Charléty, 15 novembre 2023. Pour son tout premier match de phase de groupes en Ligue des champions de son histoire (en tant que Paris FC et pas Juvisy), le Paris FC accueille Häcken devant 1 746 spectateurs. Les Parisiennes dominent (57 % de possession), se procurent une grosse occasion dès la 3e minute, mais s'inclinent 2-1. Un mois plus tard en Suède, elles ramènent un 0-0 qui doit beaucoup à Chiamaka Nnadozie, qui détourne un pénalty. Deux rendez-vous, zéro victoire. Jeudi (18h45), les deux clubs se retrouvent pour la 3e journée de la phase de ligue, et ce qui ressemblait alors à un baptême du feu a désormais des allures de revanche.
Beaucoup de choses ont changé depuis. Sandrine Soubeyrand est toujours là, et elle n'a rien oublié. "Il y a trois ans, on avait eu des difficultés ici, on avait perdu, et on avait fait match nul en Suède", rappelle l'entraîneure parisienne. Mais en face, plus grand-chose n'est pareil. Le nouveau format de la compétition, d'abord : fini les allers-retours et donc le déplacement en Suède en plein mois de janvier, Häcken débarque cette fois à Paris. Le banc, ensuite : Elena Sadiku, arrivée la saison passée après un titre avec le Celtic, a guidé les Suédoises vers le sacre en Europa Cup, alors toute nouvelle compétition européenne féminine, équivalent de la C3 chez les filles. Et a même été nommée pour le trophée Johan Cruyff au Ballon d'or. Et l'effectif, enfin : Felicia Schröder, la pépite du club et auteure d'un quadruplé en finale face à Hammarby, a rejoint le Real Madrid pour un montant record dans le football féminin.
"On a changé, elles ont changé"
"Elles ont perdu leur meilleure joueuse, qui est partie au Real Madrid, détaille Soubeyrand. Pour autant, elles performent toujours, elles ont une grosse capacité offensive, elles ont des joueuses qui sont intéressantes. Elles ont une très bonne joueuse, peut-être un peu sous-cotée, mais qui pour moi est une top joueuse. C'est leur capitaine, qui était déjà là il y a trois ans, c'est la pièce maîtresse de l'animation offensive de cette équipe-là, mais pas que." Une continuité au milieu des bouleversements, que la technicienne parisienne n'entend pas sous-estimer.
Le Paris FC, lui aussi, a beaucoup changé. Celina Ould Hocine, titulaire lors de la double-confrontation en 2023-24, en est l'un des rares visages encore présents à Paris. "On sait que c'est un adversaire très sérieux, explique la défenseure. Il y a trois ans, c'était une équipe complètement différente. Nous aussi, on était une équipe complètement différente. On a changé, elles ont changé." Trois saisons à Paris, un statut qui s'est affirmé : "Ça fait trois ans que je m'impose de plus en plus. C'est aussi parce que j'ai la confiance du coach, du staff et de la direction, mais dans le foot, ça va vite. J'essaie de donner à fond à chaque entraînement et à chaque match."
Cette évolution, Soubeyrand la voit surtout dans le secteur offensif : "On a pas mal fait évoluer l'équipe sur le plan offensif, on a différentes armes, on a peut-être plus de possibilités que la saison passée." Reste que le début de saison européen du PFC a été difficile : défaite à Barcelone (2-5), puis nul arraché face à Arsenal (2-2) après avoir été mené de deux buts. Clara Matéo a relancé les siennes (72e) avant que Maeline Mendy, sur penalty (87e), ne sauve un point. Et pour battre Häcken, la coach parisienne ne compte pas sur la seule inspiration offensive : "Les matchs de haut niveau, ça se joue d'abord sur le fait de bien défendre. Il faut être compact, il faut gagner les duels, il faut gagner la bataille du milieu de terrain (...) Si on arrive à répondre à ces problématiques-là, on a toutes les qualités pour les mettre en difficulté."
