Flashscore : Vous avez été le premier directeur de l'Académie Mohammed VI à sa création en 2009. Aujourd'hui, vous voyez le Maroc en quart de finale de Coupe du Monde, après avoir déjà atteint les demi-finales en 2022. Avez-vous le sentiment que le plan initial s'est déroulé comme prévu, voire au-delà de vos espérances ?
Nasser Larguet : En toute honnêteté, c'est au-delà de mes espérances. À l'époque, quand on a créé cette académie, elle était unique. C'était aussi une volonté de Sa Majesté le Roi de relancer la formation au Maroc, qui avait existé par le passé de façon empirique, puisqu'on arrivait quand même à sortir des joueurs vers l'Europe. Mais sur un certain nombre d'années, l'implication des clubs dans la formation des jeunes avait malheureusement diminué. Au lancement de l'académie, on avait pas mal d'incertitudes : où recruter ces jeunes, allait-on avoir une infrastructure de très haut niveau, allait-on avoir le temps de les former ? Il y avait beaucoup de points d'interrogation. Mais comme c'était un projet du Roi, qui voulait en faire un exemple pour l'ensemble du pays, on a pu obtenir tout ce qu'on souhaitait, on avait vraiment carte blanche pour travailler. Et j'ai été agréablement surpris dès la première année : il y a eu un investissement des jeunes comme jamais je n'avais ressenti. Des joueurs de 12 à 18 ans s'entraînaient à 6h30 du matin et à 16h, pratiquement trois fois par semaine, en plus des autres entraînements et des matchs. J'ai été surpris de l'impact que ça a donné, et de la vitesse à laquelle les résultats sont arrivés. Quand je compare avec la France, qui a commencé la formation dans les années 70 et dont le premier grand résultat a été l'Euro 87, puis surtout la Coupe du Monde 98, il s'est écoulé trente ans. Au Maroc, on a mis une quinzaine d'années.
C'était l'objectif que vous vous étiez fixé au départ, ou vous ne saviez pas vraiment ce qui allait se passer ?
Non, franchement, on ne savait pas. Mon président de l'époque, qui était le bras droit de Sa Majesté, m'avait dit qu'on prendrait le temps qu'il faudrait : dix ans s'il le fallait, douze ans s'il le fallait. Et à l'arrivée, ça a porté ses fruits, parce qu'il ne faut pas oublier que les jeunes qui ont représenté le Maroc à la Coupe du Monde fréquentaient déjà, dès leur sortie de l'académie à 16, 17 ou 18 ans, les équipes nationales de jeunes. L'académie a vraiment joué son rôle de détonateur du développement du football marocain.
Quel était le principal défi à relever quand vous avez ouvert cette académie, pour faire passer un cap au football marocain ?
Le premier défi, c'était de trouver le bon écosystème. La réussite d'un jeune ne tient pas seulement à de beaux terrains et des éducateurs diplômés, mais à tout ce qui l'entoure. Les professeurs, par exemple : ce sont des enfants dont la réussite sportive est incertaine, il fallait donc les inscrire dans un vrai parcours scolaire. Fallait-il des professeurs capables de comprendre cette double formation, scolaire et sportive, avec des jeunes qui ne rêvent que de devenir professionnels et pour qui l'école n'est pas la priorité ? Deuxième enjeu : l'environnement, notamment les parents, qui rêvent peut-être d'avoir un Messi, un Cristiano Ronaldo ou un Benzema qui gagnera beaucoup d'argent. Il fallait ne pas leur vendre du rêve, mais les confronter à la réalité et en faire des coorganisateurs du développement de leur enfant. Et bien sûr, il y avait le jeune lui-même : est-il capable de faire les sacrifices nécessaires ? De 12 à 18 ans, être interne, scolarisé à l'intérieur de l'académie, n'allait-il pas s'en lasser à un moment donné, ne pas vivre son adolescence ? Grâce aux éducateurs, aux animateurs, aux professeurs, mais aussi aux lingères, aux cuisiniers, aux agents de sécurité et de nettoyage, on a créé un écosystème où l'enfant a vraiment été au centre du projet. Ils ont été formidables, et ils ont été la clé de la réussite.
