Ce match, un peu particulier pour toi, contre ton club formateur en Ligue des champions...
Je vais très bien, merci de demander. Aujourd'hui, cette compétition avec Servette contre mon club formateur, je m'en réjouis vraiment et j'ai hâte d'être mercredi.
Tu vas recroiser certaines joueuses avec lesquelles tu as évolué chez les jeunes, notamment Selma Bacha...
Oui, Selma, on a fait toute notre formation ensemble à l'OL. On l'est toujours, mais on est surtout très copines : on a grandi ensemble, nos papas sont amis, on adorait dormir l'une chez l'autre. Et là, devoir jouer contre elle mercredi, ça va être que du kiff.
À quel âge es-tu arrivée au centre de formation de Lyon ?
J'ai commencé à Lyon vers 9-10 ans, et j'ai fait tout mon cursus lyonnais en parallèle du pôle espoir. Je n'ai pas vraiment connu la formation à plein temps, entre l'entraînement toutes les semaines et le pôle espoir, mais dans tous les cas, j'ai grandi avec l'OL.
De cette génération de joueuses, qui est encore présente à Lyon aujourd'hui ?
Il n'y a que Selma Bacha qui est encore à l'OL, et qui y fait une très grande carrière. Après ma génération, il y avait aussi Melvine Malard, qui est aujourd'hui à Manchester United.
Vous êtes-vous écrit récemment à propos de ce match ?
Quand on a eu le tirage au sort, on s'est envoyé une photo, en mode : "je t'ai vue, on se retrouve bientôt." On va sûrement se charrier mercredi. Elle, elle est à fond dans les jeux vidéo, moi aussi j'aime beaucoup la PlayStation, Fortnite... On s'y retrouve, on aime beaucoup se charrier, et ça va me faire plaisir de la revoir.
Tu es à Servette depuis 2021, deux fois championne de Suisse. Comment résumes-tu ton parcours jusque-là ?
J'ai commencé à l'OL jusqu'à mes 17 ans, où j'ai vu qu'il n'y avait pas forcément de possibilité d'intégrer l'équipe première. Je suis partie à Montpellier pour finir mon année U19, où on avait gagné le championnat face à Lyon notamment : une très bonne saison. Mais j'avais le sentiment qu'on m'avait un peu promis un contrat pro, et que ça ne s'était pas fait. J'ai donc décidé de quitter Montpellier pour rejoindre les Rangers à Glasgow, où j'ai signé mon premier contrat professionnel. Malheureusement, il y a eu le Covid, donc j'avais un peu moins de temps de jeu, et j'avais aussi cette envie de me rapprocher de chez moi, sans pour autant rentrer totalement en France. Le projet Servette était franchement top, le club venait de se qualifier pour la Ligue des champions, je me suis dit que c'était le club parfait pour moi. Et depuis, c'est ma sixième saison. Donc ça veut tout dire.
"On n'y va plus en petits poucets"
Il y a un vrai pont entre l'académie lyonnaise et Servette — on pense à Sofia Bekhaled passée par un prêt récemment, ou à Manon Revelli. Sens-tu un lien particulier entre les deux clubs, au-delà de la proximité géographique ?
Oui, il y a clairement un lien. On sait que l'OL est l'une des meilleures équipes du monde, si ce n'est la meilleure, en ce moment. Pour les jeunes joueuses qui manquent de temps de jeu, la passerelle avec Servette fonctionne bien, parce que c'est un club compétiteur qui essaie de gagner chaque saison : on retrouve les mêmes valeurs et la même exigence qu'à Lyon. Pour celles qui cherchent un prêt, Servette est le meilleur club possible, aussi par la zone géographique, pas trop loin de Genève, ce qui permet à Lyon de garder un œil sur elles.
Depuis ton arrivée en 2021, le club n'a cessé de grandir, avec une vraie volonté de développer sa section féminine. Comment décrirais-tu ce projet ?
Servette essaie d'évoluer chaque année et de promouvoir le football féminin, parce qu'on sait qu'en Suisse, il y a encore un gros décalage par rapport à d'autres championnats, l'anglais, l'espagnol ou même le français. Il y a une vraie volonté du club de faire grandir le côté féminin, en plus du masculin, de nous mettre dans les meilleures conditions possibles avec les moyens qu'ils ont. On sait qu'ils font énormément pour nous et qu'ils nous poussent énormément aussi, donc ça nous revalorise, on a envie de se donner à fond. On s'était déjà qualifiées pour la Ligue des champions il y a cinq ans, en 2021, mais le statut du club a changé entre 2021 et 2026. Aujourd'hui, on n'y va plus en petits poucets qui se disent "c'est génial, on s'est qualifiées" : on veut se battre sur les six matchs qu'on aura.
