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"Battre le Nigeria est une surprise mais pas un hasard" : comment Ascent Soccer révolutionne le football féminin au Malawi

"Battre le Nigeria est une surprise mais pas un hasard" : comment Ascent Soccer révolutionne le football féminin au Malawi
"Battre le Nigeria est une surprise mais pas un hasard" : comment Ascent Soccer révolutionne le football féminin au MalawiAscent Soccer

Alors que le Malawi a signé l'exploit retentissant de battre le Nigéria lors du tout premier match de Coupe d'Afrique des Nations féminine de son histoire, 4 des 11 titulaires provenaient d'une seule et même structure : Ascent Soccer. L'académie fondée en 2015 à Lilongwe est devenue la véritable fabrique à pépites d'un pays aujourd'hui davantage connu pour ses stars féminines avec les soeurs Chawinga que son football masculin. Son co-fondateur, George Maguire, retrace dix ans d'un pari fou.

L'histoire d'Ascent Soccer ne commence pas avec un projet mûrement réfléchi de développer le football malawite. Elle commence en 2008, quand George Maguire, jeune Anglais passé par les centres de formation de Bristol City et de Southampton, s'installe au Malawi pour gérer un tournoi de football et de netball sponsorisé par l'entreprise agricole de son père. "Il n'y avait pas d'académies, pas de développement des jeunes joueurs", explique-t-il en repensant à cette époque. Le tournoi touche 5 300 écoles et 50 000 élèves à travers le pays. C'est là, lors des finales régionales et nationales, que Maguire perçoit un potentiel brut, mais complètement délaissé.

La question qui l'obsède alors est simple : pourquoi le Malawi, le Zimbabwe ou la Zambie ne produisent-ils jamais de joueurs visibles dans les grands championnats, contrairement à la Côte d'Ivoire ou au Sénégal ? Sa réponse, après enquête : l'absence totale de structures. "Les clubs n'ont pas d'argent. Il n'y a pas d'académies, pas de formation des jeunes." De ce constat naît, en 2015, Ascent Soccer, avec des moyens dérisoires. "On a commencé avec 300 livres et dix ballons, rien d'autre, mais beaucoup de motivation", résume Maguire.

Fait notable : ce choix géographique n'a rien de stratégique. "Honnêtement, si vous vouliez être stratégique sur l'endroit où installer une académie de football, vous iriez probablement en Zambie plutôt qu'au Malawi. L'économie y est plus stable, et le vivier de talents est sans doute meilleur sur le papier." Mais c'est là que Maguire vivait, là que son père développait son activité, et c'est là qu'est née l'académie, presque par accident géographique.

Ascent Soccer repose aujourd'hui sur cinq piliers : le football, la scolarité (via un programme STEAM), l'équité filles-garçons, l'écologie (l'académie revendique le titre de campus le plus vert d'Afrique subsaharienne, entièrement alimenté à l'énergie solaire) et le développement communautaire. Le nouveau campus de dix hectares, pleinement opérationnel depuis janvier 2025, accueille 80 pensionnaires à temps plein.

Un basculement inattendu : les filles avant les garçons

Ce qui rend le cas malawite singulier, c'est que ses premières figures visibles en Europe sont des joueuses, les deux soeurs Tabitha et Temwa Chawinga, et non des joueurs. George Maguire a une explication précise à ce phénomène, qu'il juge presque contre-intuitif : "Je pense que le football féminin se développe très vite, mais qu'il reste globalement moins développé que le masculin. Ça nous a permis, plus facilement, d'amener des joueuses au niveau où l'Europe accepte de leur offrir des contrats."

Selon lui, l'écart d'investissement dans le football masculin européen, sur les quinze dernières années, a fini par rendre la marche trop haute pour des joueurs formés uniquement en Afrique, hors des grandes filières comme Right to Dream. "Si on regarde la Premier League, les deux joueurs africains les plus valorisés qui ont été formés en Afrique sont passés par Right to Dream, avec un investissement à l'européenne. Il y a dix ou quinze ans, des joueurs formés localement en Afrique, comme Didier Drogba ou les frères Touré, arrivaient encore à ce niveau-là sans ça. Ce n'est pas que le talent a changé, c'est que le niveau d'exigence en Europe a explosé."

