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La Coupe du monde de rugby à XIII gagne en profondeur grâce à une nouvelle diversité

La star de la NRL Kalyn Ponga (à gauche) représente la Nouvelle-Zélande à la Coupe du monde, après avoir joué pour l’Australie à 9 et pour le Queensla
La star de la NRL Kalyn Ponga (à gauche) représente la Nouvelle-Zélande à la Coupe du monde, après avoir joué pour l’Australie à 9 et pour le QueenslaMATT KING / GETTY IMAGES VIA AFP

La Coupe du monde masculine de rugby à XIII (RLWC) a souvent été éclipsée par d’autres événements de la discipline, et notamment par l’« autre » Coupe du monde de rugby, celle du rugby à XV. Pourtant, de nouvelles règles et une pléiade de stars réparties dans les nations du Pacifique rendent cette édition en cours digne d’intérêt.

Un regard rapide sur l’histoire de la Coupe du monde de rugby à XIII révèle une chose : l’Australie a totalement dominé la compétition, remportant 12 des 16 éditions. Seules la Nouvelle-Zélande et la Grande-Bretagne/l’Angleterre ont remporté les quatre autres.

À première vue, cela peut donner au tournoi une allure quelque peu déséquilibrée, monopolisée, voire monoculturelle. Mais la réalité est différente lorsqu’on s’intéresse de plus près à la discipline et à son évolution. Les règles d’éligibilité internationale ont notamment contribué à changer la donne.

Mettons les choses au clair : le rugby à XIII est dominé par l’Australie, puisque la NRL est de loin le championnat le plus important et le plus relevé. Elle attire les meilleurs joueurs du Pacifique et parfois même du Royaume-Uni. La Super League anglaise, qui compte également une équipe française, est la seule compétition à s’en approcher quelque peu, mais la comparaison reste difficile.

Pour mesurer cet écart sur le plan financier, la NRL a récemment signé le plus gros contrat de diffusion de l’histoire du sport australien. Celui-ci s’élève à 5,3 milliards de dollars australiens sur sept ans. À l’inverse, le contrat de diffusion de la Super League avec Sky est estimé à 21,5 millions de livres par saison, soit près de 20 fois moins par an.

La domination écrasante de l’Australie

La domination de la NRL se retrouve concrètement dans la composition des équipes. Sur les 230 joueurs sélectionnés au sein des 10 nations présentes à la Coupe du monde, 151 évoluent en NRL, soit environ 66 %. Par ailleurs, il a été rapporté qu’environ deux tiers des joueurs de la compétition sont nés en Australie. C’est remarquable lorsqu’on y pense.

À l’échelle de toute la Coupe du monde, deux joueurs sur trois sont nés en Australie. Cela ne tient même pas compte des nombreux joueurs arrivés dans le pays à un jeune âge, ce qui porte la proportion totale d’Australiens à plus des trois quarts de l’ensemble des joueurs.

Pour complexifier encore le tableau, le rugby à XIII n’est réellement populaire que dans deux des six États australiens : la Nouvelle-Galles du Sud (NSW) et le Queensland. Ces deux États comptent ensemble environ 14,5 millions d’habitants, soit moins que les Pays-Bas, le Cambodge ou l’Équateur.

Le rugby à XIII n’a pas la portée internationale du rugby à XV, pratiqué bien plus largement. Plusieurs bastions du rugby, comme l’Afrique du Sud et l’Irlande, possèdent à peine une scène consacrée au rugby à XIII.

Même la Nouvelle-Zélande est avant tout une nation de rugby à XV. Le pays produit pourtant de nombreux joueurs de NRL et accueille une franchise : les Warriors. En dehors de l’équipe basée en Papouasie-Nouvelle-Guinée qui doit bientôt rejoindre la compétition, la formation d’Auckland est la seule entité de haut niveau du rugby à XIII dans l’hémisphère sud hors d’Australie.

