son éclosion à Stabæk, Nusa assumait déjà cette inspiration : "Neymar est mon modèle parce qu'il crée le chaos sur le terrain avec ses dribbles, tout comme moi. C'est l'un des meilleurs joueurs du monde." Plus récemment, dans un entretien accordé à son club, il précisait ce qui l'attirait au-delà du seul geste technique : "Ma plus grande inspiration reste Neymar. Pas seulement pour sa technique, mais pour le spectacle et la joie qu'il apporte au jeu. J'adore les situations de un-contre-un. C'est ce que je préfère dans le football : dribbler, avoir la liberté de créer quelque chose sur le terrain."

Le surnom de "Neymar norvégien" lui colle à la peau depuis ses débuts professionnels, une étiquette qu'il dit accepter avec une certaine ambivalence, l'honorant autant qu'elle l'agace. Interrogé sur les comparaisons incessantes, il tente de garder ses distances : "J'ai entendu dire que les gens parlaient de lui et de moi, et c'est amusant, mais je ne me compare pas aux autres. Je ne pense pas beaucoup à ce que les autres faisaient quand ils avaient 16 ans."

Il a déjà eu l'occasion de croiser son modèle sur un terrain, lors d'une tournée estivale du RB Leipzig au Brésil contre Santos, le 29 mai 2025, conclue par une victoire allemande 3-1 et un échange de maillots. "Rencontrer Neymar était tout simplement irréel, pour être honnête. Je n'arrivais pas à y croire. C'est la première fois de ma vie que je rencontrais vraiment quelqu'un que j'admire autant. J'essaie d'apprendre de lui... ses gestes techniques et ce flair unique pour s'exprimer sur un terrain", a-t-il raconté. Le maillot en question trône aujourd'hui dans son salon.

Le jour où Chivu a prédit sa carrière

Si le Mineirazo a nourri sa passion pour le jeu brésilien, un autre épisode, moins connu, a façonné le footballeur qu'il allait devenir. En 2018, à 13 ans, avec les U14 de Stabæk, il dispute un tournoi international face à l'Inter Milan et arrache un match nul. Après la rencontre, où il a brillé, l'entraîneur de la Primavera milanaise entre dans le vestiaire norvégien. Il s'appelle Cristian Chivu, ancien défenseur roumain vainqueur de la Ligue des champions en 2010 et aujourd'hui à la tête du club interiste. Il demande qui portait le numéro 10. Impressionné, Nusa lève la main. "Félicitations. Super match. Tu vas faire une grande carrière", lui lance alors Chivu. Un adoubement que le joueur n'a jamais oublié, et qui a précédé une accélération fulgurante de son parcours.

Des débuts en championnat norvégien dès 2021, un transfert à Bruges à 16 ans, un premier but en Ligue des champions à 17 ans, une première sélection à 18 ans marquée d'un but : tout est allé vite pour Nusa. Trop vite, parfois, pour son entourage. Formé à Stabæk, il était si supérieur à ses camarades que son entraîneur de l'époque, Morten Albertsen, devait réinventer sa façon de coacher. "Il pouvait recevoir le ballon, dribbler trois joueurs, revenir en arrière, puis en dribbler trois autres. Il était tellement fort avec le ballon que nous devions parfois lui donner des tâches et des règles complètement différentes de celles des autres joueurs pour qu'il puisse se développer", expliquait Albertsen, qui limitait parfois Nusa à deux touches de balle ou lui imposait de faire marquer un coéquipier avant de pouvoir marquer lui-même.

Ce talent précoce, Stabæk l'avait récupéré gratuitement depuis le petit club de son quartier, le Langhus IL. La réglementation norvégienne encadrant strictement les transferts de très jeunes joueurs pour éviter toute spéculation, le club formateur avait été dédommagé non pas en argent, mais en équipements sportifs : des dizaines de ballons d'entraînement et de chasubles.

Ce grand écart permanent entre les études et le très haut niveau lui avait d'ailleurs valu un surnom chez ses camarades de classe à Langhus : "Spøkelset", Le Fantôme, car il arrivait souvent en retard à cause des trajets en train ou disparaissait en plein après-midi pour s'entraîner avec les adultes. Ses professeurs soulignaient malgré tout qu'il rendait toujours ses devoirs à l'heure. Son premier match pro en Eliteserien, à seulement 16 ans, avait d'ailleurs été improvisé au dernier moment à cause d'une cascade de blessures dans l'effectif : dans la précipitation, Nusa avait oublié ses crampons fétiches au centre de formation et avait dû jouer avec une paire empruntée à un coéquipier plus âgé, un peu trop grande pour ses pieds.

L'apprentissage de la solitude, à Bruges

Le transfert à Bruges à 16 ans a en revanche marqué un tournant plus douloureux. Dans son livre "Tout commence par un rêve", consacré au développement personnel et à la santé mentale dans le football, il est revenu sur cette période d'isolement : "Je ressentais l'ambiance. Le silence. Les commérages. Des gens qui me regardaient et parlaient une langue que je ne comprenais pas. Essayez d'imaginer : vous êtes assis seul dans le vestiaire et tout le monde vous fixe. Deux ou trois gars, censés être vos coéquipiers, sont là et parlent de vous, mais pas à vous." Il ajoute avoir traversé cette épreuve seul : "Je ne pouvais en parler à personne, et je pense que cela a rendu les choses encore plus pénibles. C'était, à bien des égards, un cercle vicieux." L'ouvrage, publié en Norvège, s'est écoulé à plus de 21 000 exemplaires dans le pays, un chiffre jugé considérable pour un livre de sport dans une nation de 5,5 millions d'habitants.

