Comment se passe ce début de saison, notamment sur le plan de la préparation physique ?
Roma Grinfan : Nous en sommes à notre septième semaine de préparation, après six semaines complètes de prépa et la fin de nos matchs amicaux, même s'il s'agissait de la Coupe LFFP, cela comptait surtout comme de la préparation la semaine dernière.
L'accession à la première division t'a-t-elle demandé de travailler davantage le physique ?
Il y a eu beaucoup de recrutement, avec onze ou douze nouvelles joueuses venues d'un niveau plus élevé, en France ou à l'étranger. Naturellement, elles ont amené plus d'exigence, et nous en avons mis aussi de notre côté : le niveau a forcément monté dès le début, avec plus d'intensité sur les séances, des séquences plus longues et davantage de musculation.
Justement, tu disais être en pleine séance de muscu. Vous en faites davantage depuis le passage en D1 ?
Durant toute la préparation, c'était obligatoire tous les jours. Avec une séance après chaque entraînement et depuis cette semaine le nombre de séances dépend de l'âge : les plus jeunes en ont quatre par semaine, moi qui suis dans la tranche intermédiaire j'en ai trois, et les plus âgées deux, avec des séances bas du corps, haut du corps et cardio. C'est un peu long la préparation, ce n'est pas une partie de plaisir, mais nous ne sommes pas le club qui en fait le plus : nous ne faisons pas beaucoup de foot sans ballon, donc ça va.
"On a pu remettre ce club où il mérite"
Tu as connu presque toutes les étapes avec Toulouse. Comment vit-on le fait de devoir rehausser son niveau aussi régulièrement ?
J'ai trouvé ça plutôt positif. J'ai eu la chance de sortir des U19 avec le club, à l'époque en R1 puis en D2, et donc d'avoir un peu de temps pour me mettre à niveau, contrairement à des U19 aujourd'hui qui doivent directement se mettre au niveau de la D1. Progresser année après année, c'est une chance. Beaucoup de joueuses arrivent et apportent leur expérience et moi personellement à mon poste, je me suis servie de ces joueuses-là comme exemple. Elles savent des choses qu'on ne connaît pas forcément et elles ont vécu des choses que nous n'avons pas vécu. Et c'est sûr qu'être encore là après toutes ces années, c'est que du bonheur, mais il faut s'accrocher : chaque saison, entre guillemets, notre place est remise en jeu et il faut prouver quelque chose chaque année.
Tu es à quelques jours du premier match en D1, du retour de Toulouse dans l'élite. Comment te sens-tu ?
J'ai hâte, personnellement. Quand je suis arrivée au club, les filles n'évoluaient déjà plus en D1, donc je trouve formidable qu'on ait pu remettre ce club là où il mérite d'être, et surtout de pouvoir le vivre. Je pense que cela va développer quelque chose du côté des supporters, une envie particulière : inconsciemment, les personnes qui ne connaissent pas le football féminin n'allaient pas spontanément voir les filles jouer en D2, alors que le fait d'affronter des joueuses plus connues, sélectionnées en équipe nationale, va sans doute développer la visibilité du football féminin à Toulouse.
Vous allez déjà jouer au Stadium contre Le Havre, ce qui est très encourageant.
Oui, c'est ça. Quatre matchs au Stadium sont prévus cette saison et on commence dès la semaine prochaine. Ça donne envie, c'est un truc en plus !
Qu'est-ce que cela représente de jouer au Stadium en évoluant en D1 ?
Il m'arrive d'avoir un petit temps de réalisation quand j'y entre : l'évolution du club est incroyable, quand on pense que nous ne faisions pas partie, il y a cinq ans, des clubs sur lesquels on aurait misé pour être en D1. Nous nous battions alors pour les barrages en D2 contre des clubs qui, aujourd'hui encore, évoluent en R1 ou en D3. Faire partie de ces 12 équipes qui sont dans l'élite, je trouve ça incroyable. Cela montre que tout le travail invisible du club, notamment celui de la formation, a fini par payer.
"J'ai coché un rêve sur ma liste"
Avant le match de la montée, tu avais confié que jouer en D1 était le rêve de ta vie. Qu'est-ce que cela fait de le vivre ?
C'était vraiment incroyable. Jouer en D1, je pense que c'est un rêve pour toutes les filles qui commencent le football, mais jouer en D1 avec le club dans lequel j'étais en U13... La sensation était incroyable au moment de la montée, j'ai mis du temps à réaliser, mais j'ai coché un rêve sur ma liste.