Dans tout l’hémisphère, il n’existe qu’une seule compétition entièrement professionnelle. Elle compte 19 équipes si l’on inclut les deux formations qui doivent l’intégrer. Toutes sauf deux sont basées en Australie. Parmi ces 17 équipes, neuf se trouvent à Sydney, et 10 en NSW, voire 11 si l’on inclut Canberra.

À l’évidence, le cœur battant de la discipline se trouve à Sydney, en particulier dans les quartiers de l’ouest, ainsi que dans certaines zones de la NSW régionale et, bien sûr, dans le Queensland.

On comprend donc aisément pourquoi le point d’orgue de la saison australienne est la série inaugurale de State of Origin. Celle-ci oppose les meilleurs joueurs formés en NSW aux meilleurs joueurs du Queensland.

Jusqu’à l’année dernière, les joueurs n’étaient pas autorisés à passer d’une des trois nations dites de « niveau 1 » à une autre, à savoir l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre, au niveau international. De plus, les joueurs australiens qui choisissaient de représenter une autre nation de niveau 1 ne pouvaient plus être sélectionnés pour le State of Origin.

L’inverse était également vrai. Dès lors qu’un joueur disputait le State of Origin, il choisissait de fait de jouer pour l’Australie. Il ne pouvait donc plus rejoindre la Nouvelle-Zélande ou l’Angleterre, même s’il remplissait les autres conditions d’éligibilité.

Une évolution de l’éligibilité qui change la donne

C’est ici que la NRL a fait preuve de créativité en modifiant les règles avant la Coupe du monde 2026. Depuis cette année, il est possible de jouer pour une nation de niveau 1 autre que l’Australie tout en participant au State of Origin. Autrement dit, un joueur peut désormais représenter la NSW ou le Queensland, puis jouer pour la Nouvelle-Zélande ou l’Angleterre à la Coupe du monde.

C’est exactement ce qu’a fait la star de la NRL Kalyn Ponga, arrière de la Nouvelle-Zélande. Ponga représente le Queensland et, comme il avait également joué pour l’Australie lors de la Coupe du monde de rugby à 9 en 2019, il ne pouvait pas rejoindre la Nouvelle-Zélande, le pays de ses ancêtres, où il a passé une partie de son enfance. Malgré les conditions de base requises pour jouer avec les Kiwis, il était lié à l’Australie par les anciennes règles.

Le centre expérimenté Dane Gagai constitue un autre exemple important de l’application de ces nouvelles règles. Il a obtenu l’autorisation de passer de l’Australie à la Nouvelle-Zélande, malgré sept sélections avec les Kangaroos lors de tests à 13 contre 13 par le passé.

L’IRL, l’organisme qui gère la discipline au niveau international, disposait déjà de règles très souples en matière d’éligibilité. Elles permettaient aux joueurs des nations de niveau 1 de représenter les nations « plus petites » des niveaux 2 ou 3. Les grandes bénéficiaires de ce système ont été les nations du Pacifique : les Samoa, les Tonga, les Fidji et les Îles Cook. Toutes possèdent une équipe engagée dans la Coupe du monde en cours.

Le changement d’allégeance comporte bien sûr certaines limites. Il faut être éligible pour la nation que l’on rejoint par sa résidence, sa naissance, ses parents ou ses grands-parents. De plus, il est impossible de représenter plus d’une nation au cours d’une même année civile. En cas de passage entre les niveaux 1 et 2 ou 3, le changement peut être effectué plusieurs fois. Entre les niveaux 2 et 3, il n’est possible qu’une fois tous les quatre ans.

Les Samoa et les Tonga, en particulier, ont constitué des équipes redoutables ces dernières années en s’appuyant sur les stars de la NRL ayant des origines insulaires. Certaines avaient même déjà joué pour l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Il arrive même que ces joueurs aient représenté plusieurs nations de niveau inférieur. C’est le cas du troisième ligne des Sydney Roosters Siua Wong, qui a auparavant joué pour les Fidji mais représente désormais les Tonga. Né en Nouvelle-Zélande, il a effectué sa scolarité secondaire en Australie.

