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Myriam Maëva Nyadjou, la valeur sûre du Cameroun et déjà double-buteuse héroïque

Myriam Maëva Nyadjou, la valeur sûre du Cameroun et déjà double-buteuse héroïque
Myriam Maëva Nyadjou, la valeur sûre du Cameroun et déjà double-buteuse héroïqueCredit: JALAL MORCHIDI / EPA / Profimedia

En l'espace de quatre jours, Myriam Maëva Nyadjou est devenue l'héroïne à répétition du parcours camerounais à la CAN 2026. Deux gestes décisifs, deux favoris de la compétition écartés, et une seule jeune défenseure de seulement 19 ans au centre du récit.

Tout commence le 9 août, au stade Larbi Zaouli de Casablanca, face au Nigeria, tenant du titre et dix fois champion d'Afrique. Le match démarre mal pour les Lionnes indomptables : dès la 2e minute, Rasheedat Ajibade oblige déjà Michaely Bihina à une parade. Le Nigeria domine largement les débats, avec 62 % de possession et huit tirs cadrés sur l'ensemble de la rencontre. Mais à la 20e minute, sur un coup franc excentré à l'entrée de la surface, Nyadjou change le cours du match : une frappe puissante du coup du pied qui se loge en pleine lucarne, hors de portée de Chiamaka Nnadozie, pourtant l'une des meilleures gardiennes du continent. Le Cameroun mène 1-0 et doit ensuite s'accrocher pendant plus de soixante-dix minutes face aux assauts nigérians, jusqu'à un ultime frisson dans le temps additionnel : à la 90e+4, Esther Okoronkwo manque de peu l'égalisation après avoir pris de vitesse la défense camerounaise. Le score ne bougera plus.

Ce but envoie le Cameroun en demi-finale et valide dans le même temps sa qualification pour la Coupe du monde 2027, au Brésil. Pour Nyadjou, il dépasse largement le cadre sportif. "Quand ce ballon part, ce n'est pas seulement le pied qui frappe : c'est le cœur et toute la rage accumulée, confie-t-elle, évoquant des années de doutes et de désillusions face aux Super Falcons, contre lesquelles le Cameroun avait perdu douze de ses quatorze précédents matchs en CAN. Cette frappe était un véritable soulagement. Une façon de dire : ça suffit, cette fois c'est nous." Elle en mesure surtout la portée collective : "Il y a des tirs qui comptent juste pour un but, et il y en a d'autres qui libèrent tout un groupe et redonnent le sourire à tout un peuple. Celui-là, c'était de la pure délivrance."

Un sang froid à toute épreuve face au Maroc

Trois jours plus tard, nouveau rendez-vous avec l'histoire, cette fois à Rabat, face au pays hôte marocain. Le Maroc démarre fort : dès la 2e minute, un centre de Hanane Aït El Haj oblige Bihina à boxer devant Sanaâ Mssoudy, qui trouvera ensuite le poteau de la tête en première période. Mais le Cameroun tient bon, porté par une charnière centrale intraitable formée par Nyadjou et Easther Mayi Kith : aucun but encaissé dans le jeu lorsque les deux défenseures sont alignées ensemble depuis le début du tournoi. Les 120 minutes réglementaires ne suffisent pas à départager les deux équipes, et le tournant survient à la 118e minute : Fatima Tagnaout, qui avait la qualification au bout du pied sur penalty, échoue face à Bihina.

Direction la séance de tirs au but, exercice longtemps maudit pour les Lionnes indomptables, défaites lors de leurs trois précédentes séances en CAN, en 1998, 2008 et 2018. Bihina se transforme en muraille, repoussant trois tentatives marocaines, tandis que le Cameroun convertit trois de ses quatre tentatives, par Marie Ngah, Rose Bella, puis Nyadjou, auteure du tir décisif en pleine lucarne qui envoie définitivement le Cameroun en finale, 3-1 aux tirs au but. À 19 ans, la jeune défenseure a suffisamment de sang pour chambrer ensuite le Maroc sur sa célébration.

