Flashscore : Comment est né le projet féminin de Right to Dream ?
Mads Davidsen : Je ne suis pas surpris que tu l'aies découvert seulement maintenant, notre notoriété a toujours été plus forte du côté masculin. Mais en réalité, nous créons des opportunités équivalentes, car c'est tout le sens de Right to Dream : ouvrir des voies d'accès. Je dirais que notre stratégie féminine a vraiment pris forme quand la famille Mansour est arrivée chez Right to Dream, avec la volonté de construire une académie dans son pays d'origine, l'Égypte, qui devait accueillir garçons et filles. Dans le même temps, nous avons fondé le club féminin FC Masar. Nous avons aussi une équipe masculine au FC Masar, mais le volet féminin s'est développé en parallèle. Et au FC Nordsjælland, au Danemark, nous avons été parmi les premiers à mettre en place une vraie structure dans le football danois. Il y a des clubs qui, pour être un peu cynique, ont une équipe féminine surtout sur le papier, sans réel investissement derrière. Chez nous, il y a une académie complète pour les filles au FC Nordsjælland, comme pour les garçons. Nous avons des filles qui vivent ici en internat, exactement comme du côté masculin.
Nous avons aussi des filles dans notre académie au Ghana. À l'origine, elles étaient surtout sur des filières de bourses d'études, utilisant leur formation footballistique pour accéder à des études aux États-Unis. Mais ces derniers temps, grâce à notre travail de recrutement et de développement, de plus en plus de joueuses accèdent réellement à une carrière professionnelle et le football féminin a évolué aussi, il y a plus de clubs qui signent des contrats, donc simplement plus de débouchés pour les filles. On peut dire que ça s'est construit en trois étapes : ça a commencé au Ghana, comme un projet pour aider les filles à accéder à une filière éducative, avant d'évoluer vers de vraies filières professionnelles : Princess Marfo a été la première à sortir de l'académie du Ghana pour rejoindre le FC Nordsjælland, avant d'être vendue à Bay FC, puis de revenir au FC Nordsjælland, puis d'être vendue récemment au PSV Eindhoven. Le FC Nordsjælland a été précurseur en structurant vraiment cette académie, et en 2021, nous avons construit l'académie en Égypte, avec le FC Masar et notre équipe première féminine là-bas.
Le football féminin africain reste peu développé et manque de visibilité. Pourquoi avoir fait ce choix d'investir dans ce projet ?
Je dois rendre hommage à nos actionnaires, la famille Mansour a tenu, dès la reprise de Right to Dream, à ce que ce soit un projet à la fois masculin et féminin. Nous avons commencé par établir l'académie en Égypte pour les garçons et les filles ; elle existait déjà au Danemark. Puis nous avons fait évoluer le Ghana pour que ce ne soit plus seulement une filière éducative, mais aussi une filière footballistique. Je pense que c'est la vision de nos actionnaires : Right to Dream est fait pour tout le monde, Right to Dream offre des opportunités là où il n'y en a pas et cela doit valoir autant pour les filles que pour les garçons.
Comment avez-vous construit ce programme, sachant que les infrastructures et les clubs féminins sont beaucoup plus rares en Afrique que du côté masculin ? Je suppose que la démarche a été différente de celle avec les garçons.
Pas si différente dans l'approche, mais tu as raison, les chiffres sont différents. Au Ghana, on fait ce qu'on appelle des "sweeps" (ratissage en français, ndlr) : on parcourt le pays pour repérer des joueuses via des tournois et des tests dans différentes régions. Au début, c'était presque le fruit du hasard si une fille se présentait, peut-être une fille pour cent garçons. Puis ça a grandi petit à petit, et l'an dernier, nous avons recruté notre première recruteuse à temps plein dédiée exclusivement au football féminin en Afrique. Ça montre bien la volonté, désormais assumée, d'investir dans le projet féminin sur le continent.
"Chaque enfant que nous accueillons doit avoir un débouché"
Ce recrutement se limite-t-il au Ghana, ou allez-vous aussi chercher ailleurs ? Je crois que certaines joueuses ivoiriennes présentes à cette CAN sont passées par Right to Dream.