Quels autres rêves te reste-t-il ?
Je les garde pour moi. S'ils sont dévoilés trop tôt, ils ne se réalisent pas.
Tu étais l'une des "pitchounes" du groupe, et il n'en reste plus beaucoup par rapport à la saison passée. As-tu envie de profiter de cette saison en Arkema Première Ligue pour elles aussi ?
Il y a eu beaucoup de départs cette année, et c'est parfois compliqué, car ce sont des filles avec qui j'ai grandi. Mais elles avaient d'autres projets ailleurs, et c'était certainement le mieux pour elles : quand j'entre sur le terrain, je me dis que j'ai vraiment de la chance de faire encore partie de cette équipe, alors que beaucoup d'autres n'y sont plus. Je joue aussi pour celles qui ne sont plus là.
Quand tu as commencé, en U13, imaginais-tu porter un jour ce maillot en D1 ?
Non, je ne me projetais pas du tout aussi loin. En U13, nous n'étions que huit pour jouer à huit, il y avait très peu de structures et l'équipe première venait de descendre en D2 avec très peu de moyens : l'idée de remonter un jour en D1 pour jouer au Stadium était bien trop loin dans mon esprit.
Rêvais-tu, à l'époque, de devenir joueuse professionnelle ?
Non, franchement. Ce serait même mentir de dire que c'était le rêve de la petite fille que j'étais, parce que cela n'existait tout simplement pas dans ma tête : les filles qui jouaient en D2 travaillaient la journée, s'entraînaient le soir très tard et enchaînaient des déplacements compliqués. Je n'avais jamais vu cette perspective se concrétiser, contrairement à aujourd'hui, où les petites filles que je croise disent vouloir devenir footballeuses professionnelles. Moi je ne connaissais pas ça.
"Je suis avant tout une supportrice et une fan du TFC"
Quand tu croises des petites filles aujourd'hui, es-tu devenue leur modèle ?
Chez les U11 et U13 du Téfécé, oui, c'est le cas. Ce qui me fait plaisir, c'est de leur montrer qu'on peut passer par les U13 du club et se retrouver là où j'en suis aujourd'hui. Ce n'est pas le cas dans tous les clubs : beaucoup, avec le développement du football féminin, recrutent plutôt que de miser sur la formation. Dans notre équipe, plusieurs filles sont passées par les U19 et les U15 du club, qui ont été recrutées très tôt, y compris ce week-end encore, ce qui donne de l'espoir aux filles du club.
Tu es celle qui est là depuis le plus longtemps. Fais-tu vivre cet esprit et le transmets-tu au fil du temps ?
J'essaie, avec Lou (Jumère) et Pauline (Pardon) notamment. Ces valeurs nous tiennent vraiment à cœur : on essaie de garder l'amour du maillot et de faire venir des filles qui le partagent. Le staff y est aussi très attentif, que ce soit le président ou Antoine Gérard : ils font attention aux joueuses qu'ils font venir et aux valeurs qu'elles incarnent.
Est-ce un sujet dont on te parle souvent ?
Oui, c'est même une phrase qui revient particulièrement au club.
Comment décrirais-tu ton lien avec le club ?
Au-delà du club, c'est ma ville : je suis née ici, mes parents y vivent, et c'est rare, car beaucoup de filles doivent quitter leur famille. Ce n'a pas été mon cas. Pour ce qui est du club, j'ai une telle attache que si je n'y étais plus, j'achèterais quand même le maillot tous les ans : je suis avant tout une supportrice et une fan du TFC.
C'est le rêve de ta vie.
Voilà, c'est exactement ça. Avec le petit patch Arkema Première Ligue qui vient ajouter sa touche, cela fait d'autant plus plaisir.

Tu l'as déjà porté, ce maillot avec le patch ?
Oui, nous l'avons déjà mis, et la première fois qu'il est apparu dans le vestiaire, ça a fait la différence.
"Ça fait 12 ans que j'ai le même coach !"
Tu as connu le club de la D3 à la D1. Qu'est-ce qui a changé dans cette évolution ?