Côté féminin, ce plafond ne s'est pas encore élevé aussi haut, faute d'argent injecté massivement dans le football féminin européen. "Ça laisse une marge pour un talent africain, très athlétique, très agressif, qui apporte une intensité physique que certaines joueuses européennes n'ont pas encore." Une dynamique dont Maguire semble presque s'amuser : "Je trouve que c'est une belle histoire, que les deux personnalités les plus connues du football malawite soient des joueuses. C'est vraiment intéressant."

Le pari du football féminin dans un désert structurel

George Maguire insiste sur le déséquilibre initial entre filles et garçons au moment de lancer le programme féminin. "Il n'y a pas de championnat professionnel au Malawi. Les femmes ne sont pas payées pour jouer, même dans l'élite." Le championnat national féminin n'existe que depuis un an ; auparavant, il n'y avait que trois ligues régionales.

Quand Ascent Soccer signe sa première joueuse en 2017, la mission relève presque de l'impossible : "On ne trouvait quasiment aucune jeune joueuse talentueuse. Il y avait si peu d'équipes que si vous étiez une bonne joueuse de 13 ou 14 ans, vous jouiez déjà en senior, dans un football qui n'était pas vraiment sûr." Faute de vivier identifiable, l'académie interroge même ses propres joueurs garçons pour savoir s'ils connaissent de bonnes joueuses dans leur école. C'est ainsi qu'un gardien de but de dix ans signale une camarade de classe, particulièrement douée selon lui. Cette fille s'appelle Ireen Khumalo. Elle devient officiellement la toute première recrue féminine de l'histoire de l'académie, avant de démarrer, des années plus tard, comme arrière gauche contre le Nigeria, aujourd'hui pensionnaire de Silver Strikers Ladies, un club du Malawi.

Les résistances culturelles pèsent lourd, davantage que du côté masculin. "Il y a des barrières culturelles à la participation des filles, notamment dans une culture africaine assez conservatrice concernant le fait de montrer ses jambes en public, et des parents qui disent que le football ne mènera leur fille nulle part, qu'elle devrait être à l'école ou rester à la maison pour aider", admet le co-fondateur d'Ascent. Maguire raconte le cas de Melicy Lickson, deuxième recrue féminine de l'académie, ancienne internationale U17 et U20 et aujourd'hui salariée de l'académie, qui devait mentir à sa mère sur ses allers-retours à l'entraînement, sous peine d'interdiction pure et simple.

Un recrutement taillé pour un pays pauvre et étendu

Le Malawi s'étire du nord au sud sur environ dix heures de route, divisé en trois régions. Ascent Soccer, basé à Lilongwe, organise chaque année une semaine de détection dans le nord, une semaine dans le sud, et un travail continu dans la région centrale où se trouve son campus. Le processus se déroule en plusieurs étapes : des tournois ouverts dans les zones les plus densément peuplées, puis une journée de sélection pour les jeunes les plus prometteurs, incluant des tests cognitifs non conventionnels (reconnaissance de motifs, suites logiques) plutôt que des examens scolaires classiques. "Le Malawi est le cinquième pays le plus pauvre du monde, replace Maguire. Dans les écoles publiques, les classes comptent en moyenne une centaine d'élèves. Seuls 12 % de la population terminent le secondaire, 1 % vont à l'université." Dans ce contexte, l'académie évalue le potentiel plutôt que le niveau acquis.

Les jeunes retenues sont ensuite invitées à une semaine résidentielle appelée National Trials, souvent leur toute première sortie de leur région d'origine. "Certaines arrivent sans crampons, certaines sans brosse à dents. C'est difficile pour nos esprits occidentaux de comprendre ces défis-là. C'est aussi pour ça qu'on est si fiers des filles qui disputent la Coupe d'Afrique des nations aujourd'hui : les gens verront le résultat sur un plateau, mais pour le Malawi, battre le Nigeria est encore plus incroyable qu'on ne l'imagine, à cause des parcours que ces joueuses ont traversés. Pour autant le résultat face au Nigeria a été une surprise, mais ce n'est pas du hasard."

Convaincre les familles reste, selon Maguire, nettement plus délicat côté féminin que côté masculin. "On demande aux parents de nous confier leur fille, parfois à deux, trois, quatre heures de route." L'académie explique alors son fonctionnement, son taux d'encadrement, la façon dont les pensionnaires sont suivies au quotidien et organise des visites de campus pour les familles ou pour un proche vivant dans la capitale, quand les parents eux-mêmes ne peuvent pas se déplacer. "Il y a des parents qui n'osent rien demander et nous envoient leur fille directement. On se dit : est-ce que je ferais ça avec ma propre fille ? Sans doute pas."