Oui, nous avons aussi une structure en Côte d'Ivoire, et ces joueuses ont été repérées grâce à ça. Elles sont sur des bourses. Encore une fois, l'accent est mis sur la filière éducative, car nous avons une promesse de marque : chaque enfant que nous accueillons doit avoir un débouché. C'est pour ça que nous sommes très sélectifs, nous ne prenons pas les joueuses en masse. Malheureusement, beaucoup d'académies prennent par exemple 50 joueuses et se satisfont qu'une seule perce. Les autres ont 18 ans, sont mises à la porte, et se retrouvent sans rien. Notre direction est très attentive à ce que chaque enfant ait un avenir, donc nous devons garantir soit une carrière professionnelle, soit un profil scolaire et sportif suffisant pour obtenir des bourses, notamment aux États-Unis. Notre principal marché pour ça, ce sont nos présences au Ghana et en Côte d'Ivoire, et bien sûr le FC Masar en Égypte. Quand ce club a commencé à jouer le titre en Egyptian Premier League et la Ligue des champions CAF, il a aussi commencé à recruter sur d'autres marchés. Par exemple, nous avons signé la joueuse tanzanienne Hasnath Linus Ubamba à 18 ans au FC Masar, elle y a joué deux ans, avant d'être transférée vers un club en Espagne. Donc nous sommes actifs sur le continent grâce à nos académies au Ghana et en Égypte, notre club en Égypte, et notre recrutement à temps plein en Afrique.
Est-ce différent d'entraîner des filles par rapport aux garçons ? Avez-vous adapté votre méthode, éprouvée avec les garçons, maintenant que vous avez des filles dans l'académie ?
En réalité, non. Nous en avons discuté, notamment autour de ce qu'on appelle notre style de jeu : chaque équipe Right to Dream doit jouer d'une certaine façon. De là où je me situe, j'essaie d'avoir une vue d'ensemble sur tout, et mon souhait, c'est qu'en regardant le FC Masar hommes ou femmes, ou le FC Nordsjælland, on reconnaisse la même identité de jeu. Nous nous sommes demandé s'il fallait adapter quelque chose, vu les différences physiques entre garçons et filles, hommes et femmes, mais la conclusion du groupe technique a été qu'il ne fallait rien changer. Le FC Masar féminin et le FC Nordsjælland féminin jouent de la même manière que les équipes masculines, y compris San Diego. C'est une manière unifiée de jouer et de former, parce que nous pensons que c'est ce qui permet de développer des joueurs et joueuses pour le plus haut niveau. Nous voulons voir nos joueuses évoluer au meilleur niveau mondial : pour les femmes, cela veut dire l'Angleterre, les États-Unis ou l'Espagne ; pour les hommes, le top 5 européen : Angleterre, Espagne, Italie, France et Allemagne.
Avez-vous des partenariats avec des clubs féminins locaux, autour du Ghana et de la Côte d'Ivoire ?
Oui. Je ne sais pas si je dirais "partenariat" au sens strict, mais nous avons des collaborations avec certains clubs et académies locales qui savent que nous représentons une bonne filière pour les filles, qui font confiance à notre modèle, et qui nous envoient leurs meilleures joueuses quand nous organisons des tests ou des tournois.
Concrètement, qu'offrez-vous à ces filles ? Vous parlez beaucoup de la filière scolaire, mais les filles peuvent désormais aussi devenir professionnelles, que dites-vous à une fille une fois qu'elle est sélectionnée pour rejoindre Right to Dream ?
Nous offrons une filière, et un élément essentiel chez Right to Dream, c'est ce qu'on appelle la "non-désélection". Une fois sélectionnée, si elle accepte de nous rejoindre, elle n'est pas désélectionnée par la suite. En général, toutes les académies du monde, à la fin d'une saison, désélectionnent environ 25 % de leurs joueuses selon leur niveau, en disant que telle joueuse n'a pas assez progressé, par exemple. Nous, nous garantissons qu'elles restent avec nous. Si elles veulent rester, nous leur garantissons une place et une plateforme pour se développer à leur rythme, car il y a aussi des joueuses à maturation tardive qui ont besoin de plus de temps, et qui sont souvent désélectionnées ailleurs. Du point de vue des parents, c'est une raison importante de nous rejoindre, ça donne de la tranquillité d'esprit, ça enlève la pression de devoir performer à chaque match. Nous faisons les choses différemment parce que nous croyons que le meilleur développement se fait dans un environnement calme, propice au travail sur le long terme.
Quel est le parcours type : débuter à Right to Dream en Côte d'Ivoire ou au Ghana, puis rejoindre le FC Nordsjælland, ou peut-être le FC Masar ?
