Vous avez mis un terme à votre carrière internationale il y a trois ans. Comment cette décision a-t-elle influencé la gestion de votre carrière, et notamment votre préparation pour des rendez-vous comme celui de ce soir ?
D'une certaine manière, je pense que cette décision me donne un peu plus de place pour me concentrer sur le club, et maintenant aussi sur le plan européen avec la Ligue des champions. J'ai pris cette décision à cause de changements dans ma vie de famille : je voulais passer plus de temps avec mes proches. Mais évidemment, avec la Ligue des champions, cela change un peu la donne aussi, puisqu'il y a des déplacements. Je pense que c'est aussi une bonne décision parce que je suis déjà un peu plus âgée, et si on regarde les blessures, ça me permet de me concentrer pleinement sur Louvain et d'être dans un meilleur état mental et physique. Ça me laisse plus de marge pour me pousser davantage lors des matches de Ligue des champions, où l'intensité est beaucoup plus élevée puisqu'on affronte les meilleures équipes d'Europe. Je pense que ça donne à mon corps un peu de repos, et à ma tête plus de sérénité pour être à fond dans ces matches-là tout en ayant le temps de récupérer pour les autres échéances qui suivent.
Pour des affiches comme la Roma à domicile ou le PSG à l'extérieur, ressentez-vous encore autant d'excitation à sortir du tunnel dans ces grands stades, hymne en tête ?
Ça fait un effet incroyable de pouvoir vivre ça. La saison dernière était la première fois pour nous, et pour le football belge, d'être en Ligue des champions. Et c'est peut-être encore plus beau de le refaire une deuxième fois, parce que la première fois, personne ne pensait qu'on pouvait y arriver. Cette fois encore, personne ne s'y attendait. Alors oui, pouvoir sortir dans ces grands stades, ou même ici à Louvain face aux grandes équipes, ça donne encore la chair de poule. Je n'aurais jamais imaginé, à ce stade de ma carrière, faire encore partie de cette aventure.
"On n'a rien à prouver, on joue match par match"
Comment préparez-vous personnellement ces rendez-vous européens, et cette préparation a-t-elle changé depuis la belle campagne de la saison dernière ? Et comment envisagez-vous votre rôle de leader dans un groupe connu pour la jeunesse de son effectif ?
Pour moi, personnellement, je ne pense pas que ça ait changé par rapport à la saison passée. De l'extérieur, il y a peut-être un peu plus d'attentes autour de nous en tant que Louvain, mais je pense qu'on continue de la même manière. On n'a rien à perdre, et on essaiera de montrer la meilleure version de nous-mêmes à chaque match. Ensuite, on verra ce qu'il en ressort. Pour nous, il n'y a pas la pression de devoir prouver quelque chose ou d'atteindre un objectif précis : on avance match par match et on fait de notre mieux. Côté leadership, je suis la plus âgée du groupe. Louvain est aussi connu pour faire venir beaucoup de jeunes filles issues du centre de formation, donc mon rôle, c'est un peu de les guider, de guider l'équipe. Mais je ne suis pas celle qui crie le plus fort ni qui parle le plus : j'essaie de faire les choses à ma façon, en restant calme, y compris sur le terrain. Je préfère parler directement aux personnes plutôt que de crier. J'essaie, avec mon expérience, de garder mon calme, et j'espère qu'en retour les autres joueuses de l'équipe arrivent aussi à rester sereines. J'espère pouvoir les aider dans ce sens-là.
Comment avez-vous vécu le fait de retrouver la Ligue des champions pour une deuxième saison consécutive ?
On est évidemment très heureuses d'avoir de nouveau atteint la phase de ligue. Je me souviens avoir dit aux filles que ça pouvait sembler plus normal cette fois, puisque c'est la deuxième fois, mais qu'en réalité, ce n'est pas normal du tout : c'est quelque chose d'incroyable qu'on a encore accompli. Parce qu'honnêtement, ça peut être la dernière fois de ma carrière, ou la dernière fois pour Louvain. Donc j'essaie vraiment de faire réaliser aux filles que c'est quelque chose de grand, dont on peut être très fières.
Est-ce que cette qualification représente aussi un symbole fort pour le développement du football féminin belge ?
