Après trois défaites consécutives contre la Roja, la France fait de l'Espagne une obsession footballistique. Alors quand Zinedine Zidane arrive sur le banc des Bleus, le lien avec "la culture espagnole" est tout trouvé. Vainqueur de la Ligue des Champions et de la Liga comme joueur et comme entraîneur, ZZ a réussi avec le Real Madrid. Pour autant, la corrélation avec "la culture espagnole" n'est pas établie de manière aussi limpide.
Le jeu de position, une exception
Dans l'idée générale, jouer à l'espagnole, c'est jouer comme le Barça de Pep Guardiola ou comme la Selección de Luis de la Fuente, c'est-à-dire avec principalement avec du jeu de position. Or ce style n'est pas absolument pas commun en Liga. Il serait même à la marge, y compris au sein du Barça depuis le départ de l'emblématique coach catalan en 2012.
Un des meilleurs exemples récents pour symboliser la multiplicité de l'identité espagnole, c'est Ernesto Valverde. Entraîneur réputé (il était même le favori pour succéder à de la Fuente en cas de Mondial raté), "Txingurri" a été recruté par le Barça pour prendre la suite de Luis Enrique. Or même s'il avait été choisi par Johan Cruyff à la fin des années 1980 pour renforcer l'attaque blaugrana, la greffe n'a pas pris en Catalogne. Pourquoi ? Parce que Valverde est un coach de contre-attaque, ce qui convient parfaitement à l'Athletic ou à Valencia mais qui ne colle pas avec le jeu barcelonais.
La philosophie du Barça, et par extension celle de la Roja qui a gagné deux Coupes du monde et deux Euros avec une forte base Culé, n'est pas la philosophie espagnole à proprement parler, car toujours très ancrée dans le mythe de la "Furia" né après la médaille d'argent obtenu aux Jeux olympiques d'Anvers en 1920.
Valencia, Villarreal, Real Sociedad, Athletic, Celta, Osasuna, Atlético, Getafe, Rayo Vallecano, Séville, Espanyol et bien d'autres en Liga : tous ces clubs jouent la transition et pas le jeu de possession. C'est aussi le cas du Real Madrid qui prend toujours le ballon à contre-coeur car sa force réside principalement dans la vitesse mise sur les côtés pour déséquilibrer le bloc adverse.
La culture du résultat... comme Deschamps
Si Zidane a la "culture espagnole", alors c'est celle-ci n'est en aucun cas celle du Barça ou de la Selección (qui a d'ailleurs une idendité légèrement différente de celle d'Hansi Flick depuis deux ans).
Lors de ses premières semaines en 2016 comme coach du Real Madrid, il avait retiré Casemiro. Clef de voûte de Rafa Benítez jugée trop défensive, le milieu défensif était devenu le bouc émissaire parfait pour justifier la mise à l'écart du technicien castillan. La presse locale et les supporters réclamaient Isco dans le XI de départ et Zidane a répondu à ces attentes... mais a vite dû se confronter à la réalité du terrain.
Un mois plus tard, l'Andalou a été mis sur le banc, remplacé d'abord par Matteo Kovacic. Puis, après la toute première défaite de Zidane, contre l'Atlético fin février (1-0), c'est... Casemiro qui a été remis dans la composition de départ. La raison était purement pragmatique : contre une équipe de gros calibre, l'équipe était déséquilibrée. Critiqué sous Benítez, le Brésilien est devenu indispensable pour accompagner Luka Modric et Toni Kroos. Ainsi, l'ambition initiale du jeu offensif débridé (souvent un voeu pieux à la Casa Blanca) s'est rapidement heurté à des considérations plus "résultadistes", propres aux aspirations du Real Madrid qui veut d'abord briller par les trophées plus que par le jeu.
Enfin, la Liga compte moins de coaches locaux que par le passé. Quand Zidane a quitté ses fonctions, à la fin de la saison 2020-2021, 15 coaches sur 20 en Liga sont Espagnols. Il n'y en a plus que 12 seulement 5 ans plus tard. Et à l'étranger, parmi les techniciens à la mode qui n'ont pas de lien avec le Barça, Unai Emery a toujours réfuté l'expression "tiki taka" tandis qu'Andoni Iraola représente une forme de mixte entre la possession et la transition, propre à sa culture basque.
En réalité, la dénomination "culture espagnole" est une expression-valise qui empêche d'appréhender la réalité tactique de la Liga, qui facilite les raccourcis fallacieux et qui biaisera automatiquement les attentes concernant le jeu proposé par Zidane.