Du côté masculin comme féminin, nous avons un comité technique, où je siège en tant que représentant de Right to Dream, avec les clubs et les académies, et nous discutons de chaque joueuse et de son meilleur parcours possible. En raison de la réglementation FIFA, une joueuse ne peut pas changer de continent avant ses 18 ans. Par exemple, N'Sira Ouédraogo, qui a joué avec la Côte d'Ivoire à cette CAN, a passé du temps en Côte d'Ivoire et au Ghana avant de rejoindre le FC Nordsjælland cet été, à ses 18 ans. Je comprends pourquoi cette règle existe, pour protéger les mineurs. À une époque, ça pouvait être un peu le Far West, avec des enfants déplacés d'une manière qui n'était bonne pour personne. Mais prise isolément, pour une joueuse comme elle, cette règle a limité son développement, car elle était suffisamment forte pour jouer en équipe première du FC Nordsjælland dès 16 ans. Elle a dû attendre deux ans à cause du règlement, mais ce sont les règles, et nous les appliquons. La même règle des 18 ans s'appliquait pour un éventuel transfert vers le FC Masar. Là où nous sommes un peu privilégiés en Europe, c'est avec ce qu'on appelle la "règle Schengen" (Mads Davidsen fait référence à l'exception FIFA permettant les transferts de mineurs entre pays de l'UE dès 16 ans). Une règle liée au droit du travail qui vaut à travers les frontières européennes. C'est comme ça, par exemple, qu'une joueuse islandaise de 16 ans dans notre effectif a pu rejoindre le FC Nordsjælland dès cet âge-là.
"Des recruteurs prenaient des notes sans réaliser qu'ils regardaient des filles"
J'ai lu que certaines des meilleures joueuses s'entraînent avec des garçons. Concrètement, à quoi ça ressemble au quotidien : l'entraînement est-il mixte pour certaines d'entre elles ? Et existe-t-il une règle sur l'âge limite pour jouer avec des garçons, ou est-ce que ça ne concerne que les matchs officiels ?
Tout dépend de ce qui est le mieux pour chaque joueuse et de la manière d'assurer la continuité de son développement. Certaines, à un moment donné, se développent suffisamment en s'entraînant avec leur propre catégorie d'âge et de genre. Mais prends N'Sira Ouédraogo, encore elle : elle est exceptionnelle, et elle a été suffisamment forte pour s'entraîner avec des garçons jusqu'à 16 ans, ce qui est très rare, car normalement à cet âge, la différence physique rend ça compliqué, les garçons devenant plus forts et plus rapides. Dans son cas, elle était largement au niveau, donc nous l'avons laissée s'entraîner davantage avec les garçons parce qu'elle avait besoin de ce niveau de challenge. Elle était trop supérieure face aux filles. C'est sans doute la joueuse qui s'est le plus entraînée avec des garçons plutôt qu'avec des filles dans sa carrière. En revanche, elle ne peut pas disputer de matchs officiels avec des garçons mais nous avons parfois organisé des matchs amicaux. Les joueuses ivoiriennes présentes à cette CAN ont ainsi participé à la Gothia Cup en Suède, un tournoi réservé aux garçons, en amical, et il y a eu des anecdotes amusantes de recruteurs dans les tribunes qui prenaient des notes sans réaliser qu'ils regardaient des filles, tant le niveau était trompeur.
Avoir 11 joueuses issues de Right to Dream à cette CAN, ça doit être particulier. Comment vivez-vous ce moment ?
Ça nous rend fiers. Je pense que notre volet féminin a fait sauter un plafond ces trois à cinq dernières années. Le FC Masar a atteint la troisième place en Ligue des champions CAF avec de très loin l'équipe la plus jeune du tournoi avec une moyenne d'âge d'environ 20,4 ans. Et la saison dernière, le FC Nordsjælland a atteint les quarts de finale de la nouvelle UEFA Women's Europa Cup avec une moyenne d'âge de 21,5 ans, avec 11 adolescentes dans l'effectif. Dans beaucoup de clubs, l'équipe première décide de tout et l'académie attend ses décisions. Chez nous, c'est l'inverse : l'équipe première est là pour servir l'académie, pour faire jouer ses diplômées. C'est tout le sens du modèle. Ça prouve qu'on peut être compétitif en Ligue des champions CAF et en coupe d'Europe UEFA avec des équipes aussi jeunes, majoritairement formées en interne. C'est ça, le modèle : créer la plateforme, créer le développement, faire jouer les joueuses et ensuite elles performent, sont vendues, et réalisent leurs rêves, que ce soit en NWSL ou en Women's Super League. Ça envoie un signal fort à toute l'organisation.
Sentez-vous que de plus en plus de filles pourront intégrer des sélections nationales à l'avenir, avec la Coupe du monde l'an prochain ?
Clairement. Nous avons le sentiment de n'en être qu'au début. Nous avons été parmi les précurseurs du football féminin à l'échelle mondiale, puisque c'est un investissement encore récent pour beaucoup, mais nous nous y sommes mis tôt. Nous n'en avons vu que les prémices.
