Deux semaines après le considérable geste financier des organisateurs - la dotation de Roland-Garros a augmenté de moins de 10% sur un an - les joueurs impliqués avaient fait le choix de durcir leur mouvement de contestation.
Après avoir écourté leurs obligations médiatiques d'avant-tournoi à quinze minutes à Roland-Garros, les frondeurs avaient indiqué qu'ils feraient de même à Londres, non seulement avant le tournoi mais également durant toute la première semaine.
Samedi, plusieurs joueurs n'ont pourtant pas respecté le mot d'ordre.
L'Américain Ben Shelton (5e) a ainsi "décidé de consacrer plus de temps au media day" d'avant-tournoi "parce que Wimbledon est un endroit à part".
"Ils m'ont aidé lors de ma première année sur le circuit et ils m'ont toujours bien traité ici", a soutenu le gaucher de 23 ans.
"Je trouve qu'ils ont fait un effort, qui se matérialise dans l'augmentation de la dotation cette année", a estimé Shelton, soulignant cependant "soutenir à 100%" les joueurs qui ont écourté leurs obligations médiatiques pour tenter de faire pression sur l'Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open.
Sixième mondial, l'Australien Alex De Minaur a également salué "un grand pas dans la bonne direction" de Wimbledon en référence à la hausse de 20% du prize-money, selon des propos rapportés par l'agence Press Association.
Il n'a ainsi pas limité ses obligations médiatiques d'avant-tournoi, soucieux de "reconnaître ce grand pas" accompli par le tournoi londonien.
A Roland-Garros déjà, certains membres théoriquement engagés dans la fronde avaient rompu les rangs, comme la future lauréate du tournoi Mirra Andreeva (actuelle 5e) ou le Norvégien Casper Ruud (12e), qui avaient enchaîné les interviews largement au-delà des quinze minutes alors préconisées.
A Wimbledon, à l'inverse, la 2e joueuse mondiale Elena Rybakina a expédié ce samedi sa conférence de presse en cinq minutes chrono.
Jannik Sinner et Aryna Sabalenka ont eux consacré dix minutes à l'exercice, comme Iga Swiatek.
"Il ne s'agit pas seulement d'argent"
Contrairement à Roland-Garros où un certain flou régnait jusqu'à la dernière minute sur le déroulement des conférences de presse, les modérateurs étaient cette fois bien rodés et introduisaient certaines conférences en indiquant qu'elles seraient plus courtes que d'ordinaire.
Au bout de quelques questions des journalistes à Mirra Andreeva, Coco Gauff (7e), Iga Swiatek ou Jannik Sinner, ils ont demandé aux joueurs s'ils souhaitaient poursuivre l'exercice ou ne plus prendre de questions pour respecter le délai auquel ils s'étaient astreints.
Interrogée sur la légitimité à réclamer davantage que 20% d'augmentation de la dotation, alors que la vingtaine de joueurs mobilisés ont déjà récolté des millions d'euros de prize-money, Sabalenka a assuré qu'ils "ne se battaient pas pour eux-mêmes".
"On le fait pour les joueurs qui peinent à recruter ne serait-ce qu'un entraîneur" par manque de moyens financiers, a argumenté la patronne du circuit.
Bien que les joueurs impliqués espèrent à terme toucher 22% des revenus des tournois majeurs (contre environ 15% actuellement), "il ne s'agit pas seulement d'argent", a renchéri Jannik Sinner.
"On prend aussi en compte le bien-être des joueurs et tout le reste", a-t-il poursuivi. En plus de leurs revendications financières, les stars du circuit réclament en effet d'être davantage associées aux décisions des Grands Chelems qui les concernent, et que les tournois majeurs investissent dans leur retraite ou leur santé.
Sur le plan de la dotation, "on a constaté des améliorations", a concédé l'Italien. "Mais on n'est pas encore 100% satisfaits", a-t-il enchaîné.
"Tout le monde veut plus d'argent, quel que soit son métier", a souligné le Britannique Cameron Norrie (29e), qui n'est pas impliqué dans la fronde.
Mais "une augmentation de 20% sur un an est absolument énorme. Quand on prend un peu de recul, j'ai vraiment de la chance de pouvoir jouer ici" pour de telles sommes, a-t-il conclu.