"Pour former un médecin, il faut des hôpitaux ; pour un footballeur, il faut des infrastructures"
Vous parliez de belles infrastructures et de bons coachs. C'est un aspect qui a beaucoup changé : quand on discute avec des internationaux marocains, hommes ou femmes, tous soulignent des conditions de travail exceptionnelles, c'est un vrai plus dans la formation d'un jeune.
Bien sûr, c'était essentiel. La première fois qu'on m'a contacté pour ce projet, j'avais dit que la réussite dépendrait de deux choses : les bonnes personnes au bon endroit, et surtout l'infrastructure. Je leur disais que pour former un médecin, il faut des hôpitaux ; pour former un footballeur professionnel, il faut des terrains, des infrastructures. Sa Majesté l'a tout de suite compris, nous a donné les moyens, et on a créé une très belle académie. Ensuite, quand je suis passé à la Fédération, on a fait la même chose en créant des pôles espoir et surtout en rénovant le centre technique national, qui était très vétuste. On en a fait un bijou, bien meilleur que Clairefontaine ou que Saint George's Park, qui pousse les joueurs à exceller parce qu'ils évoluent dans de bonnes conditions.
Finalement, cette académie est un peu la première pierre d'un projet révolutionnaire pour le football marocain.
Exactement, c'est vraiment la pierre angulaire, et tout le mérite en revient à Sa Majesté le Roi, qui a eu l'idée lumineuse de travailler à la base plutôt que de corriger ce qui se passait au niveau de l'équipe nationale. Souvent, sur le continent africain, quand l'équipe nationale ne marche pas, on remet tout en question, on limoge les entraîneurs, on écarte des joueurs. Sa Majesté, lui, savait qu'il y avait un manque de formation, et il a commencé par la formation des jeunes. Aujourd'hui, quand on regarde les joueurs passés par l'académie : à 19 ans, deux d'entre eux ont participé à la Coupe du Monde en Russie en 2018, quatre à celle du Qatar, cinq ont remporté la médaille de bronze aux JO de Paris, et six ont gagné la Coupe du Monde U20. C'est la preuve que l'ambition première, la première pierre comme vous dites, c'est bien l'académie. Sans elle, je ne pense pas que le football marocain serait à ce niveau aujourd'hui.
Le projet à terme, c'est d'avoir la moitié de l'équipe nationale issue de cette académie ?
Pas forcément un chiffre précis, mais oui, le rêve de l'académie, c'est d'en faire sortir un maximum. Elle a été créée pour générer des talents pour les différentes équipes nationales de jeunes, mais aussi pour être un modèle pour les centres de formation marocains. Il y a de grands clubs qui étaient formateurs par le passé et qui s'y remettent aujourd'hui : le Raja Casablanca, le Wydad, le FUS, Tanger. L'objectif de l'académie, c'est donc de former les talents de demain pour les équipes nationales, mais aussi d'être un exemple pour les centres de formation. C'est ce qu'elle est en train de devenir, puisqu'il y a même une féroce concurrence aujourd'hui entre l'académie et les centres de formation des clubs, et c'est pour le bien du football national.
L'idée, c'est aussi de former des jeunes qui évolueront ensuite dans le championnat marocain et tireront le niveau vers le haut ?
Oui, c'était le cas. Je me souviens qu'il y a eu 57 joueurs que j'ai pu accompagner pendant mes cinq années à l'académie, au moment de l'inauguration. Sur ces 57, 47 sont devenus professionnels, 15 jouent en Europe, et le reste évolue dans le championnat marocain. Ça permet de faire progresser toute la discipline.
