Interview exclusive Flashscore / Florent Torchut, auteur de la biographie "Le Roi Leo"

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Publicité
Interview exclusive Flashscore / Florent Torchut, auteur de la biographie "Le Roi Leo"
Interview exclusive Flashscore / Florent Torchut, auteur de la biographie "Le Roi Leo"
Interview exclusive Flashscore / Florent Torchut, auteur de la biographie "Le Roi Leo"
Profimedia
Correspondant à Buenos Aires avant de le devenir à Barcelone notamment pour France Football, Florent Torchut a publié une biographie de Lionel Messi en 2022. Dernier journaliste à avoir interviewé Diego Maradona, il passe la Coupe du Monde en Argentine pour ressentir au plus près la ferveur pour l'Albiceleste.

Ce devait être une entrée en lice facile, ça s’est finalement transformé en traquenard pour l’Argentine contre l’Arabie Saoudite. Ça a été vécu comment à Buenos Aires ?

Les cafés et les restaurants étaient pleins. Là où j’étais, le propriétaire a vite fermé à clef car c’était bondé. Tout le monde était confiant, ça a crié sur les 4 buts, le penalty de Leo Messi et les 3 signalés hors-jeu. Ensuite, on n’a pas trop compris ce qui s’est passé, une énorme douche froide. Tout le monde s’est levé tôt et a essayé d’arriver en retard au travail pour voir tout le match. En plus, c’était au lendemain d’un jour férié, c’était la reprise et j’ai entendu pas mal de personnes se plaindre, abasourdies. Il y avait une sorte de solidarité collective.

Tout est allé dans le sens contraire pour l’Albiceleste.

Ça ressemblait un peu à France-Sénégal de 2002 avec un favori à qui rien ne sourit et un outsider qui croit en sa chance. Les Saoudiens marquent deux fois en 5 minutes en revenant des vestiaires. Cristián Romero se fait déposer sur le premier but, Leandro Paredes et Rodrigo de Paul qui se transcendent avec la sélection ont été en dedans, Papu Gómez n’a pas joué dans son registre. L’Argentine est retombée dans ses travers et n’a pas trouvé de solutions. Messi n’est pas du style de Javier Mascherano ou Diego Maradona, à haranguer ses coéquipiers. Il a lui aussi pris un coup sur la tête. Maintenant, ils vont devoir s’arracher contre le Mexique et le match nul d’El Tri contre la Pologne (0-0) est un moindre mal.

Comment les Argentins se préparaient  à cette entrée en lice ? 

Cela oscillait entre l’espoir et l’enthousiasme et en même temps, ils étaient un peu nerveux. Ici, on parlait de 2002 et cette sensation d’arriver avec une équipe bien rodée. Néanmoins Lionel Scaloni a essayé de faire retomber la pression et Lionel Messi disait qu’il fallait envisager match après match. Comme le coup d'envoi était à 7h, beaucoup de cafés indiquaient de venir tôt, de commander son petit-déjeuner pour venir voir le match. La tension montait petit à petit. 

2002, une année ambivalente pour l'Albiceleste

Oui, c’était le record de l’Argentine en qualification, avec la première place en prime. Il y avait beaucoup d’attentes et l’Albiceleste s’était écroulée dans les grandes largeurs alors qu’elle était la grande favorite avec la France. Donc déjà les Argentins se méfiaient parce qu’ils avaient déjà connu cette situation et ils ne s’enflammaient pas.

Avec le temps, Lionel Scaloni a gagné ses galons de sélectionneur alors qu’il était au départ assez décrié puisqu’il faisait partie du staff de Jorge Sampaoli en 2018.

Outre la victoire en Copa América, Scaloni a réussi à agglomérer cette équipe autour de Messi et que cela a donné des résultats avec 36 matches sans défaite jusqu’à ce revers contre l’Arabie Saoudite, et avec du beau jeu. En plus, il a fait appel à plusieurs joueurs de sa génération : Walter Samuel, Roberto Ayala, Pablo Aimar et c’est la première fois qu’autant d’anciens avec autant d’expérience sont appelés. Il y a une connexion avec les joueurs, ça parle le même langage autour de Messi et d’Ángel di María, et Rodrigo de Paul dans un rôle de garde du corps. Scaloni est respecté.

Qui fait partie de la "mesa pequeña" cette année ?

Hormis Messi, Di María et Nico Otamendi, il n’y a plus vraiment d’anciens, ni de clans comme par le passé. Désormais, c’est plus hétérogène, avec de nombreux joueurs âgés de 25-26 ans. C’est donc plus mélangé.

Vous avez réalisé la dernière interview de Maradona, vous connaissez très bien Messi et son entourage. Si l'Argentine gagne le Mondial, Leo serait-il à la hauteur de Diego ? 

