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Interview Flashscore - Rubens Pierre : "La Bundesliga, c'est la NBA du hand"

Rubens Pierre sur Flashscore.
Rubens Pierre sur Flashscore.ČTK / imago sportfotodienst / Eibner-Pressefoto/Ardan Fuessman

Après six ans passés à Tremblay et non sans surprise, Rubens Pierre a quitté la Starligue pour le meilleur championnat du monde, la Bundesliga. Le choix avait de quoi surprendre en quittant une équipe tremblaysienne ambitieuse pour une formation de Bundesliga qui a longtemps lutté pour son maintien la saison passée, mais qui se veut elle aussi désireuse d'un avenir plus radieux. Rubens Pierre incarne ces nouvelles ambitions à merveille après avoir réussi ses premières joutes outre-Rhin.

Gêné à la cuisse et ménagé lors du déplacement infructueux d’Erlangen à Magdeburg lors de la septième journée, Rubens Pierre devrait être d’attaque pour affronter Melsungen, ce dimanche, à domicile. 

L’ambition de devenir un international français lorsqu’il y sera éligible (il a déjà joué pour la Guinée et doit patienter jusqu’à janvier 2028 pour porter le maillot des Bleus), ses débuts réussis en Bavière et sa découverte de la Bundesliga, la “NBA du handball” selon lui, sont les différents sujets évoqués. Tout juste sorti d’une séance physique spécifique sur le jour de repos de l’équipe, le portier de 27 ans s’est entretenu avec Flashscore France. 

Flashscore : Comment se passe l’intégration en Bavière ? 

Rubens Pierre : Super bien. J’ai même été un peu surpris parce qu’avec la barrière de la langue, c'est toujours un peu compliqué de s'intégrer. Et finalement, les gars puis le staff m'ont très bien accueilli. Donc franchement, ça s'est super bien passé et ça m'a aidé à performer rapidement.

Et au niveau de la langue, justement ? 

Alors, j'ai cours d'allemand toutes les semaines avec plusieurs autres joueurs. Mais même avant que j’arrive, j’avais pris un prof'. Donc ça fait un petit moment que je travaille et là, je comprends. Pour parler c’est encore un peu plus compliqué mais j’arrive à me débrouiller. 

Vous avez quitté la Starligue avec le trophée de meilleur gardien du championnat. Aviez-vous eu d’autres propositions en France ? 

Oui, j'ai eu plusieurs propositions en France. Mais j’avais envie de voir autre chose que la France. J’avais envie de tester ailleurs parce que c'est toujours plus facile quand tu joues en France, t'as le confort, t’as pas la barrière de la langue. Ce n'est pas la même vision des choses. Donc j'avais envie de vivre une autre expérience. J’ai tout de suite trouvé ça intéressant quand on a eu l'offre d’Erlangen.

Est-ce que vous aviez échangé avec d’autres français avant de prendre votre décision ? Quentin Minel est passé par Erlangen il y a quelques années.

Justement, j’ai parlé à Quentin Minel quand on a joué Chartres en fin de saison. J’ai discuté un peu avec lui, j'ai eu un peu de retour de tout le monde et on peut voir qu'en ce moment, il y a beaucoup de Français qui commencent à arriver en Allemagne. 

C’est le meilleur championnat au monde pour moi. Franchement, ça ne fait que quelques semaines que je suis là mais les installations, les salles remplies tous les week-ends que tu joues Berlin, Kiel ou des équipes moins fortes... J’ai énormément de plaisir à jouer ici. 

À ce propos... L’historique Kentin Mahé, Aymeric Minne et Aymeric Zaepfel actuellement, Dika Mem et Théo Monar la saison prochaine, Thibaud Briet en 2028… La Bundesliga attire de nouveau les joueurs français et ton départ en est un nouveau symbole. Les explications sont-elles toujours les mêmes que par le passé selon vous ? L’ambiance et la vitesse de jeu ? 

Pour moi qui ai passé beaucoup de temps en Starligue, c’est sûr qu’il y a une différence. Je dis souvent que la Bundesliga c’est un peu comme la NBA. On joue tout le temps, le championnat est homogène, tout le monde peut battre tout le monde et on peut jamais prédire qui va gagner le titre. En France, à part Paris… 

Après, les salles c’est fou. Pour le moment, que ce soit à Flensburg ou Stuttgart, tu joues dans des salles incroyables. Tu peux jouer contre 6000 à 10 000 personnes. Donc c'est vrai que ça rajoute aussi de l’engouement. 

Et le niveau ? 

Tu sens une différence. Je vais parler en tant que gardien : en France, les joueurs sont un peu plus précis. Mais en Allemagne, ça va beaucoup plus fort, ça va beaucoup plus vite. Donc si t'es un peu en retard, tu vas te faire traverser. Il y a beaucoup plus de jeu, beaucoup plus d'un contre un, beaucoup plus de shoots à six mètres. En France, c’est beaucoup de shoots à l’aile mais surtout à 9 mètres. T’as très peu d’équipes qui prennent l’intervalle 1-2 (NDLR : entre l’ailier et l’arrière). Ici, c’est systématique avec beaucoup de tirs à six mètres. C’est impressionnant et pour moi, le niveau de l'Allemagne est au-dessus de la France.

Erlangen dispose d’un solide trio au poste de gardien. Comment se passe la cohabitation avec Herceg et Ghedbane, et étais-tu venu avec la certitude d’être numéro un ? 

Quand je suis venu une première fois à Erlangen cet été pour faire mes tests, j’ai eu l'occasion de manger avec Johannes Sellin, qui m'avait déjà prévenu qu'on était trois gardiens et que moi, je venais en tant que numéro un. Mais la cohabitation avec les autres gardiens se passe très bien.