"Au début, j'ai fait du copier-coller de la France... Il a fallu réadapter ma méthodologie"
On dit souvent que l'académie a calqué ses méthodes sur le modèle européen. Qu'en dites-vous ?
Oui, c'est moi qui ai rédigé tout le cahier des charges, qui ai fait le design du projet. Quand on m'a contacté, j'ai fait le bilan des centres de formation par lesquels j'étais passé : j'avais commencé au Havre... pardon, à Rouen, mon premier club professionnel, puis à l'ISCAN, au Stade Malherbe de Caen, au Havre Athletic Club et au Racing Club de Strasbourg. J'ai pris tous ces centres comme modèles en termes d'infrastructure, de méthodologie, ce qui était bon et ce qui ne l'était pas, et j'en ai fait une synthèse pour définir ce qu'il fallait pour un centre de formation de standard international : l'infrastructure, la méthodologie, l'accompagnement des jeunes, le recrutement. Je me suis inspiré des vingt-cinq années passées en France, mais j'ai aussi eu la chance de voyager en Europe, en Italie, en Angleterre, en Espagne, pour observer ce qui s'y faisait. Le modèle qui m'inspirait le plus restait le modèle français.
Comment adapte-t-on ce modèle français au football marocain ? Y a-t-il des différences, des ajustements que vous avez dû mettre en place ?
Bien sûr. Je vais être honnête : les six premiers mois, c'est moi qui ai recruté tous les joueurs. J'ai fait toute la détection avec quelques recruteurs marocains déjà sur place, j'ai parcouru tout le pays seul, j'ai vu plus de 15 000 enfants, dont seulement 37 sont finalement entrés à l'académie. Ensuite on est monté en nombre. Mais sur ces six premiers mois, ce que je voyais sur le terrain était mauvais, et j'ai eu peur : si c'était moi qui avais recruté ces joueurs, comment pouvaient-ils être aussi mauvais ? En réalité, ce n'était pas eux le problème, c'était moi, parce que j'avais fait du copier-coller de ce que j'avais vécu en France. J'ai compris qu'il fallait réadapter ma méthodologie. Un gamin marocain de 15 ou 16 ans, à l'époque, n'avait pas eu le même vécu qu'un jeune français passé par une école de foot de 6 à 12 ans. J'ai donc réduit la cadence, réduit l'exigence, comme s'il fallait rattraper une partie manquante de sa scolarité avant d'entrer au collège. Les six mois suivants, on a fait ce travail de rattrapage, en introduisant notamment la vidéo pour que les gamins se voient évoluer sur le terrain. Et la deuxième année, avec les mêmes joueurs, ça a été formidable. Il fallait réadapter la méthode à la culture du pays, parce que même si je suis d'origine marocaine, j'avais été formé à la française. Il fallait relire ma philosophie à travers la culture marocaine. C'est comme ça qu'on a fini par décoller.
17 ans après sa création, cette académie a-t-elle encore besoin de faire ce travail de rattrapage avec les jeunes qui arrivent ?
Non, plus maintenant, parce que l'académie est devenue très connue. Par ailleurs, j'avais créé des annexes, puisque les enfants n'entraient à l'académie qu'à 12-13 ans. Il y avait une annexe à Laâyoune, dans le Sahara, une à Marrakech, une à Casablanca, une à Tanger, une à Fès, qui accueillaient des jeunes de 9 à 12 ans. Je payais les éducateurs, j'équipais les enfants, ils avaient cinq entraînements par semaine plus des matchs amicaux, et on les réunissait une ou deux fois par an à l'académie. Les meilleurs, à 13 ans, intégraient l'académie. C'est comme ça qu'on faisait ce rattrapage, en amont, dans ces structures annexes.
Aujourd'hui, l'équipe nationale compte plusieurs joueurs formés à l'académie. Qu'est-ce qui caractérise cette génération dans son approche du très haut niveau ?