Le groupe a beaucoup changé depuis 2021, et tu fais partie des rescapées. Comment vis-tu ces changements, et comment aides-tu les nouvelles à s'intégrer ?
C'est vrai que c'est toujours un peu délicat de changer. Mais Servette est un très bon club qui apporte beaucoup de visibilité, ce qui fait que des joueuses partent ensuite vers de plus gros clubs : tout le mérite revient à Servette et à la formation qu'on y reçoit. Il y a forcément des départs, des changements, et il faut vite s'adapter, un peu comme dans n'importe quelle entreprise. Ça permet aussi de ressouder l'équipe et d'apprendre à se connaître : on l'a vu sur les premiers matchs, où il y avait encore un peu d'incompréhension entre nous, on apprenait à jouer ensemble. Ça fait maintenant trois mois qu'on a commencé, et tout le groupe est bien intégré. On essaie de faire des activités ensemble pour avoir aussi le côté non sportif, parce que le but n'est pas de parler foot tout le temps : c'est aussi de se connaître dans la vie privée. Ça crée plus de liens, avec des répercussions sur les matchs dans les moments difficiles. On essaie de créer ce lien avec toutes les filles, d'avoir un groupe soudé, et on le voit, un groupe soudé, ça permet de performer le week-end.
"Ça montre qu'on s'est battues pour revenir dans cette compétition"
Qu'est-ce que ça représente pour Servette d'être de retour dans cette Ligue des champions ?
Je pense que ça veut dire beaucoup. Ça représente tout le travail qu'on a fourni pendant les cinq saisons depuis notre dernière qualification. On s'est vraiment battues pour être là, c'est une grande fierté pour Servette d'être dans la meilleure compétition qui soit pour un club. Être là pour les seizièmes de finale, ça veut dire beaucoup pour le club, pour les joueuses, et on a vraiment hâte de participer et de rivaliser dans ce tournoi.
Comment vis-tu personnellement l'enjeu de ce retour, cinq ans après ?
Les gens autour de nous montrent qu'on s'est qualifiées pour la Ligue des champions cette année, mais nous, on regarde surtout les cinq années de travail qu'il a fallu pour y revenir. C'est un long processus, et je pense qu'on est fières avant tout de tout ce processus, plus que de la simple qualification. Ça montre qu'on s'est battues pour revenir dans cette compétition, la meilleure d'Europe, et qu'on mérite d'y être, qu'on est l'une des équipes fortes en Europe aussi.
Qu'est-ce que ce retour représente pour le football féminin suisse, face à des équipes comme Lyon ?
La Suisse n'est pas le championnat le plus fort du monde, mais être la seule équipe qui représente la Suisse, ça montre beaucoup de choses. Ça montre que si on investit vraiment dans son club, dans ses joueuses, si on développe le football féminin, on peut accomplir énormément. Bien sûr, le foot féminin, c'est difficile, ce n'est pas comparable au masculin en termes d'investissement, mais pour moi, on met de l'investissement et, après plusieurs années, on récupère cet investissement. Mais il faut quelqu'un qui essaie et qui croit en nous, et on le voit avec Servette, la différence que ça fait d'avoir un club qui croit en nous et qui nous pousse. Aujourd'hui, on est là, en Ligue des champions, et ce n'est pas une surprise, ce n'est pas magique. Ils ont investi en nous, ils croient en nous, et on est là pour représenter ça du mieux possible.
On a vu la croissance du football féminin en Suisse l'été dernier, avec l'Euro. En quoi être de retour sur la plus grande scène européenne peut-il aider la ligue domestique à grandir de la même façon ?
On peut leur montrer le chemin, leur montrer la voie, mais si on ne veut pas investir, on ne peut rien faire. S'il y a une équipe qui représente la Suisse et qui montre à d'autres clubs qu'on peut accomplir des choses et rivaliser dans la meilleure compétition du monde pour un club, peut-être que ça les incitera à investir davantage, ou que la ligue ira chercher plus de sponsors. Je n'ai aucune idée de comment ça fonctionne exactement là-bas, mais je pense qu'il reste beaucoup de travail, si je suis honnête. Et c'est triste que parfois on joue dans un grand stade ouvert contre ces équipes-là, et que le week-end suivant, on joue sur un terrain de vache. Il y a un vrai déséquilibre entre les clubs qui essaient de pousser le football féminin et ceux qui se contentent juste d'avoir une équipe féminine. J'espère, je fais ce travail aujourd'hui pour les petites filles qui viendront après moi, et ça a eu un impact : l'Euro a eu un impact en Suisse, mais pas aussi vite qu'on le voudrait. Je pense qu'il y a plus de petites filles qui ont pris une licence de football cette année, j'en suis très fière, c'est une grande réussite. Mais j'espère que les clubs penseront davantage à l'avenir plutôt qu'au seul présent.