Il y a d'abord eu énormément de changements de joueuses, de la R1 à la D3. On n'a pas changé de coach, ce qui est rare. Moi ça fait 12 ans que j'ai le même coach ! Nous avons gardé le président et le coach, mais le reste du staff a changé, et les structures ont évolué : elles évolueront encore davantage avec l'arrivée du centre de performance, prévue en décembre ou janvier. Nous avons désormais un team manager qui s'occupe de toute l'intendance sur les déplacements, une communication qui s'est développée avec un poste dédié, une salle de musculation, de la préactivation, une salle vidéo : tout l'extra-sportif s'est développé. Les horaires ont changé aussi : tout le monde a un contrat professionnel quasiment, nous nous entraînons en journée, comme dans une journée de travail normale, entre guillemets, alors qu'avant nous nous entraînions le soir, plutôt tard, sans musculation, avec des déplacements en minibus.
Tu as connu, en D3, des joueuses plus âgées qui sortaient du travail pour venir s'entraîner ?
Oui, tout à fait. Il y avait beaucoup d'étudiantes à l'époque, et beaucoup de filles qui travaillaient : très peu étaient professionnelles. Au moment de la montée de R1 en D2, il n'y avait que deux contrats professionnels, contre seize cette année, plus un mi-temps, en plus de primes que nous n'avions pas avant : une vingtaine de filles vivent aujourd'hui du football comme d'un métier.
C'est un peu l'histoire de l'évolution du football féminin ces dernières années.
Complètement. C'est aussi pour cela que je dis avoir eu la chance de passer par toutes les étapes : le football féminin évolue très vite aujourd'hui, ce qui est une très bonne chose même s'il reste des progrès à faire. Mais j'ai tout connu, j'ai le temps de me mettre à la page autant sportivement que dans le club.
Dans un podcast, Solène Champagnac expliquait que la D2 était plus difficile que la D1. Qu'en penses-tu, toi et les nouvelles arrivantes ?
Cela dépend des joueuses et des postes : ce qu'on dit surtout, c'est que la D2 est très physique, sans doute un peu moins tactique, entre guillemets on se pose moins de questions. Mais tant que je n'aurai pas vécu l'expérience des deux championnats, je ne peux pas vraiment me prononcer. On en reparlera dans un an.
"À partir de 13h je suis footballeuse, avant je suis étudiante"
Tu mènes un double projet, ce qui devient rare dans le football féminin aujourd'hui. Comment gères-tu cela au quotidien, y compris désormais en D1 ?
Je suis en quatrième année de médecine, que je fais sur deux ans, donc c'est ma deuxième quatrième année, avec des aménagements prévus entre ma faculté et le club. Je coupe mes journées en deux. Nous nous entraînons l'après-midi à partir de 13 heures : à partir de cette heure-là, je suis footballeuse, et avant, je suis étudiante, en cours ou en stage le matin. C'est plutôt du côté des études que j'ai choisi de diviser mon temps, pour pouvoir m'entraîner tous les jours comme les autres. Mon temps libre est réparti différemment.
Ton contrat a été prolongé jusqu'en 2029 : est-ce lié à tes études ?
En partie. Je suis en quelque sorte "bloquée" à Toulouse, puisque si je décide de poursuivre mes études, elles se dérouleront ici pour les trois prochaines années. Signer jusqu'en 2029, c'est une forme de protection pour moi en tant que footballeuse, mais aussi un pacte avec le club, puisque cela garantit que je reste, que ce soit en cas de descente ou de maintien. C'est une collaboration qui m'arrange autant qu'elle les arrange.
Le club te soutient donc pleinement dans ce double projet ?
À 100%. Il est au courant de tout ce que je fais, mais aussi qu'il s'agit plutôt de mes études que je sacrifie, entre guillemets, puisque je les fais en deux ans, alors que pour le football, je fais exactement comme tout le monde. J'ai fait un petit choix, mais je n'ai pas prévu d'abandonner mon double-projet. Ce n'est pas le cas de tous les clubs, et je ne peux que les remercier : ils sont très ouverts aux aménagements, et ma faculté aussi a été très compréhensive. Même si les stages restent compliqués : partir à midi et demi, ce n'est pas toujours simple.
Dans une vidéo réalisée avec le club, on voyait que ton coach Antoine Gérard suivait tous tes examens. Est-il toujours autant derrière toi ?
Oui, complètement. J'ai toujours le droit à un message le matin avant les partiels et un autre le soir, depuis ma première année. Il sait que je veux devenir médecin tout en vivant ma vie de footballeuse et je pense qu'il fait de son mieux pour que je puisse mener les deux de front.