Ce qui les caractérise, c'est qu'on leur a inculqué très jeunes ce qu'était le professionnalisme : comment manger, comment dormir, tout ce qui relève de l'entraînement invisible. Ils l'ont compris, à l'image d'Ounahi, d'Aguerd et de beaucoup d'autres. Ce sont des garçons socialement très intégrés, même s'ils gagnent aujourd'hui beaucoup d'argent pour certains, des garçons très équilibrés. En termes de performance, ils connaissent l'exigence du très haut niveau, parce qu'on leur a inculqué qu'entrer dans ce métier, c'est pour performer, pas seulement pour jouer. On leur disait toujours : le football est un job, pas un joke. On n'est pas là pour s'amuser, mais pour se préparer à un métier. Comme on leur disait souvent, quand on entre dans un centre d'apprenti boulanger, c'est pour devenir boulanger ; quand on entre dans un centre de formation au football, c'est pour devenir footballeur professionnel. Et ils l'ont bien intégré. Aujourd'hui, quand ils jouent en équipe nationale, on voit qu'ils sont investis d'une mission de performance pour leur pays.
"Le Maroc n'est plus une nation qui vient simplement participer, mais pour gagner"
Comment l'académie a-t-elle réussi à inculquer, au-delà du talent individuel, cette culture de la gagne et de la régularité, qui manque parfois aux sélections africaines ? On dit souvent qu'elles manquent de constance, alors que le Maroc est aujourd'hui une nation très régulière dans les grandes compétitions.
Tout simplement parce que ce sont des joueurs qui étaient avec nous 24 heures sur 24 : ils dormaient au centre de formation, y suivaient leur scolarité. On les évaluait pratiquement chaque trimestre sur leur façon de vivre à l'académie, et pas seulement sur le terrain : les lingères, la cuisine, le nettoyage, la sécurité les notaient, la scolarité les notait, les entraîneurs les notaient. Il fallait être bon partout. Pour être professionnel, il ne suffit pas de bien taper dans un ballon, il faut aussi une représentativité dans la société. Comme ils étaient compétiteurs dans l'âme, on leur a dit qu'il fallait être excellents dans la vie au centre, excellents à l'école, excellents sur le terrain. On a cultivé chez eux cette idée de compétition, sur et en dehors du terrain. Aujourd'hui, ce sont des garçons qui veulent gagner leur place, qui veulent gagner des compétitions. Ce qui s'est passé au Qatar avec Walid Regragui et les joueurs qui y étaient a décuplé leur envie de performer. La preuve : les moins de 20 ans ont gagné la Coupe du Monde avec six joueurs issus de l'académie. Le Maroc n'est plus une nation qui vient simplement participer aux compétitions, mais une nation qui vient pour les gagner. Et ça a changé fondamentalement, parce que c'était notre discours quotidien, pas seulement sur le terrain lors d'un exercice où l'équipe qui perd fait des sprints, mais dans le quotidien, tous les jours : comme on vit, on s'entraîne ; comme on s'entraîne, on joue le match. Si vous avez une âme de compétiteur en dehors du terrain et à l'entraînement, vous le serez aussi le jour des matchs.
On disait aussi souvent que la France formait des talents pour des sélections comme celle du Maroc. C'est une affirmation de moins en moins vraie aujourd'hui : il y a de moins en moins de joueurs nés en France dans la sélection marocaine. Était-ce aussi l'idée derrière le projet Mohammed VI ?
Il y a encore beaucoup de joueurs formés en Europe qui jouent dans notre sélection. Il reste un écart entre nos Marocains d'Europe et nos Marocains locaux, mais on est en train de le combler. Je pense qu'il y a aujourd'hui entre six et huit joueurs issus de l'académie capables de jouer avec l'équipe nationale A. Ensuite, c'est le choix des entraîneurs, parce qu'ils sont aussi bons que ceux qui ont été retenus. Et j'ajoute les joueurs formés au Raja, au FUS, etc. Le temps va donc jouer en faveur des joueurs locaux pour intégrer de plus en plus l'équipe nationale A de demain.
