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"C'est un diamant que l'on essaie de faire briller", pour son année 2 en Première Ligue, l'OM accélère

Mathilde Bourdieu et Maureen Cosson, les deux nouvelles co-capitaines de l'OM
Mathilde Bourdieu et Maureen Cosson, les deux nouvelles co-capitaines de l'OMOM

Un an après son retour en Première Ligue et son maintien dans l'élite arraché à l'avant-dernière journée, les Marseillaises entament une deuxième saison en ayant pratiquement tout changé. Nouvel entraîneur, nouvel effectif, nouvelles ambitions affichées : l'Olympique de Marseille assume vouloir passer un cap, sans pour autant griller les étapes.

La saison passée s'était terminée dans la douleur. Sous la houlette de Corinne Diacre, les Marseillaises n'avaient validé leur maintien qu'à l'avant-dernière journée, face au RC Lens, pour finir à la neuvième place du championnat. Depuis, tout ou presque a changé dans la section féminine de l'OM, où très peu des recrues débarquées sur la Canebière lors de l'année de la montée ont rempilé pour cet exercice 2026-27, qui se veut être la saison où l'OM passe un cap. La première recrue de l'été, c'était le coach, Nicolas Chabot, arrivé avec l'étiquette de meilleur entraîneur d'Arkema Première Ligue après la surprenante 4e place accrochée par son FC Nantes la saison passée. Et le Vendéen s'engage jusqu'en 2029.

"On se positionne chaque fois avec la volonté de se consolider, s'accélérer, mais avec un projet à moyen et long terme, explique le directeur général Stefano Petruzzo lors de la conférence de presse de présentation de l'entraîneur organisée ce vendredi au Vélodrome. Donc ça veut dire qu'on veut aller rapidement, mais sans brûler les étapes." Une trajectoire qu'il découpe en trois temps : la montée, puis la stabilisation la saison dernière, et désormais la recherche de compétitivité.

Nicolas Chabot avait pourtant d'autres pistes à l'étranger, lui qui se revendique amateur de football espagnol et anglais. Son choix s'est porté sur l'OM, alors qu'il estimait avoir fait son temps après douze saisons passées à Nantes : "À Marseille, je sentais quand même qu'il y avait un potentiel de travail, il y avait un potentiel pour aller chercher un peu plus que ce qu'il y avait à l'heure actuelle. Donc, j'y ai vu une marge de progression plus importante que ce que j'avais à Nantes."

Loin de vouloir tout reconstruire, l'entraîneur insiste sur la continuité structurelle avec le travail déjà engagé par le club : "Je suis pleinement dans la continuité sur le plan structurel. La direction ne m'a pas attendu pour mettre en place une stratégie clairement définie, clairement identifiée et se donner les moyens d'y arriver." Et de filer une image restée dans les esprits pour résumer sa mission : "On essaie de partir de cette base-là et de venir un peu peaufiner, de venir un peu... J'estime que tu as comme un petit diamant et tu viens un peu le tailler. Tu vois ce que je veux te dire ? Tu essaies de le faire briller. C'est un peu cette image-là que j'ai envie d'avoir."

FC Nantes bis ?

Impossible de parler du nouvel OM sans évoquer son accent nantais prononcé. Quatre joueuses ayant côtoyé Nicolas Chabot en Loire-Atlantique l'ont suivi sur la Canebière, à commencer par Maureen Cosson, ancienne capitaine du FC Nantes, mais aussi la gardienne internationale canadienne Emily Burns, l'internationale portugaise Nelly Rodrigues et Louise Fleury.

Maureen Cosson assume pleinement ce transfert collectif d'une partie du vestiaire nantais : "Moi, ça fait la quatrième année du coup que je suis avec Nico, surtout durant la prépa (...) On est quatre anciennes nantaises, donc on connaît le projet parfaitement. Donc, ça a été aussi notre rôle d'aider les filles à assimiler encore plus vite, de pouvoir échanger avec nous, de donner des conseils." Interrogée sur un possible sentiment étrange à retrouver autant de visages familiers loin de la Jonelière, elle tempère : "Bizarre non, parce qu'on l'a choisi. Je dirais que c'est plutôt agréable de retrouver les filles ici, de continuer un petit peu à partager ce qu'on a pu partager et puis à le faire dans des conditions différentes."

Nicolas Chabot lui-même reconnaît volontiers avoir puisé dans un vivier qu'il connaît par cœur, une logique de recrutement assumée collectivement avec sa direction : "Une fois qu'on définit ces profils-là, on avance ensemble (...) On discute ensemble de la stratégie moyen-long terme." Pour Salomé Elisor, arrivée elle pour la saison du retour de l'OM en Arkema Première Ligue l'année passée, il n'a jamais été question de former un clan à part : "Il n'y a pas eu de clans, de clans FC Nantes ou je ne sais quoi. En vrai, on est à l'Olympique de Marseille. Tout le monde s'est intégré comme nouveau dans ce club-là."