"Quand je suis au football, je ne pense pas à la médecine, et quand je révise, je pense très rarement au football"
Tes études t'aident-elles au quotidien, notamment dans la gestion des blessures, et est-ce que cela fonctionne aussi dans l'autre sens, sachant qu'il y a également beaucoup de pression en médecine ?
Cela m'aide énormément, même en dehors de ça. J'ai eu la chance, et je touche du bois, d'avoir eu très peu de blessures jusqu'ici. Mais cela m'aide surtout dans mon équilibre de sportive, le fait de faire autre chose : on est professionnelles, mais on ne se rend pas toujours compte de la charge mentale que représente le fait de devoir constamment regagner sa place, chaque semaine on repart à zéro. On y pense tout le temps. Suivre mes études me permet vraiment de switcher de temps en temps, et cela m'enlève un peu de la pression sportive. Dans l'autre sens, cela me fait aussi relativiser : quand je suis au football, je ne pense pas à la médecine, et quand je révise, je pense très rarement au football. Les deux me permettent d'accepter ce qui se passe dans l'autre, que ce soit positif ou négatif.
Tes études t'aident-elles aussi dans la compréhension de ton corps ? As-tu mis en place des choses issues de la médecine ?
J'étudie pas mal la nutrition, le sommeil, et cela me fait prendre conscience de tout le travail extra-sportif qui ne se voit pas, mais qui aide énormément à la récupération et à la prévention des blessures grâce à la musculation. Quand on est jeune, on pense que ce sont des détails, alors qu'on ne se rend pas compte de la différence que cela fait sur la durée. Dans notre équipe, il y a une joueuse, Julie Rabanne, qui a trente-sept ans : je pense que pour être encore là à cet âge, tout ce travail extra-sportif a énormément servi.
Cela te sert-il aussi pour tes coéquipières, quand certaines se blessent en cours de saison ?
Nous avons des kinés, notre capitaine est elle-même kinésithérapeute, donc elle s'occupe de nous. Mais oui, même si j'espère que cela ne m'arrivera pas, si un jour je me blesse, j'aurai suffisamment appris sur le corps pour savoir où j'en suis et bien me connaître.
"Devenir pédiatre c'était un rêve plus probable que de devenir joueuse professionnelle"
Ton rêve était-il donc autant de devenir joueuse professionnelle que pédiatre ?
Pratiquement, oui. Devenir pédiatre, c'était un rêve, cela me fait rêver, mais c'était un objectif plus probable que celui de devenir joueuse professionnelle. Je pense que le fait de devenir joueuse professionnelle m'a procuré une plus grande sensation, un plus grand bonheur, parce que c'était moins prévisible. Mais au final, je serai tout aussi heureuse le jour où je serai pédiatre.
Est-ce que les déplacements changent quelque chose pour tes études, par exemple par rapport à la D2 ?
Pour moi, la vraie différence, c'est que nous jouons désormais le samedi, donc les déplacements se font dès le vendredi : c'est la seule chose qui change réellement pour mes études et qui reste un peu contraignante. Sinon, c'est à peu près pareil : entraînement l'après-midi, musculation ensuite, et les déplacements ne changent pas grand-chose au reste.
Comment tes coéquipières réagissent-elles au fait que tu sois en études, en plus de ton travail de joueuse ?
Elles sont contentes pour moi. Elles ont presque toutes un diplôme obtenu après le bac, même si c'était plus court, donc elles ont toutes eu un projet parallèle. Il n'y a jamais eu de point négatif : tout le monde a toujours accepté cela et m'a toujours laissée travailler tranquillement.
Cela doit susciter la curiosité, notamment chez les nouvelles arrivantes : ce n'est pas si fréquent d'avoir une joueuse en médecine dans un club.
Non, ce n'est pas fréquent, mais elles sont vite mises au courant et cela se passe bien. Dans le bus, elles m'aident même à réviser à leur façon : elles baissent la musique et attendent que j'aie fini.
"J'ai hâte de commencer"
Sur le plan sportif, qu'est-ce que la D1 va te demander de plus par rapport à ce que tu as connu jusqu'ici ?
