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Exclu' Flashscore - Julien Bernard : "Thomas Voeckler sait qu’il peut compter sur moi"

Julien Bernard sur le Tour de France 2024.
Julien Bernard sur le Tour de France 2024.THOMAS SAMSON/AFP/Flashscore

Avec un programme chamboulé par sa chute et un scaphoïde cassé sur le Paris-Nice, le Français Julien Bernard a dû mettre le clignotant pour quelques semaines loin du peloton professionnel.

Quelques jours après son retour sur la selle à l’entraînement, le coureur de la Lidl-Trek retrouve des sensations et vise de nouvelles échéances. Pour Flashscore, il revient sur son programme, l’évolution du cyclisme actuel et ses nombreuses chutes, mais également sur un rôle pour lequel il est reconnu, mais qu’il ne juge en rien ingrat : celui d’équipier. 

Flashscore : Premièrement Julien, comment allez-vous après votre chute sur le Paris-Nice et cette blessure au poignet ?

Julien Bernard : Pas aussi bien que je l’aimerais mais ça va quand même mieux. Ça fait trois semaines que je suis tombé donc disons que la guérison suit son cours. 

FS : Cet abandon sur Paris-Nice a bouleversé votre programme à l’arrivée du printemps. Quand allez-vous ré-épingler un dossard ? 

JB : Je devais être sur le Tour du Pays Basque mais ça va être trop juste. Je serai normalement de retour sur la Flèche Wallonne. 

FS : Vous deviez être sur l’Amstel Gold Race. Cela sera trop juste aussi ? 

JB : Pas sûr encore, surtout que l’Amstel ce n’est pas la meilleure course pour reprendre après une fracture. Il y a une possibilité, mais avec certitude ce sera sur la Flèche. 

FS : Vous aviez en plus déclaré à L’Équipe que ce n’était pas votre tasse de thé… 

JB : Non, ce n’est pas ma course préférée (l’Amstel) mais s’il faut y aller, faut y aller ! On se laisse le temps de prendre une décision parce qu’il faut quand même attendre que tout soit consolidé et s’assurer de ne prendre aucun risque. 

FS : On sait que vous êtes l’un des coureurs du peloton professionnel capables d’enchaîner de nombreux jours de courses chaque saison grâce à une récupération optimale. Est-ce que vous vous attendez à de nouvelles sensations avec cette fraîcheur par procuration ?

JB : C’est une question que je me pose. J’avais aussi eu un petit problème il y a deux ans après Paris-Nice, j’étais tombé et je m’étais fait mal au genou. Ça m’avait fait rater le Pays Basque et revenir pour la Flèche et Liège (NDLR : Liège-Bastogne-Liège). Ensuite je m’étais retrouvé sur le Tour de Romandie. J’avais vraiment galéré sur l’enchaînement Flèche - Liège parce que j’avais très peu d’entraînement, mais là ce n’est pas le cas, j’ai vraiment bien repris l’entraînement depuis au moins 10 jours donc j’espère arriver en bonnes conditions sur Flèche - Liège et faire un beau Romandie derrière. Mais je sais que généralement si on loupe cette période-là, d’expérience, ce n’est pas un gros problème. La fraîcheur peut faire du bien à une période où beaucoup de coureurs commencent à baisser généralement. 

FS : Cela peut être bénéfique sur un Monument et une course aussi longue que Liège ? 

JB : Oui et non parce que c’est beaucoup de foncier aussi. Le petit quota de courses qui me manque, c’est hyper dur de le faire à l’entraînement même si maintenant, on arrive à mieux se préparer. Je ne suis pas très inquiet, ça peut être de nouvelles sensations et il faut prendre ça comme une opportunité. 

FS : Cela ne change rien pour le Tour ? 

JB : Je suis toujours dans la liste et je vais faire le camp d’entraînement en Sierra Nevada avec l’équipe en mai. Cette blessure n’a pas une grosse incidence, car on reste assez loin du Tour et ce n’est pas comme si j’étais prévu sur le Giro. Pour le Tour ou la Vuelta en option, il n’y a pas de problème trop important. 

FS : Être au départ à Lille le 5 juillet prochain reste donc un objectif majeur ? 