Face à Lyon, "apprendre des meilleures"
Comment analyses-tu Lyon, votre adversaire du soir, et leur parcours dans cette compétition ?
Je pense que c'est bien de commencer contre les meilleures adversaires de la compétition. C'est très dur, très fort. Commencer contre cette équipe, ça veut dire qu'on doit se battre, qu'on doit montrer qu'on est là aussi, qu'on mérite d'y être. On va rivaliser, on va se battre autant qu'on peut. Pour moi, Lyon est l'équipe la plus forte physiquement et techniquement, je ne dis pas ça parce que j'en viens. Elles ont une présidence qui pousse le football féminin, ça veut dire qu'elles ont un vrai soutien derrière l'équipe, et qu'elles sont là uniquement pour progresser et affronter cette adversité. C'est un plaisir pour nous, parce qu'on n'est pas à ce niveau-là, mais on peut apprendre de ce match. Et comme je le disais, on est là pour rivaliser, pas juste pour être une équipe qui a joué la Ligue des champions. On va se battre autant qu'on peut.
Tactiquement, à quoi vous attendez-vous de leur part, notamment avec des joueuses comme Jule Brand repositionnées plus bas sur le terrain ?
En Ligue des champions, il faut aligner les meilleures joueuses, donc on s'attend à leur meilleur onze, même si elles ont vingt très bonnes joueuses dans l'effectif. On s'attend à ce qu'elles jouent de façon très offensive, c'est une équipe très offensive. On s'y prépare, on va avec notre tactique face à la leur.
En tant que latérale, comment te prépares-tu, individuellement et collectivement, à affronter des ailières parmi les plus rapides et les plus dangereuses d'Europe ?
Dans notre championnat, on est l'une des meilleures équipes, donc on va forcément jouer différemment mercredi, ce qui est normal. Je pense qu'il faut apprendre à jouer différents modèles de jeu pendant le match, à s'adapter rapidement. Il faut aussi beaucoup réfléchir pendant le match, être compactes et rester soudées. Elles sont toutes très rapides, très fortes. Être compactes, ce sera déjà une bonne chose. Individuellement, je sais que je suis latérale et qu'elles sont rapides sur l'aile, donc la consigne du coach va être de rester compactes, comme je le disais, et d'essayer de gagner un maximum de duels.
"L'approche qu'on avait en 2021 n'est pas la même qu'en 2026"
Un mot sur ta jeune coéquipière Garance Nein, qui s'impose à 16 ans comme titulaire à Servette, avec des prestations abouties dès la phase de qualification ?
Beaucoup de talent, et la formation de Servette a justement permis d'acquérir ce genre de talent et de le faire progresser. Aujourd'hui, comme dirait Mbappé, on ne parle pas d'âge, qu'elle ait 16 ou 26 ans. Le but, c'est que si elle performe, elle joue avec l'équipe première. Elle montre déjà de très grandes choses, comme lors de la phase de qualification, où elle a marqué un but toute seule. On a un groupe homogène, avec de jeunes talents, ce mélange crée une très belle équipe, et on est fières de dire qu'on a de l'expérience, mais aussi beaucoup de talent appelé à encore évoluer dans le monde du foot.
Comment est-ce de jouer aux côtés de Gloria Marinelli et de Magdalena Sobal, qui ont été très solides durant la phase de qualification ?
C'est incroyable. Comme je le disais, on a des joueuses expérimentées, des jeunes, mais aussi des filles de différents pays qui apportent ce petit piment à l'équipe. On a des Italiennes, des Polonaises, des Françaises, tellement d'autres cultures. Amener ce feu italien sur le terrain, j'adore ça. Elle vient du championnat italien, donc elle a aussi ce piment-là. Elles nous ont beaucoup aidées pendant la phase de qualification, et elles vont continuer à nous aider pour cette phase de Ligue des champions aussi. On a hâte de jouer avec elles et de voir ce que ça va donner.