Un recrutement à l'échelle européenne

Au-delà du noyau nantais, l'OM a frappé fort sur l'ensemble du marché des transferts, avec un mercato XXL qui a vu l'effectif se renouveler massivement : 14 départs pour 15 arrivées. Le club a notamment rapatrié Claire Lavogez, milieu offensive internationale française de 32 ans, passée par l'OL Lyonnes puis la Real Sociedad, et forte de 35 sélections en équipe de France. Signature la plus symbolique de l'été, Maëlle Garbino, milieu offensive de 29 ans, a elle aussi rejoint la Canebière en provenance du Paris FC, où elle avait inscrit 16 buts en deux saisons. Un transfert qui a nécessité le paiement d'une clause libératoire, un fait suffisamment rare dans un football féminin français où la majorité des recrues se font en fin de contrat. Le recrutement s'accompagne d'une hausse salariale sans précédent au club : certaines recrues estivales dépassent désormais les 10 000 euros bruts mensuels, un plafond qui n'existait tout simplement pas la saison passée, où la joueuse la mieux payée du groupe plafonnait à 6 000 euros.

Nicolas Chabot précise que cette ampleur inédite du mercato n'a rien d'un caprice d'entraîneur, mais relève d'un travail collégial associant scouting, staff et direction financière : "Dans le process de recrutement, il y a le scout, il y a les deux adjoints, il y a le préparateur physique, il y a le directeur financier, il y a le directeur général (...) On essaie d'avoir un projet moyen-long terme, de construire aussi un effectif en se disant, voilà, il y a des valeurs sûres sur lesquelles on veut s'appuyer sur deux, trois ans." Ce chantier sportif s'est accompagné d'un changement à la direction sportive : le départ d'Antoine Ferreira, écarté de ses fonctions à l'issue de la saison, a été géré sans remplacement direct. "On n'était pas aligné sur la suite du projet ou des objectifs, mais il a un rôle et on le remercie", a expliqué brièvement Petruzzo, précisant que le club fonctionne désormais avec un comité de transfert collégial plutôt qu'avec un directeur sportif unique.

Nouveau projet ou continuité ?

Cette avalanche de mouvements pose une question qui traverse tout le vestiaire marseillais : l'OM vit-il une rupture ou la continuité d'un projet entamé la saison passée ? Les témoignages des joueuses divergent, révélateurs de leur ancienneté respective au club. Fraîchement débarquée, Maureen Cosson n'a aucun doute : "Beaucoup de recrues sont arrivées, beaucoup de joueuses, le staff aussi qui est nouveau (...) Donc ça fait beaucoup de choses nouvelles qu'il faut appréhender pour que tout fonctionne. Donc, on peut dire que c'est un nouveau projet complètement." À l'inverse, Salomé Elisor, présente lors de la saison de la montée, nuance fortement ce diagnostic : "Pour tous ceux qui étaient là l'année dernière, on sait que c'est surtout dans la continuité de ce qui a été déjà fait. Les ambitions n'étaient pas les mêmes l'an dernier, le club a travaillé pour pouvoir grandir davantage. Ça m'a paru naturel de prolonger parce que le projet est ambitieux."

Sur le terrain, l'assimilation du nouveau groupe s'est faite dans un temps record, à en croire les deux joueuses. Maureen Cosson raconte un stage en Espagne pensé pour souder le groupe avant même de parler football : "On a eu notamment une semaine de stage en Espagne où on a été vraiment dans des très bonnes cohésions (...) Ça a énormément aidé déjà à se connaître entre nous, à partager des moments. On a déjà créé des souvenirs tout ensemble." Le capitanat a d'ailleurs été repensé cette saison, partagé à quatre entre Cosson, capitaine à l'extérieur, Mathilde Bourdieu, capitaine à domicile, et Claire Lavogez et Nelly Rodriguez, toutes deux aussi intégrées au groupe des capitaines. Un dispositif que Chabot avait déjà expérimenté à Nantes et reconduit après "une analyse de réseau pour définir les capitaines, à savoir sur les leaders techniques, les leaders en termes de stratégie, les leaders avec l'institution".

Du côté de Salomé Elisor, l'intégration s'est jouée dans l'autre sens : celles qui connaissaient déjà la maison ont dû apprendre les nouveaux préceptes de jeu, quand les arrivantes apportaient leur connaissance du système Chabot. "Personne n'est arrivé, on va dire, en croyant supérieure. On avait tout à apprendre de chacune (...) La clé ? C'est d'arriver sans égo, en ayant une page blanche... Il n'y a aucun mauvais égo", décrit-elle.