JB : Ça reste un objectif d’être au départ, mais c’est très ambitieux puisque l’équipe va s’aligner autour de Jonathan (Milan). Les places pour les grimpeurs sont très chères et force est de constater qu’à l’instant T, je suis quand même chez moi et pas en train de courir donc on ne marque pas des points de cette manière. La route est encore longue avant le Tour, il y aura sans doute le Tour de Suisse et le Dauphiné et c’est sûr ces courses-là que les sélections se font. 

FS : Les chutes ont toujours fait partie du vélo, mais elles ont l’air plus fréquentes et surtout, plus graves. Faites-vous partie du consensus et des acteurs qui pensent qu’il faut réduire l’allure du peloton ?

JB : C’est un sujet de discussion tellement vaste. Je trouve que l’on a du mal à tirer une problématique et des solutions. On a parfois des petites choses qui se mettent en place, mais qui n’ont ni queue ni tête. Est-ce que réduire l’allure serait une solution ? Je ne sais pas, peut-être que oui. Il faudrait faire des tests. 

Personnellement, je me dis parfois que c’est le nombre d’équipes au départ des courses qui est problématique. Quand on voit sur De Panne, il y a plus de 24 équipes au départ et autant avec un sprinteur et un train de plusieurs coureurs… La route n’est pas extensible, on ne va pas arriver sur des pistes d’aéroport. Un des problèmes vient de là. Toutes les équipes n’avaient pas de sprinteurs et chaque sprinteur n’avait pas nécessairement un train. Ce n’est plus le cas. 

FS : On ajoute d’autres données sur les courses à étapes également… 

JB : Je dois souvent rester avec le leader dans les arrivées massives et finalement, tu te retrouves autour de la 30ᵉ place et tu prends presque autant de risque que les mecs au sprint. Alors que maintenant, c'est rare de voir un mec du général prendre une cassure dans un sprint. 

FS : Cela s’étend néanmoins au-delà des arrivées massives ces derniers temps. Les moyens existent, mais c’est là que cela se corse. Mohoric milite pour une utilisation de pneumatiques moins performants. Avez-vous un avis sur le sujet et les autres déjà partagées ? 

JB : Ce sont des solutions qui s’entendent. 

FS : C’est complexe lorsque l’on sait le budget alloué par les manufacturiers et les teams pour la recherche et développement chaque saison…

JB : Il y a une partie business. Qu’est-ce qu’on fait alors, on signe un gros contrat et on change tous les ans pour faire tourner les marques ? En Formule 1, il y a 20 voitures. Là, on parle de 200 coureurs. 

FS : Van Aert prône la réduction des braquets en rendant, par exemple, impossible la relance dans certaines descentes. 

JB : On peut aussi penser à un airbag qui peut protéger les points les plus importants, comme la colonne vertébrale. Je ne sais pas si c’est réalisable, mais on peut imaginer un airbag qui se déclencherait au niveau de la colonne, qui serait universel, qui aurait le même poids pour tout le monde. Ce n’est pas une solution en soi, mais c’est pour essayer de diminuer le risque qui va avec. 

FS : On a souvent tendance à vous présenter comme l’équipier modèle et celui que tout leader aurait à gagner à avoir à ses côtés. N’est-ce pas quelque chose qui a tendance à vous ennuyer ? 

JB : Non, c’est une grande fierté. Quand je lis des choses comme ça ou que je les entends, c’est toujours agréable. C’est mon rôle, je le connais et je suis embauché pour ça (sic). C’est ma vision des choses depuis plusieurs années et quand ton travail est mis en valeur, c’est toujours très agréable à entendre. J’ai même des fois l’impression que les gens en font un peu trop avec ça, je n'ai pas l’impression d’être incroyable en tant qu’équipier. J’aime bien faire mon travail avec ce rôle et je sais que je suis assez loyal. 

FS : Ce rôle est bien plus mis en valeur de nos jours qu’il ne l’était par le passé…

JB : C’est vrai. Après, c'est un rôle un peu facile ! Finalement, quand ça marche, on met en lumière le travail de l’équipier et quand ça ne marche pas, on tape souvent sur le leader. J’ai l’impression d’avoir souvent la lumière quand ça gagne et c’est agréable, mais c’est vrai qu’on passe au travers quand ça ne va pas. C’est le travail du leader de prendre cette charge et moi, j'ai beaucoup de chance dans cette équipe. Je ne trouve absolument pas ça ingrat. Au contraire. 

