Flashback - Belgique - USA : 12 ans après, l'ombre du match légendaire de Tim Howard

Tim Howard
Tim HowardCredit: Adrian DENNIS / AFP / AFP / Profimedia

Douze ans. Le temps d'une génération de supporters. Le 1er juillet 2014, à l'Arena Fonte Nova de Salvador, la Belgique et les Etats-Unis se livraient l'un des huitièmes de finale les plus intenses de l'histoire récente de la Coupe du monde. Lundi, à Seattle, les deux sélections se retrouvent au même stade de la compétition. L'occasion de replonger dans ce match d'anthologie, et dans la performance qui l'a transformé en légende : celle de Tim Howard.

Ce soir de juillet 2014, en pleine Coupe du monde brésilienne, la Belgique de Marc Wilmots arrive à Salvador auréolée d'un sans-faute en phase de groupes, trois victoires contre l'Algérie, la Russie et la Corée du Sud, et favorite face à des Etats-Unis sortis miraculés du groupe de la mort, où ils avaient croisé l'Allemagne, le Portugal et le Ghana. Sur les six confrontations entre les deux nations, la Belgique n'avait alors perdu qu'une seule fois, lors de leur toute première rencontre en 1930. Tout, sur le papier, penche du côté des Diables Rouges.

Et la physionomie du match confirme cette hiérarchie. Dès la 38e seconde, Divock Origi pousse déjà Tim Howard à une belle parade. Ce sera le prélude d'une soirée de siège pour les Diables rouges. Kevin De Bruyne, en chef d'orchestre, oriente les assauts belges, qui frappent au but à trente reprises dans le seul temps réglementaire sans parvenir à trouver la faille. En face, les Américains se montrent dangereux par intermittence, portés par la vitesse de leurs couloirs. DaMarcus Beasley et DeAndre Yedlin, entré à la place de Fabian Johnson, apportent le poison sur les côtés, sans jamais vraiment inquiéter Thibaut Courtois. Le money-time du temps réglementaire appartient pourtant aux Etats-Unis : au bout du temps additionnel, c'est Chris Wondolowski, tout juste entré en jeu, qui se procure la dernière occasion de la partie, sans parvenir à cadrer. Score toujours vierge, 0-0, après 90 minutes.

Seize arrêts et un record vieux de 50 ans

La prolongation démarre et tout bascule très vite. Sur le premier ballon belge du temps additionnel, Kevin De Bruyne surprend un Tim Howard jusque-là impérial et ouvre le score à la 93e minute, avant de servir Romelu Lukaku, entré en jeu, pour le but du break à la 105e. Julian Green, tout juste entré au jeu lui aussi, redonne espoir aux siens d'une reprise de volée splendide à la 107e minute, mais l'assaut final américain ne suffira pas. La Belgique s'impose 2-1 et file en quart de finale, sa première depuis 1986.

Mais le vrai sujet de la soirée, ce n'est pas le score. C'est ce qui se passe devant le but américain pendant deux heures. Howard est particulièrement précieux en sortant dans les pieds des joueurs belges, déjouant à deux reprises, en un contre un, Divock Origi puis son coéquipier à Everton Kevin Mirallas. Il repousse tout : du pied, du genou, de la poitrine, du bout des gants. A la fin de la rencontre, le compteur affiche seize arrêts, un total resté comme la meilleure performance individuelle recensée dans l'histoire des Coupes du monde, les statistiques faisant foi depuis 1966. Un record qui, douze ans plus tard, n'a toujours pas été battu.

Interrogé sur sa prestation légendaire juste après la rencontre, le gardien américain était étonnamment resté extrêmement terre à terre : "C'est mon boulot. C'est ce pour quoi j'ai signé. Ça en fait partie. Dans ces grands matches face à des adversaires de cette qualité, la digue finit par céder à un moment donné si on continue comme ça. Chapeau à la Belgique, ils ont été fantastiques. Curieusement, quand vous êtes dans le match, vous ne pensez pas à tout ça. Vous essayez juste de régler les problèmes."

