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Le Championnat d’Europe d’athlétisme inaugure un guide pour éviter la sexualisation des femmes à la télévision

Bonnin, sur le point de commencer l’un de ses sauts à la perche
Bonnin, sur le point de commencer l’un de ses sauts à la percheREUTERS/Manon Cruz

Un nouveau guide visant à empêcher la sexualisation des sportives lors des diffusions télévisées entrera en vigueur lundi à l’occasion du lancement du Championnat d’Europe d’athlétisme à Birmingham.

Les nouvelles directives ont été élaborées par l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER), basée à Genève, la plus grande alliance mondiale de médias de service public, qui compte 115 organisations membres dans 57 pays et 33 autres associées en Asie, Afrique, Australie et Amérique.

L’UER a expliqué avoir travaillé avec des sportives pour développer des directives "qui visent à éviter de sexualiser l’action par des angles de caméra inutiles".

Plusieurs athlètes ont été consultées afin de conseiller au mieux l’UER, parmi lesquelles la Britannique Holly Bradshaw, médaillée de bronze olympique au saut à la perche. Le nouveau règlement sera inauguré lors du Championnat d’Europe d’athlétisme, du 10 au 16 août.

"La manière dont notre sport est montré lors des retransmissions en direct peut être incroyablement puissante, mais parfois aussi nuisible pour les femmes qui concourent et pour les femmes et les filles qui regardent", a déclaré Bradshaw.

"J’ai moi-même été victime d’abus sur les réseaux sociaux et j’ai vu des vidéos inappropriées de moi et de mes coéquipières lorsque des images au ralenti de nous en compétition sont diffusées. Beaucoup d’athlètes, moi comprise, se sont retrouvées dans des situations où nous étions plus préoccupées par les caméras que par la performance elle-même", a-t-elle expliqué.

"Trop souvent, les caméras font des zooms et montrent des ralentis extrêmes d’athlètes dans des positions peu flatteuses", a-t-elle poursuivi. La perchiste française Marie-Julie Bonnin résume ainsi : "Je fais du sport et je ne veux pas qu’on filme mes fesses."

Angles de caméra acceptables

Après des échanges avec les athlètes, l’UER a élaboré une feuille de route sur les angles de caméra acceptables.

Parmi ceux qui seront évités figurent les angles de caméra bas placés sous les athlètes lors d’épreuves comme le saut en hauteur ou le saut à la perche, par crainte de capter des images des sportives pouvant être jugées compromettantes.

"La sexualisation des sportives par des angles de caméra sélectifs et des choix de montage reste une préoccupation majeure dans de nombreuses retransmissions sportives", a souligné Glen Killane, directeur exécutif des sports de l’UER.

"Les plans qui s’attardent sur les corps, les caméras en contre-plongée et les ralentis excessifs sans justification technique ou narrative font partie des problèmes observés aujourd’hui dans la couverture médiatique des compétitions d’athlétisme féminin", a-t-il ajouté.

La sprinteuse britannique Amy Hunt a affirmé que le sujet est "sans aucun doute une discussion que nous devons avoir. À mesure que la technologie progresse, les gens veulent se rapprocher du sport. Lorsque nous étions à Londres ou à Doha, nous avions des caméras sur les starting-blocks et les femmes ont signalé que cela pouvait poser problème", a-t-elle rappelé.

"Pour moi, la question est que, lorsqu’il y a des femmes à ces postes, que ce soit comme athlètes ou à la retransmission, on puisse signaler et dire quelque chose comme : “Ce n’est peut-être pas une bonne idée que les athlètes aient des caméras sur les starting-blocks.” C’est sans aucun doute un changement très bienvenu. De plus, nous ne devrions pas avoir à modifier notre tenue pour nous sentir à l’aise. Je veux me sentir rapide et puissante, je ne veux pas avoir l’impression que ma tenue me limite d’une quelconque manière. Je pense donc que c’est une très bonne avancée", a-t-elle poursuivi.

La perchiste Bonnin a indiqué qu’elle était déjà tombée sur des photos et vidéos d’elle en action "sans aucun intérêt sportif. Il m’arrive parfois d’envoyer des messages aux organisateurs et aux photographes pour leur demander de supprimer des images", a-t-elle confié. "Mais je pense qu’au fond, nous avions accepté qu’il existait des images qui n’étaient pas normales."