C'était il y a 13 mois et à quelques jours de son duel face à Christian Mbilli, nul ne sait dans quelle condition physique et surtout psychologique arrivera Canelo Álvarez. 63 victoires, 3 défaites et 2 nuls : le Mexicain n'a que 36 ans mais il a déjà tout vu, tout vécu, depuis ses débuts professionnels à seulement 15 ans, petit dernier d'une fratrie de boxeurs mais assurément le plus talentueux.
Champion du monde pour la première fois à seulement 21 ans, en super-welter, le natif de Guadalajara a été titré dans 4 catégories, jusqu'en mi-lourd. Sa place au Hall of Fame ne fait absolument aucun doute.
Pour autant, a-t-il un palmarès à la hauteur de ce qu'il est, c'est-à-dire le deuxième sportif le mieux payé au monde avec 170 millions de dollars par an ? À la lecture de son digest, une chose saute aux yeux : quand il a affronté un adversaire au QI boxe supérieur, il a perdu. Floyd Mayweather en catchweight entre welter et super-welter, Dmitrii Bivol en mi-lourd et Terence Crawford en super-moyen : trois catégories de poids distinctes pour un même résultat. L'exception à cette règle a été contre le Cubain Erislandy Lara, battu d'un rien par décision partagée en super-welter (117-111, 115-113, 113-115).
Et puis il y a cette tâche. En 2017, après le match nul très polémique contre Gennady Golovkin, Canelo est contrôlé positif au clembutérol, produit qui permet de prendre de la masse. L'officialisation tombe en 2018 et, par un petit tour de passe-passe dont les fédérations ont le secret, il est absous.
La suite de sa carrière oscillera entre grands noms et combats mineurs, jusqu'à sa défaite contre Bivol. Après avoir clôturé la trilogie contre un Golovkin en fin de carrière cette fois-ci battu clairement, Canelo enchaînera 5 combats qui ne feront jamais partie de son Top 5. Sa défaite, une déroute en réalité, contre Crawford a mis en lumière une réalité crue : Canelo n'a plus gagné par KO depuis novembre 2021 et une victoire au 11e round contre Caleb Plant, soit une série de 8 combats consécutifs. Perte de puissance, manque de mobilité, usure logique après autant de combats et des blessures : le Mexicain est une icône sur la pente descendante.
Fidèle à la famille Reynoso, le Mexicain a battu de très grands noms mais dont le style lui convenait totalement. Peut-être aurait-il dû changer de méthode à certains moments de sa carrière. Le match nul contre Golovkin, et même le deuxième combat, ne l'ont pas poussé à prendre ce risque. Il sent bien qu'il doit mobiliser de nouvelles ressources. Ce n'est pas pour rien si Oleksandr Usyk, un mastermind quasiment inégalable, l'a en partie accompagné pour préparer son duel avec Mbilli. S'il venait à perdre, l'hypothèse de voir Canelo raccrocher les gants prendrait de l'épaisseur et ça, ce ne serait vraiment pas une bonne nouvelle pour le business.