Maradona sera toujours différent dans la représentation populaire car il a un aspect iconique que Messi n’a pas. Il s’agit d’une époque sans les réseaux sociaux, où il était une idole mondiale. Aux 4 coins du monde, Maradona faisait partie des personnalités les plus célèbres, dans le moindre petit village on le connaissait, au même titre que le Pape et Michael Jackson. Il avait une aura céleste. Et puis, il y avait toutes ses petites phrases, ses contradictions, capable de dire de voter pour Carlos Menem (ancien président argentin, d'obédience néo-libérale, ndlr) et d’ensuite passer du temps à Cuba avec Fidel Castro. Ces incohérences le rendaient attachant. Il y a aussi l’histoire de son fils caché à Naples, le fait qu’il sorte de Villa Fiorito, un bidonville. Tout ce pan romanesque, Messi qui vient de la classe moyenne ne l’a pas. La seule petite partie romanesque, ce serait son père qui un jour prend l'avion avec lui pour aller à Barcelone. Mais en dehors de ça, il a suivi un cursus classique du football moderne en centre de formation à l’étranger. Pendant longtemps, il n’y a pas eu cet attachement avec les Argentins car il a passé son adolescence en Espagne, c’était le Catalan qui parlait peu, dans l’ombre des leaders psychologiques comme Javier Mascherano, Gabriel Heinze et Juan Sebastían Verón. Depuis la Copa América, il y a eu un déclic chez Messi et les Argentins car ils ont vu ses sacrifices, son attachement au maillot. Pour autant, il n’aura jamais le même statut que Maradona qui est devenu un personnage de pop art quasiment. En dehors du footballeur extraordinaire qu’il est, Messi est un personnage un peu ennuyeux, c’est un euphémisme. Il est plus policé et moins glamour que Maradona.

Son aspect le plus argentin, ce sont ses tatouages ?

Pendant très longtemps, il a été l’enfant sage et c’est vrai que cela a surpris quand il les a arborés. C’était peut-être une manière de montrer qu’il était vraiment Argentin, qu’il pouvait avoir un côté bad boy. Indirectement, il a voulu dire « je suis des vôtres » et c’était une manière inconsciente de transmettre un sentiment d’appartenance.

Ça lui a pris un an pour s’adapter au PSG alors que son départ de Barcelone a été acté très rapidement. Depuis le début de saison, il est au-dessus du lot avec Neymar, mais est-ce que ce temps d’adaptation est surprenant ?

La transition a été très rapide, il ne s’attendait pas à quitter le Barça et ça a été très brusque pour lui et sa famille. Il a vécu un moment à l’hôtel, il y a eu un changement culturel, il a aussi évoqué les embouteillages en voiture, tout ce qui l’a surpris en arrivant à Paris. Ça l’a perturbé, d’autant qu’il y a eu la Copa América pendant l’été. Cette fois, il a effectué une vraie préparation. On le voit à son langage corporel. Il est plus détendu, relâché, souriant. Il a besoin de participer à la construction du jeu, de toucher la balle et ça se ressent sur ses statistiques. Cela se voit aussi en sélection. Avant l’Arabie Saoudite, il a demandé à aller à la conférence de presse d’avant-match car c’est lui le capitaine et c’est à lui de prendre la parole. Il l’a fait naturellement.

Est-ce que la présence de Scaloni et de son staff a favorisé une meilleure entente avec Messi avec le reste de ses coéquipiers ? On a souvent eu l'impression d'un manque de psychologie pour le mettre dans les meilleures conditions. 

Pour en avoir discuté avec des gens qui connaissent bien l’environnement de Messi, il s’est passé quelque chose pendant la Copa América en 2021. Il était relax alors que c’était peut-être sa dernière campagne continentale. Il a voulu profiter alors qu’avant, la pression l’étouffait, avec la crainte que tout un pays lui tombe dessus en cas d’échec. Cette fois, il a gagné, au Brésil, au Maracana. C’est une forme de consécration. Je pense qu’il a voulu aborder ce Mondial de la même manière, sans pression supplémentaire ni pensée parasite.

Son vrai-faux départ de la sélection était-il un appel au secours pour que l'Argentine soit vraiment compétitive ? 

Il y a eu mouvement populaire pour qu’il reste en 2016, avec même des affiches dans le métro. Ça l’avait beaucoup touché et même ceux qui le critiquaient avaient admis que l’Argentine avait trop besoin de lui. En 2018, ça s’est mal passé car l’alchimie avec Sampaoli n’existait pas. Cette fois, il y a une connexion et les planètes semblent alignées même s’il faut sortir du groupe. Après, les matches à élimination directe peuvent basculer très vite. Il en est conscient et c’est pour ça qu’il n’a rien promis.

Tout le monde a une idole et celle de Messi c’est Aimar. Est-ce que c’est plus simple pour lui de travailler avec quelqu’un qu’il admire ?

C’est sûr que l’écoute est facilitée et ça veut aussi dire que Scaloni veut le mettre dans les meilleures conditions. La transmission exercée par Samuel, Ayala, Aimar et Scaloni qui faisaient tous les aller-retours en Amérique du Sud pour disputer les matches avec l’Albicelete est primordiale. Ce lien, Messi ne l’avait plus depuis Alejandro Sabella peut-être. Quand des joueurs de ce calibre-là te parlent, le message passe forcément beaucoup mieux parce qu’ils ont une forme de légitimité pour le faire.

C'est la question qui tue : ce sera la dernière Coupe du Monde de Messi ou il pourrait en disputer une autre ?

Il n'y a que 3 ans et demi avant la prochaine et sachant qu'il pourrait évoluer en MLS pour finir sa carrière, en fonction des différents intérêts sportifs et économiques pour cette édition en Amérique du Nord... Mais à l'heure actuelle, la tendance est que ce soit 2022 sa dernière. Après, aucun joueur n'a disputé 6 éditions. En 2026, il aura 39 ans. Donc si d'ici deux saisons, il voit qu'il est en mesure de le faire, va savoir...