"Nous sommes fiers quand on nous copie"
Pensez-vous que l'investissement massif de Right to Dream dans le football féminin peut devenir un modèle, et contribuer à faire grandir le football féminin africain à l'échelle mondiale ?
J'espère, oui. L'un de nos privilèges, c'est d'inspirer les autres : nous sommes fiers quand on nous copie. Certains clubs essaient au contraire de cacher leurs méthodes parce qu'ils ne veulent pas être copiés, ils pensent que leur modèle est unique. Mais plus il y a de clubs qui investissent, plus il y a de filières, plus il y a d'opportunités pour les filles. Ça fait vraiment partie de notre démarche : inspirer le secteur et faire la différence en Afrique.
Cela fait 13 ans que le programme féminin a démarré. Comment avez-vous vu ce chemin évoluer, et comment le football féminin mondial a-t-il changé sur cette période ?
Il n'y a aucun doute, le football féminin connaît une croissance significative. Nous avons récemment fait une analyse du marché des transferts : les indemnités augmentent, le nombre de transferts augmente, et notamment les transferts de joueuses de moins de 21 ans, ce qui colle parfaitement à notre modèle, puisque nous faisons jouer et vendons jeune. Tout notre modèle, côté masculin comme féminin, est un modèle à but non lucratif. Tout l'argent gagné est réinvesti, donc plus nous générons de revenus, plus nous pouvons investir. C'est d'ailleurs un vrai privilège personnel pour moi : nos actionnaires ne cherchent pas à générer du profit, ils cherchent à faire la différence en réinvestissant. Nous avons déjà vendu des joueuses du FC Nordsjælland vers l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie ; cette fenêtre de transferts, nous avons de nouveau vendu au PSV Eindhoven, et à Hammarby en Suède. Le FC Masar a vendu en NWSL, et a transféré cette fenêtre la joueuse tanzanienne Hasnath Linus Ubamba vers un club de Madrid. Nous commençons à être reconnus sur la scène mondiale, et nous continuons de pousser dans ce sens.
En regardant ces 13 dernières années, vous aviez déjà les infrastructures côté masculin, mais le football féminin n'était pas vraiment établi. Comment était la situation, au Ghana et en Côte d'Ivoire, à vos débuts, et plus largement dans le football féminin local ?
On peut dire que c'est autour de 2020 que nous avons fait le choix, plus assumé, d'investir vraiment, de construire une académie féminine au FC Nordsjælland comparable à celle des garçons, en termes de nombre d'entraîneurs, de spécialistes, d'heures de football nécessaires au développement. Puis en 2021, nous avons lancé l'académie égyptienne, et nous avons renforcé notre investissement en Afrique de l'Ouest, en passant de "Aidons ces filles à accéder à une filière éducative" à "Voyons si on peut aussi produire des joueuses professionnelles". Aujourd'hui, avec Princess Marfo comme première illustration, et désormais N'Sira Ouédraogo et Sery Grace en Côte d'Ivoire, on commence à voir les effets de cet investissement. Il est juste de dire que le football féminin local était plutôt brut et peu structuré à l'époque, cela dit, le football égyptien a toujours eu une sélection nationale correcte. La troisième place du FC Masar en Ligue des champions CAF est le meilleur résultat de l'histoire du football féminin égyptien, ce qui montre qu'on a fait sauter un plafond qu'on pensait infranchissable. Je n'étais pas moi-même présent au Ghana à l'époque, mais à ma connaissance, nous avons été la première académie résidentielle d'Afrique où des filles étaient réellement invitées à vivre sur place, en combinant scolarité et football. C'est passé de la création d'opportunités via une filière éducative à la preuve qu'on peut aujourd'hui produire des joueuses de niveau mondial.
Était-il facile de convaincre les parents de confier leurs filles à vos structures ? Il existe parfois des mentalités assez conservatrices sur le fait que les filles jouent au football. Comment avez-vous convaincu les parents ?
Une partie de la réponse, c'est que nous offrons la filière éducative comme une forme de garantie, parce que tu as raison, si on mise uniquement sur le football, c'est une chance, mais aussi un risque, en cas de blessure ou de non-sélection. Chez nous, nous travaillons constamment sur ces deux filières en parallèle. Et quand les parents viennent voir notre campus au Ghana, ils découvrent un environnement proche d'un internat, des enseignants, un accompagnement psychosocial, un suivi des joueuses, du personnel de cuisine, de la sécurité, des entraîneurs, des encadrants. Les parents sentent que c'est un environnement très sûr et bienveillant. C'est une approche plus globale et le fait que Right to Dream soit désormais bien connu en Afrique fait que les parents nous font plus facilement confiance aussi. Ce qui me rend le plus fier, c'est quand je parle à des clubs qui ont signé nos joueuses : ils ne se contentent pas de dire que la joueuse est très bonne, on le sait déjà, ils nous disent que la personne est très bien, que le caractère est excellent. C'est tout aussi important pour nous que d'être doué avec le pied droit.