Ce parcours express n'a rien d'un hasard. Née le 14 octobre 2006, elle n'a jamais quitté le championnat camerounais pour se former, contrairement à beaucoup de ses coéquipières exilées en Europe. Repérée à Green City, en deuxième division, elle rejoint l'élite dès octobre 2022, à seulement 15 ans, en s'engageant avec le club promu de l'AS Fortuna. Elle n'a alors même pas fêté ses 16 ans. Après s'être imposée parmi les meilleures joueuses du pays, elle rejoint Amazone FAP, le club de la police et de l'armée à Yaoundé, qui deviendra son tremplin vers l'équipe nationale.

Capitaine des U20 et serial-buteuse même face aux garçons

Sur le terrain, elle se distingue par sa polyvalence : défenseure axiale, arrière latérale ou sentinelle au milieu, elle impressionne par sa lecture du jeu et la qualité de son pied droit. Cette qualité trouve un premier écho retentissant chez les jeunes. Capitaine des Lionnes U20 malgré des coéquipières plus âgées, elle inscrit cinq buts en six matches lors de la campagne qualificative pour le Mondial U20, une statistique rare pour une défenseure. Le staff technique loue déjà son calme dans le vestiaire et son autorité naturelle, deux qualités qui expliquent en partie sa progression express.

Sa maturité se forge aussi dans des conditions inhabituelles. Sous la houlette du sélectionneur Hassan Balla, les Lionnes U20 multiplient les amicaux face à des équipes masculines pour hausser leur niveau d'exigence et Nyadjou y confirme son sens du but. Le 31 juillet 2025, elle inscrit l'un des trois buts camerounais lors de la victoire 3-2 face aux U17 garçons de l'académie AS Abou. Le 1er février 2026, elle est de nouveau décisive lors du match nul spectaculaire 4-4 face aux U17 garçons du Royal Sport Academy de Mfou. Puis le 24 avril 2026, enfin, elle signe l'unique but camerounais lors de la défaite 4-1 face à l'académie AS Gradi garçons, à l'occasion d'un amical préparant la double confrontation face à la Tanzanie, comptant pour le quatrième tour éliminatoire du Mondial U20 Pologne 2026. 

Parmi ses buts inscrits, bon nombre l'ont été sur coups de pied arrêtés : c'est sa marque de fabrique. Malgré son statut de défenseure, celle qui a commencé comme attaquante en début de carrière, travaille particulièrement l'exercice, restant systématiquement après les entraînements pour répéter ses frappes à mi-distance racontait son entraîneur à Green City.

Seule joueuse du Cameroun à avoir disputé l'intégralité de tous les matchs de cette CAN

L'intégration chez les A suit le même rythme. Appelée pour la première fois en avril 2025 pour un amical contre le Maroc, elle honore sa première titularisation le 23 octobre 2025, contre l'Algérie, dans le cadre des qualifications à la CAN. En quelques mois, elle s'impose dans le onze de départ des Lionnes indomptables, au point d'être aujourd'hui la seule joueuse camerounaise à avoir disputé l'intégralité de tous les matchs depuis le début du tournoi.

Sa sélectionneuse, Valentine Nguele, salue la maturité d'un groupe où les repères se transmettent entre générations : "Les joueuses expérimentées ont facilité l'intégration des plus jeunes en leur expliquant les exigences du niveau international, la discipline du groupe et les valeurs du maillot." Une philosophie dont Nyadjou est aujourd'hui l'incarnation la plus visible.

Interrogée après la qualification face au Nigeria, elle préférait déjà regarder devant. "On peut appuyer sur le bouton next, toujours avec humilité", glissait-elle. Un bouton sur lequel elle appuie à chaque étape en y mettant sa touche, permettant au Cameroun de se qualifier pour une finale de CAN pour la première fois depuis 2016. Jamais deux sans trois ? Décisive sur les deux derniers matchs des Lionnes indomptables, Nyadjou rêve aujourd'hui d'enfin permettre aux siennes de soulever le trophée continental après avoir déjà échoué trois fois en finale.