Le cas de Lughano Nyondo, qui a signé très jeune pour une université américaine où elle apprend les sciences de l'environnement et évolue aujourd'hui dans le championnat universitaire avec les Northeastern Huskies, illustre la difficulté de ces échanges : "Ça a été la conversation parentale la plus dure qu'on ait jamais eue. La famille a fait venir oncles et tantes, un vrai comité dans la pièce, deux bonnes heures de discussion, puis ils ont demandé un week-end de réflexion." Maguire note toutefois que ces discussions s'apaisent avec le temps, à mesure que la réputation de l'académie grandit dans les communautés : "Ce qui est arrivé à Faith, à Rose, aux sœurs Chawinga, à Lughano, tout ça est aujourd'hui bien connu et médiatisé au Malawi. Un résultat comme celui contre le Nigeria, ça ne fait que rendre ces conversations plus faciles."

Une fois admises, les joueuses bénéficient d'un accompagnement complet, gratuit, sans possibilité de payer pour intégrer le programme : hébergement, alimentation, suivi médical, équipement, scolarité jusqu'à la fin du secondaire. "On n'est pas à but lucratif. C'est gratuit, on ne fait payer personne. On ne peut pas acheter sa place à Ascent Soccer non plus, il faut être sélectionnée."

L'entraînement mixte, moteur du progrès féminin

L'un des choix méthodologiques les plus singuliers de l'académie est l'entraînement en groupes mixtes, filles et garçons confondus, sur la base non pas seulement de l'âge mais aussi du profil physique. "On pense que plus les filles sont exposées à un football rapide et technique, plus leur développement s'accélère. On a testé des groupes mixtes sur plusieurs séances hebdomadaires et l'amélioration chez les joueuses est tangible."

La logique : le jeu masculin, plus rapide au Malawi, prépare les filles à encaisser la pression et la vitesse, un vrai gain de temps dans leur progression. "Si elles arrivent à gérer ça contre des garçons, alors quand elles jouent contre des filles, l'intensité leur paraît moindre." Ce dispositif s'accompagne de séances non mixtes pour un développement équilibré et il arrive régulièrement que les filles surclassent les garçons dans ces entraînements communs. Maguire y voit un bénéfice culturel autant que sportif : "C'est un très bon message à envoyer aux garçons. Ce n'est pas juste 'Je me suis fait dribbler par cette ailière', ça a été quelque chose de vraiment positif pour notre environnement."

Sur le plan tactique, l'académie revendique une identité de jeu ouverte mais volontairement peu rigide, à contre-courant des grandes académies européennes. "On veut jouer un football porté vers l'avant, être rapide dans les transitions, faire circuler le ballon au sol, et responsabiliser les joueurs et joueuses dans leurs prises de décision." Maguire assume de ne pas vouloir "coacher" la part d'improvisation et de dribble qui, selon lui, distingue les talents africains formés localement : "Si on fait juste comme le Bayern ou Arsenal, en imposant une identité de jeu précise, on ne sera qu'une version moins bonne d'eux."

L'onde de choc Chawinga

Impossible d'évoquer le football féminin malawite sans les sœurs Chawinga, Tabitha et Temwa, dont l'aînée porte aujourd'hui les couleurs de l'OL Lyonnes. George Maguire a joué, avant même la fondation de l'académie, un rôle direct dans le décollage de Tabitha. En 2013, alors qu'il dirigeait une structure de tourisme footballistique baptisée African Football Tours, trois Londoniennes lui demandent d'organiser un séjour axé sur le football féminin. Le groupe assiste à un entraînement de DD Sunshine (aujourd'hui rattaché à Silver Strikers), où évolue une certaine Tabitha, 17 ans. "Elle était à un niveau complètement différent de tout ce qui l'entourait." Interrogée, la joueuse confie qu'elle compte déjà quatre sélections et neuf buts en équipe nationale, sans que personne ne l'aide à se montrer.

Maguire filme alors Tabitha à l'entraînement. "Je ne pensais pas que cette vidéo fonctionnerait, honnêtement. C'est probablement la pire vidéo qui ait jamais permis à une joueuse de partir." (cliquez pour voir la vidéo en question). Quelques mois plus tard, un club suédois la contacte. Une trajectoire est lancée, qui la mènera jusqu'en Chine puis en Europe. Fait amusant du destin : lorsque ce même club suédois laisse Tabitha partir, il la remplace... par sa sœur Temwa.