Plus tard, Tim Howard confiera à la FIFA qu'il n'avait absolument pas conscience de l'ampleur de ce qu'il venait de réaliser sur le terrain : "Sur le moment, je n'avais aucune idée que c'était un record. Huit, dix, seize... je n'avais honnêtement aucune idée du nombre d'arrêts que j'avais faits. Après le match, je suis allé directement au contrôle antidopage. Quelqu'un m'a parlé du record, mais sur le coup, je m'en fichais. Je ressentais une immense tristesse. Le rêve était fini. Je ne voulais parler à personne."

L'Amérique s'enflamme, la Belgique s'incline avec les honneurs

L'après-match lui prend une tournure presque surréaliste aux Etats-Unis. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #ThingsTimHowardCouldSave devient viral, les internautes s'amusant à imaginer tout ce que le gardien serait capable d'arrêter, de Bambi à un astéroïde. Sur Wikipédia, des internautes vont jusqu'à modifier temporairement la page du secrétaire à la Défense des Etats-Unis pour y inscrire le nom de Tim Howard, un surnom, le Secretary of Defense, qui lui collera à la peau pour le reste de sa carrière. Le lendemain, le président américain de l'époque, Barack Obama, appelle personnellement Howard et Clint Dempsey, le capitaine des USA, pour les féliciter, plaisantant sur la popularité soudaine du gardien et l'invitant à se raser la barbe pour échapper à la foule à son retour au pays.

Côté belge, le respect est unanime. Sur le terrain, à la fin de la rencontre, Vincent Kompany se contente de deux mots sur Twitter pour résumer l'exploit du gardien adverse : "Two words.. TIM HOWARD #Respect". Romelu Lukaku, son coéquipier à Everton et buteur du soir, va à sa rencontre pour échanger son maillot. Marc Wilmots lui a clairement souffert des arrêts du gardien américain depuis son banc et demande : "C'était un match extraordinaire pour les spectateurs, mais pas pour mon cœur. Ne me refaites plus jamais revivre des matchs comme celui-là, et ne me faites plus jamais affronter Tim Howard. S'il vous plaît."

Un 8e de finale en guise de revanche, les USA avec un coup de pouce

Douze ans après, quatre acteurs de cette soirée sont toujours là. Kevin De Bruyne et Romelu Lukaku, artisans des deux buts de la prolongation, ont depuis construit des carrières qui ont confirmé tout le potentiel entrevu au Brésil. Thibaut Courtois, portier ce soir-là à Salvador, reste le gardien numéro un des Diables Rouges. Axel Witsel, pas titulaire mais bien présent sur la feuille de match de 2014, complète ce quatuor de vétérans. Une longévité rare à ce niveau, qui donne à ce nouveau rendez-vous une saveur particulière pour ceux qui ont vécu les deux époques.

Contrairement à 2014, les Etats-Unis abordent ce nouveau huitième avec un allié inattendu venu de la Fifa elle-même, sous la pression de la Maison Blanche. Folarin Balogun, auteur de trois buts dans ce Mondial coorganisé par son pays, avait été expulsé la semaine dernière face à la Bosnie-Herzégovine pour un contact sur la jambe du défenseur Tarik Muharemovic. Une exclusion aussitôt politisée par le secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui avait dénoncé une injustice envers les joueurs américains. Dimanche, la commission de discipline de la Fifa a annulé la sanction en un match de suspension avec sursis assorti d'une période probatoire d'un an, permettant à Balogun de disputer la rencontre de Seattle. Donald Trump n'a pas tardé à remercier l'instance sur Truth Social pour avoir, selon ses mots, réparé une injustice.

Douze ans après les seize arrêts de Tim Howard, les Etats-Unis retrouvent donc la Belgique avec leur meilleur buteur du tournoi disponible, dans un contexte où le sportif et le politique se sont brutalement entremêlés.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

Calendrier et horaires des matches | Classement des groupes | La France à la Coupe du monde | Les listes des équipes pour la Coupe du monde | Comment regarder la Coupe du monde | Pronostics et cotes | Plus d'infos sur les Bleus à la Coupe du monde