Je ne sais pas encore précisément, puisque je n'ai pas encore connu ce championnat, donc je ne connais pas encore les points qui pourraient me manquer. Mais j'essaie de me mettre plus d'exigence : je sais que j'avais du temps de jeu en D2 et que je commence un nouveau championnat face à des filles qui l'ont déjà vécu. J'ai hâte de commencer, parce qu'on ne peut que progresser en changeant de championnat : passer de la D3 à la deuxième division m'avait déjà beaucoup fait progresser en deux ans, et j'espère que ce sera pareil avec la D1.
Y a-t-il une joueuse qui est arrivé et et qui t'a particulièrement inspirée ?
À mon poste, c'est Christy Gavory, qui évoluait au Havre et qui a beaucoup d'expérience en D1. Il y a deux ans, quand nous avions joué contre Le Havre, je l'avais trouvée très forte, et j'avais dit à mon coach que c'était une très bonne joueuse, en espérant un jour jouer comme elle. Aujourd'hui, elle nous rejoint, ce qui me fait très plaisir, et j'essaie de m'inspirer au maximum d'elle, en espérant avoir un jour autant de matchs qu'elle en D1.
À quoi t'attends-tu pour ce premier match en D1 ?
Je m'attends à de la bagarre. Déjà c'est un derby, donc c'est important : un derby, ça se gagne. Je pense que nous sommes deux équipes qui viseront normalement la même partie du championnat, et qui ont très envie de prendre des points dès le premier match pour se mettre en confiance. Je m'attends donc à beaucoup de duels.

Vous vous êtes fixées un objectif, ou est-ce simplement un objectif maintien ?
Le plus de points possible. Cela rejoint le maintien, mais nous ne nous fixons pas comme objectif une dixième place : notre objectif, c'est de gagner le plus de matchs possible.
Nantes, la saison dernière, a terminé quatrième sans s'être fixé d'objectif précis au départ, et cela s'est plutôt bien passé.
Je pense que cela ne sert à rien de se dire qu'on vise la dixième place. En se fixant l'objectif d'aller le plus haut possible, j'espère qu'on terminera au moins dixièmes : on vise le plus haut, en fonction de nos ressources.
"Nous voulons que les joueuses se rappellent grâce à qui le club est là"
Comment se passe l'intégration au sein du groupe, avec autant de recrues ?
Tout le monde s'est très bien intégré. Trois filles ne parlent pas français à la base, mais elles apprennent et se sont très bien intégrées aussi : tout le monde a fait des efforts, des deux côtés. Cela s'est fait naturellement, certaines connaissant déjà des joueuses du club. Il y a toutes les tranches d'âge, toutes les nationalités, tous les clubs, mais le stage de préparation nous a beaucoup aidées à souder le groupe et pour l'instant il n'y a aucun problème. Tout va bien !
On a l'impression, en vous suivant sur les réseaux sociaux, que vous vous amusez bien.
C'est vraiment le cas, nous ne faisons pas semblant. Il y a des moments de rire et de détente, mais nous arrivons aussi à installer de l'exigence : il y a des leaders dans le groupe qui aident les plus jeunes. Pour l'instant, tout se passe bien.
Quelle est ta place dans le groupe ?
Nous sommes un groupe de cinq capitaines, dont je fais partie, avec Lou (Jumère), parce qu'on est celles qui sont là depuis le plus longtemps. Ce qui nous tient vraiment à cœur, c'est de préserver les valeurs du club et de faire en sorte que l'identité du club perdure dans le temps, même quand nous ne serons plus là. Avec les quatre autres capitaines, nous essayons de régler un maximum de problèmes, notamment sur la communication entre le staff et les joueuses... On a des leaders de toutes sortes dans le groupe, que ce soit des leaders de terrain, de vestiaire. On essaie qu'il y ait tout le temps à un moment une fille qui prenne la parole, qui fasse passer les messages. Et pour l'instant on le fait plutôt bien.
Quelles sont, selon toi, les valeurs du TFC que tu essaies de transmettre ?
Le football, et le football féminin en particulier, se développe, les projets individuels aussi, et c'est normal : il y a beaucoup plus de changements de club qu'avant, des filles qui partent loin de chez elles. Ce que nous voulons faire perdurer, c'est cet amour du maillot et du club. Qu'elles se rendent compte de tout ce qui fait que nous sommes aujourd'hui en D1 : les dirigeants, les bénévoles, les salariés... Qu'elles se rappellent grâce à qui le club est là. Nous sommes 24 ou 25 à jouer cette saison, mais il faut se rendre compte qu'il y a eu des centaines de filles avant nous, qui ont vécu la R1, la D2, la D3, qui ont fait monter le club. C'est le message que j'ai envie de transmettre : cette année, c'est nous, mais avant c'était d'autres, et après ce sera encore d'autres. Ce qui nous unit toutes, c'est le maillot.