Ce que vous dites est juste : la visibilité, c'est très important. Beaucoup d'équipes et d'autres pays connaissent désormais le nom de Louvain. Et pour les petites filles — je l'ai déjà dit lors d'autres interviews — elles commencent à se dire qu'un jour, elles pourraient peut-être elles aussi jouer la Ligue des champions en Belgique. Je pense que c'est très important, et j'espère que ça va pousser de plus en plus de filles à se mettre au football en Belgique, parce qu'honnêtement, on n'a pas tant d'équipes que ça dans notre championnat. C'est sans doute quelque chose qui doit encore progresser : qu'il y ait davantage d'équipes professionnelles. J'espère que la Ligue des champions, et si on continue à bien faire, poussera d'autres équipes du championnat belge à rejoindre la Ligue des champions ou l'Europa Cup la saison prochaine. Et j'espère que ça pourra aider. On doit continuer à performer.
"Il ne faut surtout pas penser que ce sera facile"
Le chemin vers cette phase de ligue a été semé d'embûches, avec une séance de tirs au but contre Fenerbahçe puis des matches très serrés face à Czarni Sosnowiec. Que retenez-vous de ce parcours qualificatif ? Et considérez-vous d'ailleurs votre qualification de la saison dernière, obtenue au tour de barrage, comme une forme de petit miracle ?
Il faut se rappeler qu'au football, tout est possible. Contre Fenerbahçe, par exemple, on n'a peut-être pas joué comme on le voulait en première période, on était un peu en difficulté, puis on a renversé la situation en seconde période. C'est quelque chose qu'on avait déjà fait plusieurs fois la saison dernière en phase de ligue : une première mi-temps compliquée, suivie d'une très bonne seconde période. Il faut se rappeler que tout est possible dans le football, même face à de grandes équipes, des adversaires solides : parfois, un petit miracle peut arriver, et c'est ce qu'on essaie d'atteindre. Concernant la saison passée, oui, un peu, parce qu'on ne savait vraiment pas à quoi s'attendre face aux meilleures des meilleures. Au départ, on se disait que ce serait déjà bien de marquer un but, de prendre un point. Et puis la confiance a commencé à grandir. À la fin, j'avoue que ça aurait été un moment triste si on n'avait pas atteint les phases à élimination directe. Mais je l'ai déjà dit : on ne se met pas de pression. Cette saison, c'est la même chose que la précédente : on regarde comment ça se passe, on essaie de montrer la meilleure version de nous-mêmes, et on voit jusqu'où on peut aller, en espérant glaner quelques points.
La saison dernière, vous aviez partagé les points face à la Roma. Pensez-vous pouvoir faire aussi bien, voire mieux, cette fois ?
On l'espère. Mais la Roma reste une équipe très solide. Ils ont connu quelques changements, mais je pense que ça reste un très bon adversaire. Comme je l'ai déjà dit, j'espère simplement qu'on pourra montrer quelque chose, et qu'à la fin, ce sera un partage, une victoire, ou peut-être une défaite. Mais il ne faut vraiment pas penser que ce sera un match facile, puisque la saison dernière, ça s'était terminé sur un nul. Je pense simplement que c'est un adversaire très solide, et qu'il faudra leur rendre la tâche aussi difficile que possible.
Vous avez perdu plusieurs joueuses importantes cet été — Reynders, Sára Pusztai, Zenia Mertens. Comment le club a-t-il géré ces départs, et l'équipe garde-t-elle son ambition malgré tout pour cette saison ?
L'un des points forts de Louvain a toujours été la qualité de sa formation, on l'a déjà montré par le passé. Mais il y a aussi des filles qui sont arrivées et qui font très bien le travail. Donc oui, je suis d'accord, beaucoup de joueuses fortes sont parties, et c'est aussi le revers de la médaille quand on fait de bonnes choses : après une belle campagne de Ligue des champions, il est logique que d'autres équipes, d'autres pays, viennent regarder nos joueuses de plus près. Mais je pense qu'on a bien réagi : on a fait venir du monde, et on peut aussi compter sur la jeunesse qu'on a dans l'effectif. Je ne pense donc pas que ça change grand-chose. Ce n'est pas non plus quelque chose de frustrant pour moi : c'est normal dans ce sport, et normal quand une équipe performe bien que des joueuses partent tenter leur chance à l'étranger. Je pense qu'on est toutes très contentes que celles qui ont joué avec nous puissent aller poursuivre leurs rêves, rejoindre une meilleure compétition ou une meilleure équipe pour continuer à progresser. Bien sûr, tout le monde a des difficultés à s'adapter au début, mais au final, ça fait partie du métier, ça fait partie du monde du football. Pour moi, ce n'est vraiment pas un problème.