FS : Ce rôle d’équipier, vous l’avez parfaitement tenu avec le maillot bleu après trois participations aux championnats du monde et un travail bien ficelé sur le titre de Julian Alaphilippe en 2020. Avez-vous pour ambition de retrouver l'Équipe de France pour les Mondiaux de Kigali à la fin septembre ? 

JB : Porter le maillot de l’équipe de France, c’est presque un graal à chaque fois. Vu que je suis dans une équipe étrangère, je n’ai pas spécialement la chance de ressentir le côté un peu chauvin des Français et quand je porte le maillot de l’Équipe de France, j’ai vraiment cette sensation de représenter mon pays. Tous les gens sont derrière nous et moi. On est une très grande nation du vélo, une grande nation tout court, et c’est forcément valorisant de porter ce maillot. C’est toujours un objectif et quand j’en parle assez souvent avec Thomas (Voeckler), je lui dis toujours qu’il n’y a pas de problème à faire entrer un championnat d’Europe ou un championnat du Monde dans mon programme pour être au meilleur niveau s’il a besoin de moi. 

FS : Ce parcours d’une difficulté effrayante pourrait mettre en avant vos qualités dès que la route s’élève et que les courses sont très longues ? 

JB : C’est une course dure et d’usure. Ce que j’aime. Un championnat du monde, c'est toujours le très haut niveau et bien sûr si Thomas a besoin de moi – il le sait, ce n’est pas un secret – je pourrai toujours répondre présent à l’invitation. 

FS : Vous êtes en dernière année de contrat chez Lidl-Trek. Est-ce que cela change votre façon de courir ? 

JB : La réponse est assez claire, ça ne change absolument rien. Ce serait sûrement la pire chose à faire dans une équipe si tu ne veux pas resigner (sic) ! Mon rôle, c'est de faire gagner, d’entourer mes leaders, de faire en sorte qu’un Mattias Skjelmose soit placé au bon endroit à chaque moment décisif, que Mads Pedersen puisse sprinter pour la victoire ou attaquer. Mon objectif, c'est ça et que je sois en première ou dernière année de carrière, en début ou fin de contrat, je ne changerai absolument pas ma façon de courir. 

FS : Quel rôle dans l’équipe auprès des jeunes et en tant qu’”ancien” avec Mathias Vacek, le prometteur Philipsen ou même Jonathan Milan qui n’a finalement que 24 ans ! Vous sentez-vous légitime à prodiguer des conseils ? 

JB : Ça dépend beaucoup des coureurs. Il y a des demandeurs comme Thibau Nys que j’ai vu arriver en tant que stagiaire. On ne présente même plus son talent, mais il est assez demandeur de conseils, de vision sur les courses. Quand on me demande mon point de vue, je le demande avec plaisir. 

D’autres n’en ont pas besoin. Jonathan (Milan) est déjà l’un des meilleurs coureurs dans son domaine et moi le sprint… (rires)

FS : Ce n’est jamais une science exacte…

Cela dépend vraiment des coureurs en face de toi, certains ont besoin d’être rassurés, d’obtenir des réponses à leurs questions. Ils peuvent avoir besoin que nous, les anciens, on prenne un peu le poids de la course sur nous. Et il y a d’autres coureurs très jeunes qui arrivent déjà très forts et qui ont besoin de faire des erreurs eux-mêmes. C’est aussi la meilleure chose pour apprendre et se rendre compte des conneries que l’on fait. 

FS : Pas de bonne ou mauvaise méthode ? 

JB : Ce sont deux visions du vélo différentes, mais deux visions du vélo qui marchent. Tant que ça fonctionne, il n’y a pas de problème. Si un jeune coureur va faire plusieurs fois la même erreur sans s’en rendre compte, c’est à nous de venir pointer l’erreur et lui faire comprendre. C’est aussi le rôle des directeurs sportifs, donc on n’a même pas besoin de tout le temps le faire dans ces cas-là.