"J'aimerais vraiment que le club parvienne à rester le plus longtemps possible en D1"
Est-ce quelque chose qu'on t'a enseigné, ou quelque chose que tu ressens simplement en vivant au sein du club ?
J'ai eu une ancienne capitaine, Margaux Lissarre, qui, avec Lou, nous a enseigné beaucoup de choses, notamment cet amour du maillot. Nous l'avons senti directement en arrivant en équipe première. Bien sûr, cela évolue, et nous ne pourrons pas le préserver exactement tel qu'il était, mais nous pouvons transmettre les valeurs que nous avons ressenties au moment de notre arrivée en senior.

Quel est ton rêve avec le TFC ?
Faire monter le TFC en D1 était un grand rêve, mais je pense qu'il est désormais très important de maintenir ce niveau, pas seulement sur une saison. J'aimerais que le club s'installe durablement en D1, un peu comme cela s'est passé pour les garçons : l'année de leur descente en Ligue 2, c'était vraiment bizarre de se demander ce que Toulouse faisait en Ligue 2. J'aimerais que ce soit la même sensation si, un jour, malheureusement, nous redescendons : qu'il faille remonter tout de suite, plutôt que de se satisfaire d'être monté une seule fois. J'aimerais vraiment que le club parvienne à rester le plus longtemps possible en D1.
On a le sentiment, en écoutant ce qui se dit autour du club, que celui-ci a fait beaucoup pour en arriver là.
Oui, c'est le cas. Avec tout ce qui se passe dans le football féminin, que ce soit à Dijon ou dans d'autres clubs, c'est difficile de se dire que tout ne dépend que de nous. Mais pour l'instant, nous sommes suivies par le club, nous l'avons été pour en arriver là, donc il n'y a pas de raison de s'inquiéter.
Pourrais-tu imaginer remporter un titre avec le TFC un jour ?
Je n'en suis pas encore là dans ma tête. Mais bien évidemment, pourquoi pas.
"Il m'arrive, dans mon lit, de me dire que c'est incroyable"
Tu n'as pas écrit l'histoire du club seule, mais tu fais clairement partie de celles qui ont tout connu.
Oui, tout a avancé. Nous avons disputé nos premiers matchs au Stadium, ce qui était aussi une révolution : à l'époque, les filles n'avaient jamais joué au Stadium. Cette année, nous y jouerons quatre fois, contre trois la saison dernière, et j'espère qu'un jour ce sera chaque week-end. Nous sommes en D1, ce qui n'était plus arrivé depuis tellement longtemps, et la dernière fois que le club évoluait en D1, ce n'était pas vraiment un contexte professionnel : on peut donc dire que c'est une première pour le club d'être en D1 dans un football désormais professionnel.
Tout cela s'est fait en assez peu de temps : cela doit être difficile à réaliser pleinement.
Il m'arrive, dans mon lit, de me dire que c'est incroyable. J'ai hâte d'être à samedi, parce que j'ai hâte de réaliser tout ce chemin parcouru pour en arriver à ce moment.
Les supporters t'en parlent, de tout cela ?
Nous avons des supporters qui nous suivent et qui sont vraiment formidables, certains font même les déplacements. On voit qu'ils sont très heureux, et cela fait plaisir de vivre tout cela pour eux aussi. Au match de la montée, les Indians étaient présents, avec une très belle pancarte. Cela fait plaisir de voir des gens qui nous suivent, qui prennent du plaisir avec nous et avec qui nous partageons tout ce que nous vivons.
Ton énergie doit être communicative dans le groupe.
J'essaie. Il y a un peu d'appréhension parce que tout est nouveau. Vivre ce match, avec ce logo, avec ce petit patch Arkema Première Ligue, je ne le lâcherai pas, et en plus un derby à Montpellier, avec des proches pas très loin qui viendront : tout est réuni pour passer une très bonne journée.
Selen Altunkulak, quand je l'avais interrogée à la fin de la saison dernière après votre montée, m'avait dit que Lou (Jumère) et toi étiez des légendes du club. Tu es d'accord ?
Légende, c'est un grand mot, mais on peut dire qu'on fait partie des murs.
