"L'impression que Pogacar a déjà le Tour en poche", affirme Chris Froome

Froome à Monaco en décembre 2025.
Froome à Monaco en décembre 2025.VALERY HACHE/AFP

Quadruple vainqueur du Tour de France, Chris Froome a l'impression que Tadej Pogacar a "déjà ce Tour de France en poche", tout en expliquant, dans un entretien à l'AFP, l'ampleur du défi qui attend le Slovène en quête d'une cinquième victoire.

Devenu rare ces derniers temps, le Britannique retrouve le Tour dans un nouveau rôle d'ambassadeur pour Skoda et confirme au passage qu'il est bel et bien retiré des pelotons, alors qu'il n'avait jamais vraiment annoncé sa retraite.

QUESTION : Que ressentez-vous au moment de revenir sur le Tour ?

RÉPONSE : "En tant que coureur, on voit la course d'une certaine façon, mais il y a tellement de choses qu'on rate. Je suis impatient de pouvoir suivre la course avec un regard de fan, d'être dans la voiture sur le parcours, de m'arrêter pour regarder le peloton passer. Ça va faire remonter plein de souvenirs."

Q : Vous n'avez jamais officiellement annoncé votre retraite de coureur. Est-elle effective ?

R : "Oui. Je savais en signant mon dernier contrat que ce serait le dernier et il s'est arrêté à la fin de l'année dernière. Malheureusement, il y a eu cette chute fin août. Ce n'était vraiment pas la manière dont je voulais terminer. Mais à ce moment-là, il n'y avait aucun doute dans mon esprit que c'était fini."

Q : À quel point cela a-t-il été difficile d'accepter de ne jamais retrouver votre ancien niveau après votre chute sur le Dauphiné en 2019 ?

R : "Ça a été dur. Mais je suis content d'avoir essayé et que ça ne s'arrête pas avec cette chute. J'ai senti à certains moments que je progressais, mais je n'ai jamais retrouvé les mêmes sensations."

Q : Tadej Pogacar vise un cinquième Tour. Vous avez été dans la même position. À quel point est-ce que cela représente un défi ?

R : "Je ne pense pas que le chiffre en lui-même soit ce qui rend la chose difficile. Le vrai défi, c'est d'être capable de rester constant sur une si longue période. Tadej est beaucoup plus jeune que moi quand j'essayais d'aller chercher ce cinquième succès. Il a déjà fait une saison incroyable et, à ce rythme, on a du mal à voir ce qui pourrait l'arrêter. S'il parvient à rester sur son vélo, on a l'impression qu'il a déjà ce Tour en poche. Il est extrêmement impressionnant."

Q : Combien de Tours supplémentaires peut-il gagner ?

R : "Dans ce sport, tout peut basculer en un clin d'œil et je l'ai appris à mes dépens. Potentiellement, il pourrait continuer encore cinq ans. Mais est-ce qu'il en aura le désir, la motivation ? Je ne sais pas. Il va devoir prendre les choses jour après jour."

Q : Jonas Vingegaard tente le doublé Giro-Tour comme vous en 2018. Là aussi c'est un défi de taille ?

R : "Après avoir gagné les trois grands Tours sur une période de douze mois en 2017/2018, lorsque je suis revenu sur le Tour, c'était simplement trop pour moi. Je ne sais pas dans quel état d'esprit est Jonas – il avait l'air fantastique sur le Giro – mais enchaîner quatre Grands Tours d'affilée en visant la gagne à chaque fois, c'est énorme. J'ai aussi trouvé que la transition Giro-Tour était bien plus difficile à gérer que celle entre Tour et Vuelta. Une fois arrivé dans la dernière semaine du Tour, j’étais complètement rincé."

Q : Que pensez-vous de Paul Seixas ?

R : "C'est un immense talent. Il a un énorme avenir devant lui. Il a de toute évidence un moteur impressionnant. Mais il n'a que 19 ans. Si je devais le conseiller, je lui dirais : 'c'est génial que tu fasses le Tour cette année, mais contente-toi de ça, profite autant que possible, apprends, absorbe tout'. Dans sa tête, il doit se dire que son véritable objectif se situe dans deux ou trois ans quand il viendra ici pour essayer de se battre pour la victoire. Pour l'instant, il ne doit pas se mettre trop de pression. Surtout avec toute la France qui place ses espoirs en lui, c'est un fardeau assez lourd à porter. C'est ma seule crainte pour lui: que si jamais il ne gagne pas, on prenne ça comme une déception, alors que ce n'est encore qu'un gamin. Si ça se trouve, il va me faire mentir et être dans la bagarre tout de suite. Mais à 19 ans, c'est lui demander énormément."