Pour Maguire, l'impact des deux sœurs dépasse largement le sportif : "Elles ont montré qu'une carrière dans le football féminin est possible, et ça change les attitudes de toute une société sur ce que le football peut apporter à une joueuse. Et elles ont inspiré toute une génération." Il cite Lughano ou Victoria Mkwala, aujourd'hui joueuses d'Ascent Soccer, qui admiraient Tabitha à 11 ou 12 ans sans savoir qu'elles joueraient un jour à ses côtés en sélection. "C'est un très beau passage de témoin."

Un tirage redouté, un exploit historique

Le parcours qualificatif du Malawi pour la Coupe d'Afrique des nations 2026 tient en une image : les deux buts de Faith Chinzimu contre l'Angola, qui envoient pour la première fois de son histoire la sélection féminine malawite à la Coupe d'Afrique des nations. Formée à Ascent Soccer avant de rejoindre Häcken en Suède, Faith est devenue l'une des étoiles montantes de cette génération.

Le tirage au sort du tournoi, avec la Zambie, le Nigeria et l'Égypte dans le groupe du Malawi, avait de quoi inquiéter. "Tout le monde au Malawi s'est dit : oh non, à leur premier tournoi, on ne pouvait pas avoir un match plus facile ?" raconte Maguire, qui souligne la rivalité locale avec la Zambie, déjà passée par une Coupe du monde et des Jeux olympiques, quand le Malawi se sent en retard sur son voisin. Une victoire en amical 3-2 contre les Zambiennes l'an dernier, avec un but de Tabitha Chawinga sous la pluie à Lusaka, avait nourri l'espoir.

Face à l'ampleur du défi, la conviction de Maguire reste intacte : "On a toujours pensé que le Malawi devait simplement sortir et marquer plus de buts que l'adversaire. Le Malawi encaissera des buts, mais son secteur offensif est fort. Je ne pense pas que personne n'ait envie d'affronter cette ligne d'attaque. Personne ne veut faire face à Tabitha et Temwa, c'est certain."

Sur les onze joueuses alignées face au Nigeria, quatre sont formées par Ascent Soccer : Leticia Chinyamula au milieu de terrain, aux côtés de Faith Chinzimu avant son transfert à Hacken, Rose Kadzere sur le côté gauche, et Maggie Chavula sur le banc. Ireen Khumalo, la toute première joueuse jamais recrutée par le club, complète ce socle Ascent au sein du groupe malawite. Au total, sur les grandes compétitions de jeunes, l'académie fournit à elle seule cinq ou six joueuses aux sélections U15, U17 et U20 du pays. "On est la plus grande filière de talents vers les sélections nationales", dit fièrement Maguire.

Rose Kadzere, la pionnière de Montpellier

Le nom qui revient le plus souvent dans le récit de George Maguire est celui de Rose Kadzere, aujourd'hui titulaire à Montpellier, où elle est devenue la première joueuse malawite, homme ou femme confondu, à rejoindre directement l'un des cinq grands championnats européens.

Son parcours a été marqué par la pandémie de Covid-19, qui a interrompu son suivi pendant un an et demi. "Rose venait d'un milieu très pauvre, une enfance rude, un accès limité à la nutrition, un départ difficile." L'éducation a d'abord été un défi en soi : "Elle n'allait pas vraiment à l'école quand on l'a signée. Elle n'aimait pas ça. Elle voulait juste jouer au football tout le temps. Je suis presque certain qu'elle a joué contre des garçons tous les jours pendant l'année de pandémie où les championnats de football ont été arrêtés." C'est à la reprise des entraînements que le club prend la mesure de son potentiel : "On avait entendu dire qu'on avait trouvé une joueuse talentueuse dans le Lilongwe, mais personne n'avait dit qu'on avait trouvé une joueuse du niveau de Rose."