"11 joueuses à cette CAN, c'est déjà très beau, mais le chiffre doit continuer de grandir"
Quel est, selon vous, le secret de la réussite de Right to Dream, en particulier côté féminin ?
Je ne pense pas qu'il y ait vraiment de secret. Tout repose sur une direction engagée et alignée. Je crois que la clé, pour nous, c'est vraiment l'alignement : depuis le sommet, nos actionnaires, jusqu'au terrain, là où quelqu'un s'entraîne avec les filles ou travaille sur leur scolarité. Tout le monde est aligné sur ce qu'est la filière, sur le plan, avec de la cohérence au quotidien. Avec cette cohérence, on peut travailler sans peur, on progresse et on finit par réaliser ses rêves si on reste assez régulier et la non-désélection en fait partie intégrante, puisque nous ne désélectionnons pas tous les six ou douze mois. J'ai travaillé dans plusieurs autres clubs, et le problème, c'est souvent le désalignement : quelqu'un n'est pas d'accord, quelqu'un change d'avis en haut de la hiérarchie, et ça casse la cohérence. Nous, nous pouvons être cohérents parce que nos actionnaires sont pleinement alignés sur le projet.
Comment voyez-vous l'avenir de Right to Dream côté féminin ? Vous dites n'en être qu'au début, et vous avez déjà 11 joueuses à cette CAN, ce qui est impressionnant.
Si on prend le FC Masar comme exemple, la directrice sportive, Mariam Hijazi, a fait un travail remarquable pour construire à la fois l'académie féminine et une équipe première compétitive, très jeune. La saison dernière, quatre joueuses formées au club depuis cinq ans ont intégré l'effectif. Le modèle commence tout juste à prouver qu'on peut développer de plus en plus de joueuses professionnelles, et j'espère qu'on pourra construire un avenir encore meilleur pour le FC Masar et la sélection égyptienne. Au final, il s'agit de constamment progresser et de se mondialiser davantage. Une recruteuse à temps plein dédiée au football féminin ne peut qu'améliorer notre connaissance, notre base de données, nos chances de recruter les bonnes joueuses et de leur offrir le bon développement. Onze joueuses à cette CAN, c'est déjà très beau, et nous en sommes fiers, mais comme côté masculin, ce chiffre doit continuer de grandir. Côté masculin, on mesure ça au nombre de joueurs dans le top 5 européen : Angleterre, Allemagne, France, Italie et Espagne. Actuellement 16, un record. Quelque chose de similaire devrait se produire côté féminin, avec de plus en plus de joueuses atteignant les grands championnats et y performant.
On peut donc imaginer qu'un jour, une joueuse de Right to Dream évoluera en Women's Super League ou en NWSL ?
Exactement. On l'a déjà, mais on en veut davantage, et davantage depuis chaque site. L'académie égyptienne n'a que cinq ans, c'est très jeune pour une académie de football. La règle générale, c'est qu'il faut sept à dix ans pour vraiment bâtir une académie d'élite. Donc on est encore très jeunes là-bas. Le Ghana est une académie plus ancienne, mais côté féminin, en tant que choix assumé, ce n'est pas si vieux non plus, on ne voit encore que les premiers fruits de cet investissement.
Imaginez-vous qu'un jour, toute la sélection féminine du Ghana puisse bénéficier de Right to Dream ? Aujourd'hui, je crois qu'il y a deux joueuses issues de l'académie en sélection.
J'espère. Comme on l'a vu côté masculin, à la Coupe du monde, où nous avions cinq joueurs dans les joueurs convoqués au Mondial, plus sans doute notre meilleur joueur, Mohammed Kudus, qui était blessé. C'est une façon de rendre quelque chose au pays. Donc, j'espère.
Avez-vous un objectif chiffré précis, par exemple, avoir dix joueuses dans les grands championnats d'ici dix ans, ou vous ne fixez pas ce genre d'objectif ?
Si, mais d'une autre manière. Côté masculin comme féminin, nous mesurons le nombre de "top players", c'est-à-dire des joueuses capables d'évoluer au plus haut niveau, que chaque académie doit produire par catégorie d'âge. C'est l'objectif que chaque académie doit atteindre d'ici 2030.