On a quand même vu, face à Haïti, une équipe du Maroc alignée uniquement avec des joueurs nés à l'étranger. Quel est pour vous le bon équilibre entre joueurs formés localement, comme à l'académie, et binationaux ?
Je ne pense pas qu'il faille chercher un chiffre ou un équilibre précis, ni opposer les deux. Aujourd'hui, les joueurs nés, ayant grandi et formés en Europe sont des Marocains à part entière, il n'y a aucune différence. Le sélectionneur ne retient que les meilleurs joueurs, qu'ils soient nés et aient grandi au Maroc ou en Europe : ce sont toujours des joueurs qui méritent d'être en sélection. La seule chose qui nous manque aujourd'hui, c'est la compétitivité de notre championnat national. En dehors de cinq ou six matchs dans l'année, c'est insuffisant pour rivaliser avec le niveau d'un joueur évoluant en Europe. Même nos Marocains, quand ils quittent le Maroc pour jouer en Europe, comme Ounahi ou Aguerd, c'est pour disputer des compétitions de haut niveau, comme Aguerd à Marseille aujourd'hui, ou avant à West Ham, ou Youssef En-Nesyri, qui a gagné plusieurs Ligue Europa. On a besoin que le championnat marocain progresse pour permettre à nos joueurs locaux d'intégrer les équipes nationales. Quand vous avez un joueur qui évolue au Real Madrid et dispute chaque semaine des matchs de très haut niveau, il sera forcément meilleur qu'un joueur qui joue régulièrement en championnat marocain, même si celui-ci monte en puissance. Malheureusement, il n'y a qu'une dizaine de matchs par saison qui sont de très haut niveau.
"Le Maroc est aujourd'hui complètement décomplexé par rapport à l'Europe"
Est-ce que pour vous, le succès du Maroc et sa méthode montrent la voie à d'autres nations africaines, qui dépendent peut-être davantage de leurs joueurs nés à l'étranger ?
Oui, tout à fait. Il y a une chose que le Maroc a acquise aujourd'hui, c'est d'être complètement décomplexé par rapport à ce qui se passe en Europe ou en Amérique du Sud. Le Maroc a compris qu'il pouvait être aussi bon, voire meilleur, que certaines nations européennes. On s'est décomplexés, on croit en nous-mêmes. La preuve, ce sont des entraîneurs locaux, marocains, même si certains sont nés en Europe. Il faut croire en notre potentiel et nos capacités, et le Maroc est en train d'ouvrir la voie.
Vous êtes passé par de nombreux centres de formation en France. Ce quart de finale contre la France a-t-il une saveur particulière pour vous ?
Oui, ce sera très spécial. La France m'a fait grandir dans le football, m'a appris les fondamentaux de l'entraîneur et du formateur que je suis aujourd'hui, je lui en serai reconnaissant. Et puis il y a mon pays, le Maroc, où je suis né, où j'ai grandi, où se trouve ma famille, et dans lequel j'ai participé à la première pierre de l'édifice du football marocain, entre les sept années à l'académie et les cinq années comme directeur technique national. C'est une belle opposition : la France qui m'a formé, et le Maroc dans lequel j'ai mis en place ce que j'avais appris en France.
En tant que directeur technique, vous avez aussi œuvré pour que certains binationaux, comme ceux qui sont aujourd'hui en équipe nationale, choisissent de représenter le Maroc plutôt que la France. J'imagine que ce lien France-Maroc a dû être évoqué avec ces joueurs au moment de les convaincre.