"On sait comment on peut leur faire mal"
L'équipe marque beaucoup de buts en championnat en ce moment. Dans quelle mesure pensez-vous pouvoir transposer cette efficacité offensive face à la Roma, et où pensez-vous pouvoir le plus lui poser problème ?
Marquer des buts donne évidemment de la confiance, c'est un point positif qu'on peut garder avec nous. Mais ce sera un autre match, un autre niveau, donc j'espère qu'on pourra concrétiser les occasions qu'on se créera aussi face à la Roma. Ce sera clairement plus difficile puisqu'on est en Ligue des champions : rien n'y est facile, on le sait, mais on va tenter notre chance et on verra. Je ne veux pas trop en dire, parce que peut-être que quelqu'un nous écoute et pourrait déjà savoir ce qu'on prépare. On a visionné des vidéos, donc on sait où on peut leur faire mal, ou en tout cas quelles possibilités s'offrent à nous. Mais je préfère garder ça pour nous : ça restera une surprise.
Le nouveau format de phase de ligue, dont vous aviez profité la saison dernière via le tour de barrage, change-t-il la donne pour les "petites" équipes ? Et quelles qualités affichées lors de cette belle campagne aimeriez-vous revoir cette saison ?
Je pense que pour les équipes plus modestes, c'est une réelle opportunité. Avant, avec l'ancien format de phase de groupes, on savait souvent à l'avance quelles étaient les deux équipes qui allaient se qualifier. Aujourd'hui, on doit affronter tout le monde, et tout devient possible. Je pense que ça rend la compétition plus excitante jusqu'au dernier jour de la phase de ligue, et ça, ce n'est que positif. Concernant l'état d'esprit à conserver : je pense à la manière dont on n'a jamais rien lâché, on a vraiment formé une vraie famille, soudée jusqu'au bout. On a gagné ou partagé certains matches en toute fin de rencontre, on a toujours bien réagi quand on était menées. J'espère qu'on pourra garder ça cette saison : cet esprit de combat, et cette solidarité, qui est peut-être le mot le plus juste.
Comment abordez-vous ce retour de la Ligue des champions, avec autant de départs majeurs à digérer cet été ? Est-ce que ça devient un peu lassant, ce sentiment de devoir chaque saison repartir de zéro ?
On est très excitées à l'idée que la phase de ligue reprenne. C'est un sentiment différent des matches de championnat : c'est une très grande scène, quelque chose d'incroyable de pouvoir rejouer ça à Louvain. On l'a déjà senti aujourd'hui à l'entraînement, tout le monde est impatient. On est aussi prêtes qu'on peut l'être. On a perdu plusieurs joueuses, c'est vrai, mais c'est aussi la conséquence logique du fait qu'on fait bien les choses sur la scène européenne : les autres équipes viennent forcément regarder de plus près nos joueuses. Mais on a toujours une bonne formation sur laquelle s'appuyer, et on a fait venir du monde, donc je pense qu'on a encore une équipe solide. C'est toujours difficile de savoir exactement où se situe la différence entre nous et nos adversaires : on sait juste que ce sont de bons adversaires. Donc on est aussi prêtes qu'on peut l'être, et on espère pouvoir leur donner du fil à retordre. Et non, ce n'est pas vraiment frustrant pour moi : je pense que c'est normal dans ce sport, et normal, quand une équipe performe bien, que des joueuses partent voir ailleurs. On est simplement contentes qu'elles puissent aller chercher leurs rêves ailleurs.
Un bon départ en phase de ligue, est-ce important à vos yeux ?
Je pense qu'il vaut toujours mieux bien commencer que de démarrer par une défaite, mais au final, il reste cinq matches à jouer après, donc on peut toujours réagir. Et si on regarde la saison dernière, même sans énormément de points, il y avait encore des chances de passer. Donc si jamais on perd cette semaine, il restera encore une possibilité. Mais je pense que le plus important pour nous, c'est d'être dans cette phase de ligue et d'en profiter. Si on peut prendre des résultats, on les prendra. Mais l'essentiel, c'est vraiment de savourer le fait d'être à nouveau présentes dans cette phase de ligue.
Espérez-vous à nouveau remplir votre stade comme la saison dernière ?
Je l'espère. Mais la saison dernière aussi, on avait construit ça petit à petit, du premier match jusqu'au dernier contre Arsenal. Donc on devra peut-être refaire la même chose cette saison, et peut-être que, face à Chelsea, ce sera à nouveau plein.