"Nous avons un peu trop respecté l'Inter et la Juventus"
En face, le contexte n'est pas plus confortable. Häcken n'a pas encore marqué dans cette phase de ligue : défaite face à l'Inter (1-0), puis revers à domicile face à la Juventus (0-3). Un paradoxe, pour des Suédoises dont le palmarès européen impressionne Soubeyrand : "C'est un adversaire qui a un palmarès au niveau européen. Ils ont été en finale et ils ont gagné le titre. C'est un bon adversaire, un adversaire qui a progressé par rapport à il y a trois ans (...) C'est une formule un peu différente, mais c'est une très bonne équipe."
Elena Sadiku, elle, refuse de se laisser abattre par les résultats. "Nous avons énormément appris de nos deux premiers matchs, assure la coach d'Häcken. On peut déjà le voir entre le premier et le deuxième match, nous avons été bien meilleures, mais le résultat était nettement moins bon contre la Juventus que contre l'Inter, alors que la performance était meilleure." Son diagnostic est sans détour : "D'une certaine manière, je trouve que nous avons un peu trop respecté les deux équipes. Nous avons toujours eu un moins bon début de match parce que nous étions un peu dans cet état d'esprit : "À quoi devons-nous nous attendre ?", au lieu de simplement croire en ce que nous faisons et de très bien le faire. Mais maintenant, nous avons disputé ces deux matchs, donc j'espère vraiment que nous pourrons franchir une étape supplémentaire."
Ses deux défaites, elle les relit à sa manière : "Le match contre l'Inter aurait tout aussi bien pu se terminer sur un score de 1-1. Contre la Juventus, nous aurions pu mener au moins 2-0 à la mi-temps, puis nous aurions pu revenir en deuxième période en étant bien meilleures. Je ne pense pas que le score reflète les performances que nous avons réalisées." Prendre ses premiers points à Paris "représenterait énormément", reconnaît-elle, à condition d'être plus tranchante : "J'espère vraiment que nous serons réellement efficaces sur les occasions de but que nous créons. Ensuite, nous devons vraiment travailler dur pour garder notre cage inviolée, parce que c'est un élément clé pour nous permettre de prendre des points lors de ce match."
"Une équipe différente"
Sadiku n'a pas connu les deux premiers duels, mais elle a bien identifié ce qui l'attend. "Nous rencontrons une équipe de football différente. Elles jouent de manière très directe et sont très fortes en contre-attaque. Nous devons nous assurer de bien mettre en place notre pressing, conformément au plan et à ce que nous avons travaillé à l'entraînement. Mais surtout, nous devons être très bonnes pour protéger la troisième zone de jeu, parce que c'est là qu'elles veulent arriver. Il faut aussi gagner les premiers et les deuxièmes ballons, et faire en sorte de pouvoir conserver le ballon ou partir en contre-attaque contre elles lorsque nous le récupérons." Son ambition : "Contrôler le match de la manière dont nous nous sommes entraînées à le faire."
Un autre élément, plus discret, joue en faveur des Parisiennes : la pelouse. "Je ne sais pas si c'est un avantage de les recevoir, mais en tout cas c'est sûr que pour nous c'est mieux, parce que là-bas c'est un synthétique, donc ce n'est pas tout à fait le même type de foot, et nous, on n'a pas forcément l'habitude de ces conditions-là."
Côté effectif, le PFC devra composer sans Fiona Liaigre, Manoly Baquerizo (cheville), Daphné Corboz et Klaudia Jedlinska. Des joueuses dont Soubeyrand devra apprendre à se passer : le calendrier qui suit ne laissera aucun répit, avec un déplacement au Real Madrid (10 novembre), la réception de HB Køge (19 novembre) puis le voyage à Servette (16 décembre). Dans une phase de ligue où les quatre premiers filent directement en quarts de finale et où les places 5 à 12 passent par les barrages, chaque point compte déjà. Trois ans après un 2-1 et un 0-0 qui avaient laissé un goût d'inachevé, le PFC tient l'occasion de transformer ses retrouvailles avec Häcken en première victoire.