Ce cas peut sembler particulièrement exotique, mais ces parcours trans-tasmans, voire pan-pacifiques, sont remarquablement fréquents dans le rugby à XIII.

Le brassage pan-pacifique

Pour ne citer que quelques exemples, les Samoa ont fait appel aux stars de la NRL Jarome Luai, Stephen Crichton, Brian To'o et Junior Paulo. Tous ont grandi à Sydney et représenté la NSW au State of Origin. Elles ont également sélectionné Hamiso Tabuai-Fidow, qui a joué pour le Queensland, mais aussi pour l’Australie en 2024, ainsi que pour les Indigenous All-Stars, en raison de ses origines insulaires du détroit de Torres.

Comme Wong, les frères Katoa, Isaiya et Sione, qui représentent les Tonga, sont tous deux nés en Nouvelle-Zélande, mais ont déménagé à Sydney à des âges différents. Addin Fonua-Blake a grandi à Sydney et a auparavant représenté la Nouvelle-Zélande. Jojo Fifita est un autre joueur né en Nouvelle-Zélande mais élevé en Australie, dans le Queensland. Il a également disputé le State of Origin.

Dallin Watene-Zelezniak est une autre star née en Nouvelle-Zélande et arrivée en Australie à un jeune âge. Il représente désormais les Tonga, après avoir joué pour les Kiwis. De son côté, Jason Taumalolo a grandi en Nouvelle-Zélande avant d’être repéré et de partir dans le nord du Queensland à l’adolescence.

Les Îles Cook peuvent désormais compter sur Valentine Holmes, qui a disputé plus de 20 matchs avec l’Australie par le passé, ainsi qu’avec le Queensland. Le capitaine fidjien Apisai Koroisau a lui aussi joué le State of Origin, avec la NSW. Il est un autre joueur originaire de Sydney. Le cousin de Koroisau, Sunia Turuva, représente également les Fidji, mais vient lui aussi de l’ouest de Sydney. Presque toute l’équipe libanaise est composée d’Australiens aux racines libanaises, souvent métissées. La plupart ont émergé dans les quartiers ouest de Sydney.

Si l’on cherchait un autre argument pour illustrer la domination de la NRL sur la Super League, il suffirait de constater que l’Angleterre a recruté plusieurs Australiens pour renforcer son équipe. Les joueurs des Roosters Victor Radley et Hugo Savala sont tous deux nés et ont grandi à Sydney. Le joueur originaire de la NSW régionale Ben Talty et le Queenslander AJ Brimson ont également été attirés par la sélection anglaise. Ce dernier avait joué pour l’Australie à 9.

Il existe plusieurs façons d’appréhender cet écosystème démographique. D’un côté, il est incroyablement monoculturel, avec tant de stars du rugby à XIII issues de quelques pôles principaux de la côte est australienne, auxquels s’ajoute un contingent important de Néo-Zélandais.

Mais il serait peut-être plus juste de dire que les véritables terres du rugby à XIII sont très diverses : multiculturelles, multiethniques et multilingues. Cette diversité a permis à la discipline de dépasser le simple cadre de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, de la NRL ou de l’opposition entre la NSW et le Queensland.

De plus, grâce à des règles ingénieuses, cette complexité culturelle inhérente a permis à la discipline de répartir son incroyable vivier de talents entre plusieurs sélections nationales. L’objectif est de rendre la Coupe du monde de rugby à XIII plus attractive pour les supporters.

L’Australie pourrait remporter un nouveau titre mondial le 15 novembre. Elle a pris le meilleur sur son principal rival, la Nouvelle-Zélande, lors d’un match d’ouverture épique la semaine dernière, renforçant ainsi son statut de favorite. Mais même si elle s’impose, cela ne changera rien au fait que la Coupe du monde de rugby à XIII est bien plus intéressante qu’elle ne le paraît au premier regard.

Et qui sait, peut-être verrons-nous un nouveau vainqueur cette année, puisque les Samoa et les Tonga ont réalisé des débuts impressionnants.

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