Max Anchor, le quatrième gardien infiltré qui a guidé la Belgique à Seattle

Max Anchor, le quatrième gardien infiltré qui a porté la Belgique à Seattle
Max Anchor, le quatrième gardien infiltré qui a porté la Belgique à SeattleReuters

Rien ne prédestinait Max Anchor, jeune gardien de 21 ans évoluant dans la réserve des Seattle Sounders, à croiser la route des stars du football mondial. Pourtant, à la faveur d'un concours de circonstances improbable à l'aube de la Coupe du monde, le Canadien s'est retrouvé propulsé durant un mois dans le quotidien de l'équipe nationale de Belgique. Récit d'une intégration express, entre haie d'honneur, cours de langues improvisés et arrêts face à Lukaku.

Il y a un an, Max Anchor tentait sa chance en prêt à Pacific FC, en Canadian Premier League. Cet été, le gardien canadien de 21 ans s'est retrouvé à s'entraîner aux côtés de... Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku, la veste des Diables Rouges sur le dos, dans le cadre le plus improbable qui soit : le centre d'entraînement de son propre club, les Seattle Sounders, transformé pour l'occasion en camp de base belge pour la Coupe du monde.

Formé du côté des Vancouver Whitecaps, où il n'aura disputé qu'un seul match professionnel, Anchor a vu son option 2026 être levée à la baisse par le club, avant d'être récupéré par les Sounders via la procédure des renonciations de fin d'année. Depuis, le natif de Surrey, en Colombie-Britannique, évolue surtout comme titulaire du côté de Tacoma Defiance, l'équipe réserve de Seattle en MLS Next Pro, où il occupe le rang de troisième gardien dans la hiérarchie du club derrière Andrew Thomas et Stefan Frei. Rien, sur le papier, ne le destinait à croiser la route d'une sélection nationale, sinon un concours de circonstances entre Rudi Garcia et RB Leipzig.

Le sélectionneur des Diables Rouges aime en effet travailler à quatre gardiens à l'entraînement, pour ne laisser personne à l'arrêt lors des séances. Son choix s'était initialement porté sur Maarten Vandevoordt, mais son club allemand a refusé de le "mettre à disposition". Sounders et Belgique ayant déjà un lien via le centre d'entraînement prêté à la sélection pour tout le Mondial, la solution est venue de l'intérieur.

Anchor raconte comment la nouvelle lui est parvenue, d'abord de façon informelle : "Il y a 4-5 semaines, notre entraîneur des gardiens a évoqué le fait que quand la Belgique viendrait s'entraîner ici, il était possible qu'ils aient besoin de quelqu'un pour faire nombre car leur coach aime travailler avec quatre gardiens. Ce n'était rien de concret mais c'était une possibilité, et c'était donc dans un coin de ma tête."

Une place dans le vestiaire, juste à côté de Courtois

Puis l'appel est arrivé, presque par surprise : "Je revenais de mon break à Vancouver et j'ai demandé si c'était possible de m'entraîner avec Tacoma. Ils m'ont dit que j'allais plutôt m'entraîner avec l'équipe nationale belge, et que ce serait certainement un meilleur niveau", rigole-t-il. Dans l'interview accordée à la chaîne des Sounders, il resitue l'épisode avec les mêmes mots que ceux employés côté belge : "Je parlais avec Tommy (l'entraineur des gardiens des Sounders, ndlr) il y a deux ou trois semaines, de l'éventualité qu'ils demandent un quatrième gardien juste pour l'entraînement. On ne savait pas grand-chose de ce qui se passait, et puis il y a environ trois jours, il m'a dit : 'Je sais qu'on est en pause, mais est-ce que tu peux revenir, la Belgique a besoin d'un gardien.' J'ai tout lâché et je suis rentré."

Une fois sur place, le jeune gardien pensait filer droit vers le vestiaire de Tacoma, celui de la réserve, comme de coutume puisque les Belges occupaient celui des Sounders. On l'a vite rattrapé : "Les Belges m'ont dit que comme je m'entraînais avec eux, je devais aller avec eux aussi dans le vestiaire." Sa place s'est retrouvée être juste à côté de celle de Thibaut Courtois. "Il y a pire", sourit-il.

L'accueil, dit-il, a dépassé ce qu'il imaginait. Sur la chaîne des Sounders, il confie : "C'était vraiment bien. Je ne savais pas à quoi m'attendre en arrivant, mais les joueurs étaient super accueillants, le staff aussi, donc c'était super. J'ai vraiment adoré." Il insiste sur ce point dans chacune de ses prises de parole, y compris a posteriori : "Le plus impressionnant est vraiment de voir à quel point tout le monde a été si accueillant. On voit que c'est un groupe très soudé, mais ils m'ont vraiment accueilli à bras ouverts." Courtois confirme cette dynamique de groupe côté belge, évoquant une solidarité propre à la corporation des gardiens : "On essaie de l'aider, de l'accueillir. Je pense que chez les gardiens, on forme une seule famille, et ça a toujours été comme ça. C'est un gars sympa, qui veut apprendre, faire de son mieux, et les joueurs ont été plutôt impressionnés qu'il ait fait de bons arrêts."