Une identité de jeu assumée

Sur le plan tactique, Chabot revendique une identité claire, mêlant influence espagnole et goût du spectacle à l'anglaise, hérité de ses souvenirs d'enfance devant les matchs outre-Manche : "On essaie d'avoir à la fois le facteur technique, le facteur cognitif et le facteur associatif (...) J'ai envie de m'asseoir sur un banc et d'aimer ce que je vois." Il dit avoir été surpris par la vitesse d'assimilation de son groupe dès les premières séances : "La première séance, je me suis dit, on est dans un monde boulot. Et à ma surprise, ça a été beaucoup plus rapide que prévu."

Elisor, repositionnée dans un rôle plus patient au milieu de terrain, raconte comment s'est passée la transition avec le jeu prôné par Diacre la saison précédente : "Tu dois intégrer toutes les consignes du coach. Tu dois déconstruire aussi certaines choses que tu as apprises précédemment. Il y a beaucoup de similitudes avec le jeu à l'espagnol (...) On se régale à l'entraînement." C'est d'ailleurs pour elle le principal point de changement dans cette continuité marseillaise : "C'est un nouveau projet de jeu, pas un nouveau projet de club."

"Il a un style de jeu qui colle très bien avec la ville de Marseille, l'Olympique de Marseille, passionnant et dynamique, juge Petruzzo. Il a un staff extrêmement compétent et on peut le dire sportivement, évidemment, avec une attention pour la technique, la tactique et tous ces éléments-là, mais encore au niveau humain. Et ça colle aussi avec notre stratégie de recrutement qui en met l'humain avant tout." 

Cosson, elle, promet une filiation directe avec le jeu qu'elle a connu à Nantes : "On va retrouver un jeu de possession, une équipe qui voudra avoir le ballon, qui jouera un peu de la même façon. Il y a l'aspect tactique, il y a l'aspect terrain, mais il y a l'aspect humain qui rentre énormément dans son projet (...) Travailler dans la bonne humeur, forcément, c'est plus sympa. Ça fait avancer les choses aussi plus vite."

Ambitions mesurées

Malgré l'ampleur des moyens déployés, le discours reste unanimement mesuré en interne. Nicolas Chabot vise à "s'insérer dans cette première moitié" de tableau, un cap nettement plus ambitieux que le maintien arraché de justesse la saison passée, sans pour autant se fixer d'objectif chiffré : "Je pense que Marseille, de par tous les efforts qu'elle déploie d'un point de vue institutionnel, mais aussi financier et sportif, mériterait d'aller dans cette première moitié." Elisor résume l'état d'esprit du vestiaire : "On se met zéro pression en interne, on ne se donne pas d'obligation de résultat. On connaît nos qualités mais on ne se voit pas plus belles qu'on est... L'important, c'est de croire en nous, mais en gardant les pieds sur terre." Même prudence chez Maureen Cosson, qui refuse d'évoquer une quelconque ambition européenne : "On m'a présenté un projet à long terme, qui se développe sur plusieurs années (...) avec l'envie de bien faire les choses, de bien structurer (...) et puis forcément sur quelques années, essayer d'aller viser les places en haut du tableau. Mais doucement, avant de parler de Coupe d'Europe, il y a encore du chemin."

Autour du terrain, le club veut transformer l'engouement populaire né la saison dernière, marquée par un record d'affluence au Stade Vélodrome pour le premier match des féminines au Stade Vélodrome. Petruzzo confirme la volonté d'y retourner cette saison, sans encore officialiser de date : "On a un très grand envie de le faire (...) Mais on ne veut pas brûler les étapes." Un nouveau bâtiment entièrement dédié aux Marseillaises, avec vestiaires, salle de musculation et espace médical, doit également voir le jour, en complément d'un centre de formation tout juste lancé.

Face aux difficultés financières qui touchent régulièrement les sections féminines dans le football français, Petruzzo assure que l'OM n'a jamais eu la volonté de vendre sa section féminine comme d'autres clubs tricolores ont pu le faire : "On est parti avec un projet de construction à long terme, pour nous positionner dans les hauts paniers du paysage français, mais avec le temps. Et ça n'a pas changé avec les changements de direction (à la tête du club). (...) On a vraiment la chance d'avoir un propriétaire, M. Frank McCourt, et la direction qui nous soutient énormément. L'intérêt que le propriétaire et la direction ont pour les projets des Marseillaises et pour le foot féminin généralement, le bon travail que tout le monde a fait, ça nous a permis, avec la vision long terme, de continuer dans cette direction sans jamais mettre en doute le fait qu'on allait continuer."