De cette expérience, il dit avoir tiré une leçon qu'il applique depuis, jusqu'à son arrivée à Leipzig : "C'est à vous de vous adapter aux autres, pas le contraire." Ce sens de la maturité, il l'a également cultivé loin des terrains, à travers un rituel personnel qu'il a révélé dans un documentaire : chaque début d'année, il s'écrit une lettre avec des objectifs précis et secrets, qu'il rouvre en fin de saison pour évaluer sa progression.

Précocité et étapes franchies une à une

Buteur en Ligue des champions à 17 ans et 149 jours contre Porto, il n'est devancé que par le Barcelonais Ansu Fati au rang des plus jeunes buteurs de l'histoire de la compétition. À 18 ans, lors du mercato estival 2023, il refuse une offre de Chelsea, préférant continuer à engranger du temps de jeu à Bruges plutôt que de brûler les étapes. Un transfert à Brentford capote ensuite in extremis en janvier 2024, la visite médicale ayant révélé de légers soucis au genou, avant qu'il ne s'engage finalement avec le RB Leipzig à l'été de la même année pour 21 millions d'euros hors bonus.

À son arrivée en Allemagne, les dirigeants du club s'attendaient à voir débarquer une jeune star aux codes du football moderne. Nusa s'est présenté aux entraînements sur un vieux vélo, préférant les pistes cyclables allemandes à une voiture de sport, fidèle à l'humilité acquise durant ses années à Stabæk.

Cette précocité, il l'a aussi confirmée en sélection avant même ce Mondial. Sous le maillot norvégien, il a signé deux buts marquants lors des éliminatoires face à l'Italie. À l'aller, à l'Ullevaal Stadion d'Oslo, lors d'une victoire norvégienne 3-0, il élimine facilement deux adversaires sur le côté gauche, repique dans l'axe et catapulte une frappe puissante du pied droit (34e). Au retour, à San Siro, l'Italie mène alors 1-0 quand Nusa se joue de Politano et décoche un missile en pleine lucarne de Donnarumma pour recoller au score (64e) : la Norvège s'envolera ensuite jusqu'à la victoire 4-1. De quoi nourrir un constat souvent fait à son sujet : jusqu'ici, Nusa a toujours été plus étincelant avec la Norvège qu'avec ses clubs successifs, un paramètre qui pourrait accélérer un transfert vers l'un des plus grands clubs européens une fois le Mondial terminé.

Un but pour sa grand-mère

Mardi, face à la Côte d'Ivoire, Nusa a inscrit son premier but en Coupe du monde, d'une frappe enroulée et puissante qui a fait de lui, à 21 ans et 74 jours, le plus jeune buteur norvégien de l'histoire d'un tournoi majeur, Mondial et Euro confondus. Sa célébration, doigts pointés vers le ciel, était un hommage à sa grand-mère décédée, dont il était très proche et qui l'avait poussé, enfant, à croire en ses rêves depuis les terrains de Langhus.

C'est d'ailleurs à Langhus que Nusa revient toujours, mentalement, quand la lumière devient trop forte. Après une large victoire de la Norvège 4-1 face à l'Irak, alors que ses coéquipiers rentraient aux vestiaires sous les ovations, il avait été aperçu assis seul au milieu de la pelouse, téléphone à l'oreille. Interrogé sur cet appel, il avait expliqué débriefer avec ses meilleurs amis d'enfance, qui sortaient d'un match de hockey à Oslo : "Langhus, ce n'est pas Los Angeles, je n'oublie pas d'où je viens."

Neymar sera-t-il sur le terrain ?

Reste à savoir si l'affiche tant attendue avec Neymar aura bien lieu. Le numéro 10 brésilien, buteur historique de la Seleçao avec 79 réalisations, n'a disputé qu'une seule rencontre sur les quatre de Brésil dans ce Mondial, freiné par une blessure musculaire lors des deux premiers matches de poules. Réapparu contre l'Écosse, il est resté sur le banc face au Japon en huitièmes. "Si nous n'avions pas égalisé avant la 60e minute, j'allais le faire entrer", a expliqué Carlo Ancelotti, précisant avoir aussi envisagé de le lancer en prolongation. "Il va bien", a assuré le sélectionneur italien.

Pour Nusa, la qualification de la Norvège est déjà "très spécial" pour une sélection longtemps restée à l'écart des grandes compétitions : "La Norvège est un pays qui est très bon dans beaucoup de sports, mais en football les dernières années n’ont pas été très bonnes. Alors réussir à se qualifier pour le Mondial… Je crois que c’est un sport que tout le pays aime, c’est le sport le plus populaire. C’est pour ça que c’était si spécial." Mais l'ambition ne s'arrête pas là : "On peut rêver. Qui ne rêve pas de soulever la Coupe du monde ? Moi, j'en rêve." Dimanche, en affrontant Neymar, l'enfant de Langhus, le "Neymar norvégien" vivra peut-être l'un des matches les plus symboliques de sa jeune carrière.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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