Des exercices de finition face à De Bruyne et Lukaku

Sur le terrain, Anchor a surtout été utilisé pour équilibrer les groupes lors des petits jeux et des exercices de finition, un rôle logique pour un quatrième gardien. Il décrit une intensité à la hauteur de l'enjeu : "Surtout que c'est la plus grande scène du monde, la Coupe du monde. Donc tout est une question d'automatismes. Il y avait beaucoup de finition, beaucoup de jeu à effectif réduit, donc c'était surtout prendre du rythme, intégrer les informations tactiques, et être prêt pour le premier match."

Se retrouver à devoir repousser les frappes de joueurs qu'il regardait à la télévision quelques années plus tôt le laisse encore un peu incrédule : "J'essaie de retirer un maximum de cette expérience, de noter tous les petits détails qui font que ces gardiens sont au niveau où ils évoluent actuellement. Ils ont été très agréables, tous les trois, mais aussi les autres joueurs, notamment des stars comme Lukaku et De Bruyne. C'est un peu surréaliste, ce sont des gars que j'ai regardés jouer en grandissant et je me retrouve à essayer d'arrêter leurs frappes."

Une approche qu'il résume comme un travail d'observation permanent, presque studieux, au contact des trois portiers officiels du groupe, Courtois, Senne Lammens et Mike Penders : "J'essaie juste de tout prendre, de voir comment ils s'entraînent, comment ils se comportent, tous les petits détails. Ils ont été vraiment, vraiment bons, tous les trois. Donc c'est surtout regarder ce qu'ils font, comprendre pourquoi ils sont à ce niveau, et essayer de retenir un maximum de petites choses."

Sur Courtois en particulier, qu'il observe désormais au quotidien à l'entraînement, il reste presque admiratif face à la facilité apparente du champion du monde 2018 et pilier du Real Madrid depuis près d'une décennie : "C'est dur de reproduire ce qu'il fait. Il a l'air de ne même pas forcer la moitié du temps, mais j'essaie de faire de mon mieux."

Un vestiaire polyglotte et un rêve éveillé

Anchor s'est aussi frotté à la diversité linguistique propre à une sélection nationale, lui qui ne parle pas un mot de néerlandais en arrivant : "Il y a plein de langues différentes ici. On a un mélange de tout, de l'italien, de l'espagnol, du français, ce que vous voulez. Je vais clairement me mettre à Duolingo ce soir. Peut-être que je vais en apprendre un peu plus, mais la plupart des gars parlent anglais, donc ça s'est bien passé."

Sur l'ensemble de son passage, il revient à plusieurs reprises sur le caractère irréel de la situation, un sentiment qui semble ne jamais vraiment se dissiper : "Ces dernières 48 heures ont été un peu un rêve, un peu fou, pouvoir s'entraîner avec certains des meilleurs joueurs du monde", confiait-il au Seattle Times dès ses premiers jours dans le groupe.

Quelques semaines plus tard, alors que l'expérience se prolonge bien au-delà du simple match contre l'Égypte, le constat reste identique : "J'essaie encore de comprendre moi-même ce qui se passe. Ces derniers jours ont été fous, et en même temps c'est un vrai rêve : avoir l'opportunité de s'entraîner avec quelques-uns des meilleurs joueurs du monde, avec l'un des meilleurs gardiens de but de tous les temps. Je suis très reconnaissant de cette opportunité." Et d'ajouter, sur la chaîne des Sounders, en évoquant sa proximité avec Courtois : "C'est un peu un rêve devenu réalité de m'entraîner avec lui, d'être assis à côté de Thibaut Courtois. Si vous m'aviez dit ça il y a quelques années, je vous aurais ri au nez, donc j'en profite vraiment."

Une parenthèse refermée en haie d'honneur

Le 4 juillet dernier, la Belgique a acté le départ de son Diable Rouge d'adoption, deux jours avant son 8e de finale face aux États-Unis qui se jouera pourtant à Seattle, où joue et vit le portier canadien. "Il y a une règle qui veut qu'à l'approche des matchs, ils ne puissent plus intégrer de joueurs externes. Ils vont aussi commencer le travail tactique spécifique", révélait-il dès sa première semaine.

Max Anchor a quitté le groupe après un peu moins d'un mois passé à graviter autour de la sélection. La fédération belge elle-même a tenu à saluer ce quatrième gardien "prêté" par les Seattle Sounders et les souvenirs impérissables qu'il emporte de ce court passage au cœur du groupe. Les images qui accompagnent l'annonce en disent long sur l'intégration réussie du jeune Canadien : une haie d'honneur, des sourires, des accolades, comme s'il avait toujours fait partie intégrante de la délégation belge. Anchor referme ce chapitre avec la même gratitude qui a marqué tout son discours depuis le premier jour : "Ça a été super cool et je suis juste super reconnaissant d'avoir pu vivre ça."

Le Canadien n'est pas un cas isolé cet été : d'autres joueurs issus du giron nord-américain, comme le milieu de Cavalry FC Maël Henry convié par le Canada de Jesse Marsch, ou encore le défenseur de Toronto FC Lazar Stefanovic, ont eux aussi été sollicités ponctuellement par des sélections en quête de partenaires d'entraînement. Max Anchor lui espère pouvoir se servir de cette expérience pour pourquoi pas un jour lui aussi être d'une équipe qui s'entraîne pour disputer un Mondial.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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