Oui, il fallait déjà convaincre les premiers. J'ai pu convaincre certains joueurs moi-même, ou grâce à mes entraîneurs. J'ai personnellement convaincu Achraf Hakimi de nous rejoindre. Ensuite, des entraîneurs ont convaincu Mazraoui, Amrabat et bien d'autres. À l'époque, j'avais aussi contacté Amine Harit ou Sofiane Boufal, entre autres, qui m'avaient demandé de leur laisser du temps avant de venir plus tard en équipe nationale. Cet ensemble de joueurs a ouvert la porte aux autres : c'est grâce à Hakimi et Mazraoui que d'autres ont suivi, avec bien sûr le leadership du président de la Fédération, Fouzi Lekjaa, et l'implication de Sa Majesté, très attentif à l'évolution du football, qui a permis de récupérer des joueurs comme El-Aynaoui, Saibari, Bouaddi et bien d'autres.
"Mon pronostic ? Ça va être du 50-50, jusqu'aux tirs au but"
Le fait que ces joueurs, qui pourraient postuler à d'autres sélections, choisissent de plus en plus jeunes de représenter le Maroc, si on regarde le cas de Bouaddi, montre l'essor de cette académie. J'imagine que vous êtes très optimiste pour le football marocain ?
Oui, je suis très optimiste. Sachez que Hakimi a choisi de jouer pour le Maroc à 16 ans. Bouaddi, lui, a deux ans de plus que Hakimi à ce moment-là. C'est pour ça que je dis que nos portes-drapeaux, ceux qui ont ouvert cette voie, ce sont d'abord des joueurs comme Moustapha Hadji, puis Boussoufa et quelques autres qui avaient choisi le Maroc. Mais le vrai tournant, c'est l'arrivée de joueurs comme Hakimi et Mazraoui, qui ont choisi le Maroc très tôt, à 16 ou 18 ans, avec la Fédération et les équipes nationales. Ça fait qu'aujourd'hui, un joueur de 18 ans comme Bouaddi choisit le Maroc facilement.
La sélection marocaine restera-t-elle toujours ce mélange entre diaspora et joueurs locaux ?
Non, il n'y a pas de mélange. C'est l'équipe nationale marocaine, elle est faite de Marocains, tout simplement. Qu'on soit nés aux États-Unis, au Canada, en France, on a une diaspora exceptionnelle, mais ce sont tous des Marocains à part entière qui choisissent le Maroc pour défendre ses couleurs.
Comment voyez-vous cette Coupe du Monde pour la sélection marocaine ?
Franchement, c'est une équipe qui montre plusieurs visages. Elle est capable de s'adapter au système et aux qualités de l'adversaire, tout en gardant toujours sa ligne directrice : elle ne joue pas seulement en réaction à l'adversaire, elle joue avant tout sur ses propres qualités. Elle a un milieu de terrain exceptionnel, capable de garder le ballon et de le récupérer. Elle sait profiter de la moindre occasion pour mettre l'adversaire en danger. Défensivement, il y a une vraie sécurité, et on a un gardien exceptionnel, fabuleux. C'est une équipe complète dans toutes ses lignes, avec un banc qui a de la profondeur.
Dernière question : si vous aviez un message à envoyer à ces jeunes que vous avez vu grandir à l'académie, qu'est-ce que vous aimeriez leur dire ?
Simplement que je suis fier d'avoir participé à la construction de cette académie dans laquelle ils vivent et grandissent, et qu'ils continuent à croire en eux. Le Graal, l'équipe nationale, est quelque chose de très difficile à atteindre, et c'est par le travail, l'abnégation et le sacrifice, comme on l'a toujours mis en avant, qu'ils continueront à représenter dignement notre équipe nationale.
J'imagine que vous leur dites de ramener le titre...
Oui, tout à fait. Il faut être ambitieux, avoir de l'ambition, aller chercher le titre. Pour être champion du monde, il faut battre toutes les équipes. Aujourd'hui, on a la France sur notre chemin, il va falloir sortir le grand jeu, parce qu'on tombe contre une très belle équipe nationale française. Je pense que l'équipe sera à la hauteur pour livrer un gros match. Et que le meilleur gagne.
Votre pronostic ?
Franchement, ça va être du 50-50, jusqu'aux tirs au but.
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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