Intégrée au groupe senior féminin dès 14 ans, internationale A à 16 ans, buteuse en Coupe COSAFA au même âge, Rose bénéficie d'un accompagnement nutritionnel renforcé (compléments protéinés) pour pallier les carences de son enfance. Mais l'obtention d'un premier essai à l'étranger relève longtemps du parcours du combattant : "Personne ne voulait vraiment lui donner sa chance, même pour un simple essai." C'est via le réseau de Right to Dream que la mécanique s'enclenche : un premier contact avec Nordsjælland au Danemark, puis l'intérêt du Rosengård suédois, championne en titre à l'époque, puis celui du PSG. "Je pense que le PSG essayait peut-être de faire venir une autre Malawite, dans l'entourage de Tabitha, pour essayer de dissuader Tabitha de partir à Lyon. C'est possible, mais je n'en suis pas certain." Finalement, c'est Montpellier qui se positionne et lui propose directement de la signer, via une agence qui représente notamment Sam Kerr. "On n'arrivait même pas à lui obtenir un essai, et là, tout d'un coup ils voulaient la signer...", rembobine Maguire.

Le suivi ne s'arrête pas à la signature. Ascent Soccer maintient des points hebdomadaires avec Rose, l'aide dans ses démarches de visa et de voyages, et l'a accompagnée jusque dans des détails très concrets de la vie quotidienne en France. "On a dû l'aider avec l'électricité, comment payer une facture. Le club en fait beaucoup, mais s'il y a des questions, on doit conseiller. Ce sont des situations que vous ne verrez pas avec des joueuses qui ont grandi en Angleterre ou en France, qui connaissent les codes." Maguire ne cache pas une forme d'inquiétude persistante, même après le transfert : "On espère vraiment pour elles et on fait ce qu'on peut pour les soutenir. Mais est-ce qu'on en a fait assez pour qu'elles tiennent debout seules et qu'elles s'en sortent ?"

Un football sans argent, mais en pleine structuration

Le tableau du football féminin malawite dressé par George Maguire est celui d'un sport en train de se construire ses fondations. Il n'existe toujours pas de ligue professionnelle : les meilleurs joueurs, côté masculin, touchent environ 700 dollars par mois, et le football féminin reste très en deçà. "Certaines des meilleures équipes féminines proposent des indemnités d'entraînement et de déplacement, mais on est loin d'une ligue professionnelle."

Les progrès sont pourtant réels. Il y a cinq ou six ans, aucune grande ville ne disposait de championnat jeunes, et il n'existait que trois ligues régionales. Ascent Soccer, alors engagé dans la ligue de la région centre, y a fini deux fois deuxième et l'a remportée une fois, avant de disputer la Ligue des champions régionale avec une équipe de jeunes filles, une première du genre selon Maguire : "Je ne suis pas sûr qu'il y ait déjà eu ailleurs une équipe de jeunes qualifiée pour une Ligue des champions d'adultes. Seul le Malawi permet ça." La création d'un championnat national, avec le soutien d'un sponsor bancaire, a changé la donne en fournissant des moyens aux clubs engagés pour voyager et en resserrant le niveau des rencontres : "C'est bien mieux pour nos joueuses de disputer des matchs disputés chaque semaine que de gagner 17-0. Personne n'apprend rien comme ça."

Un rôle qui dépasse le tremplin sportif

Interrogé sur ce qui le rend le plus fier, George Maguire ne s'arrête pas aux transferts en Europe. "On voulait créer des joueurs et des joueuses suffisamment bons pour devenir des modèles, pour mettre le Malawi sur la carte et montrer que c'est possible, et ce que ça signifie pour les enfants du pays, apporter un peu de joie dans tout ça. Je crois qu'on est en train de le faire." Il évoque volontiers des trajectoires moins médiatisées que celles de Rose ou Faith : des jeunes qui n'auraient jamais terminé l'école sans l'académie, ou Hassan, ancien joueur signé tout jeune, devenu éducateur pour les équipes garçons et présent en encadrement lors de la finale de la Ray Cup au stade national d'Islande.

Pour les profils qui ne perceront pas au haut niveau, l'académie propose des passerelles vers l'université, la formation professionnelle ou des filières qualifiantes. "On essaie de mettre en place, pour chaque joueur et chaque joueuse, un moyen de gagner sa vie, que ce soit par le football ou en dehors."

Alors que le Malawi dispute sa première Coupe d'Afrique des nations avec une bonne partie de son onze passée par Ascent Soccer, et une attaque emmenée par les sœurs Chawinga elles aussi liées à l'histoire du club, George Maguire résume l'ambition d'une décennie de travail dans une formule sobre : "Ça montre simplement ce qui se passe quand des ressources sérieuses sont investies dans un environnement où le talent est nourri et protégé."