Alors c’est toujours plus facile quand t'es numéro un, parce que tu joues et y en a forcément un qui ne joue pas. C’est toujours plus facile pour toi. Mais c'est vrai que les gars avec qui je suis sont au top. Ils comprennent la situation, même si elle est compliquée pour eux parce que j'ai un énorme temps de jeu comparé à eux. Tout se passe bien, on rigole énormément, on travaille super bien avec le coach des gardiens.

La dynamique est positive et suit les objectifs fixés après une dernière saison très compliquée où le maintien a été acquis tardivement. Johannes Sellin ne veut toutefois pas tirer des conclusions trop hâtives. Comment sondez-vous le potentiel de ce groupe ? 

J’ai été très impressionné parce qu’on est une équipe très jeune. Il y a une très grosse marge de progression et c’est ça qui est bien. L’objectif est clair, c'est d’essayer de se maintenir le plus tôt possible. Et pourquoi pas aller chercher d'autres objectifs par la suite mais pour l'instant, ça se passe plutôt bien : on gagne les matchs qu’il faut gagner. 

On perd à Flensburg et à Magdeburg, on fait un nul contre Hanovre chez nous. Je suis très satisfait du groupe pour l’instant parce qu’on se remet toujours en question. Même quand on gagne, on ne se dit pas “ah on gagne, on est tranquille”. Non, on travaille ce qui n’a pas été. Ça nous permet de progresser et de faire en sorte de se maintenir le plus tôt possible et pourquoi pas, de voir la suite et même d’aller chercher une place européenne. Je suis venu à Erlangen pour essayer de jouer l’Europe donc si ça ne se fait pas cette année, ça se fera plus tard. On est en reconstruction et ça se fait petit à petit. 

Vous auriez pu avoir des ambitions similaires en restant à Tremblay, qui se pose de plus en plus en prétendant à l’Europe. 

Tremblay, j'ai toujours été bien. C’était ma deuxième famille. Et ça reste ma deuxième famille. Même encore aujourd'hui, je garde de très bons contacts avec tout le monde au club. Mais ça faisait six ans, sept ans pratiquement, que j'étais à Tremblay et j'avais fait le tour. Je savais que si je voulais aller en équipe de France, il fallait que je joue, soit dans un championnat plus relevé, soit jouer l'Europe. Donc il fallait que je me challenge. Découvrir si je pouvais être performant en dehors de Tremblay ! C'était ça aussi la vraie question. Ou était-ce le confort qui me rendait performant ? Je devais répondre à ces questions et c'est pour cela que j'ai pris la décision de partir.

Vous avez été élu meilleur gardien de la journée avec votre performance face à Eisenach. Mais en plus d’être impressionnant, vous avez été décisif. C’est une façon parfaite pour démontrer votre plein potentiel ?

Je vais prendre l'exemple de Lemgo où je ne suis pas bon. Je sors, puis je rentre sur les cinq dernières minutes et je fais les trois arrêts qui font la différence. En tant que gardien, je sais très bien que je ne vais pas faire 15 ou 20 arrêts par match. Je vais peut-être en faire une fois 20 dans la saison mais l'important, c’est d’être présent quand ça compte. C’est ma manière de voir les choses. Bien sûr, je suis content si on gagne et que je fais 15 arrêts mais là où j’insiste et où je suis dur avec moi-même, c’est sur les moments clutchs, qui font la différence. 

On sait votre ambition d’atteindre l'équipe de France après avoir porté le maillot de la Guinée au niveau international. Comment se passe la relation avec Talant Dujshebaev ? Il vous a convoqué en partenaire d’entraînement lors de sa première liste et vous êtes également en contact avec Jean-Luc Kieffer. Qu’est-ce qu’ils vous demandent ? 

Ça s’est super bien passé sur le premier stage. On m’a super bien accueilli, Talant aussi, j’ai pu discuter avec lui. Quand je serai vraiment sélectionnable, ce sera à moi de faire mes preuves pour prendre une place. Je suis en contact avec eux, on a un groupe de gardiens avec qui on bosse. 

Pensez-vous être de nouveau appelé lors des prochains stages de préparation en partenaire d’entraînement ? 

Je n’ai aucune certitude là-dessus pour le moment. C’est un peu le flou. Mais je sais que Talant voulait me contacter en début de saison. 

Comme vous, il définit la Bundesliga comme la NBA du hand… Et vous affrontez son fils Daniel, dimanche. L’occasion parfaite pour rester dans sa tête ! 

Ce sera un petit clin d'œil en effet, mais pour l’instant je ne me mets pas de pression pour l'équipe de France. C’est un objectif, je travaille pour. Si je suis performant et que le coach compte sur moi, il pourra le faire. S’il estime qu’il ne doit pas m’appeler, il ne le fera pas, ce n'est pas une fin en soi. Je me suis fixé cet objectif depuis que j’ai arrêté avec la Guinée et je sais qu’il faut être patient durant ces trois ans. 

Votre arrivée éventuelle en Bleus coïncide avec une année olympique. Ça fait forcément quelque chose ? 

Je travaille, je cherche à être performant pour cet objectif. J’ai encore le temps mais oui, j’y pense. 

Pour clôturer cet échange, deux dernières questions plus personnelles, Rubens. Est-ce que vous avez des gardiens de Bundesliga qui vous ont inspiré au fil de votre carrière ? 

Niklas Landin et Andreas Wolff. 

Et ce qui vous a le plus marqué en Bundesliga jusqu’à présent ? 

L’ambiance ! 

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