Tu faisais partie du groupe lors de la précédente campagne de Ligue des champions de Servette. Quels souvenirs en gardes-tu, et qu'est-ce que tu veux apporter de différent cette fois ?
La première fois qu'on s'était qualifiées, on était plutôt dans un état d'esprit "waouh, incroyable, c'est fou qu'on soit là". Cette année, j'ai plutôt l'impression qu'on mérite d'y être. Il y a eu cinq ans de travail, d'engagement, donc forcément, l'approche qu'on avait en 2021 n'est pas la même qu'en 2026. On est prêtes à rivaliser, on a six matchs, c'est une qualification différente, on a d'autres adversaires dont on peut aussi tirer quelque chose. On a vraiment hâte, et on est très prêtes, je peux le dire.
Et affronter Lyon, le club où tu as été formée, qu'est-ce que ça représente pour toi ?
Comme je le disais, c'est incroyable, je suis très heureuse. Je pense que s'il y avait une équipe que je voulais dans ce groupe, c'était Lyon. J'y ai grandi, j'y ai vécu, ma famille est de là-bas. C'est un moment très émouvant pour moi de savoir qu'on allait jouer contre Lyon. Pour moi, c'est la meilleure équipe d'Europe, et apprendre des meilleures, c'est incroyable. J'ai hâte de voir ce qu'on peut faire face à ces équipes-là.
"L'OL c'est un peu LE club favori"
En repensant à tes années de formation à Lyon, qu'est-ce que tu en as gardé, toi qui vas affronter Wendie Renard mercredi ?
Il faut croire, il faut aussi prendre du plaisir, parce que si tu joues au foot sans en profiter, à quoi bon ? En grandissant à Lyon, j'ai vu Wendie Renard, et dans deux jours, je vais l'affronter : ça veut dire qu'elle se bat depuis longtemps, elle n'avait pas le même environnement il y a vingt ans. L'argent dans le football féminin n'était pas le même il y a vingt ans. La voir se battre toutes ces années, aider les plus jeunes à avoir de meilleurs salaires, de meilleures conditions, ça veut dire beaucoup. J'essaie de faire pareil, d'être une référence pour les petites filles, notamment en Suisse. Wendie Renard, c'est l'image de Lyon, elle a montré la voie à beaucoup de joueuses, Selma Bacha aussi. Maintenant, elles sont un peu comme des grandes sœurs pour les petites sœurs, et je trouve ça beau d'avoir ça dans le football féminin. J'espère avoir aussi ça pour Servette.
Lors de la précédente campagne de Ligue des champions, Servette avait terminé avec zéro point, dans un groupe où Wolfsburg, Juventus et Chelsea avaient chacune onze points. Avec le nouveau format, qui vous fait aussi affronter des équipes du pot trois, penses-tu que c'est mieux pour la visibilité du football féminin ?
Je préfère ce format de Ligue des champions. Ça permet aussi de jouer contre des équipes différentes, et pas seulement d'enchaîner l'aller-retour comme on l'a fait en 2021, je trouve que c'est une bonne idée. Honnêtement, j'ai hâte de jouer contre toutes les équipes qu'on va rencontrer, je suis aussi très excitée à l'idée d'affronter le Barça. Mais si on est honnêtes, aujourd'hui, on a peut-être plus de chances de prendre quelque chose face aux équipes belge ou danoise, contre Paris FC ou face à la Roma. On est prêtes, on va essayer de rivaliser autant qu'on peut. L'objectif, comme je le disais, ce n'est pas de refaire 2021, zéro victoire, zéro but : l'objectif, c'est aussi de rivaliser et d'être plus fortes dans ce tournoi.
Dans quel état d'esprit abordez-vous, toi et le groupe, ce premier match contre l'un des grands favoris de la compétition ?
L'OL, c'est un peu le club favori. On a déjà affronté les deux finalistes de la Ligue des champions de l'année dernière. Ce sont de gros matchs, c'est ça, la Ligue des champions, il faut accepter nos adversaires. On a très bien travaillé pour ce match, on va se donner à fond. Le but aujourd'hui, ce n'est pas juste de mettre un pied sur le terrain, c'est d'y croire. Et si on n'y croit pas, pour moi, ça ne sert à rien d'y aller. Donc le but, c'est d'y croire, de se donner à fond, pour le maillot, pour nous, pour notre famille qui nous regarde. Et à la fin, on verra le résultat. Mais le but, c'est de ne pas abandonner, de se pousser les unes les autres, et on verra bien ce qui se passe après.
