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Avec Joey Veerman, le "Pirlo néerlandais", Dortmund tient une force créative redoutable mais imparfaite

Joey Veerman lors de son dernier match avec le PSV
Joey Veerman lors de son dernier match avec le PSVPro Shots Photo Agency / Sipa USA / Profimedia

Après environ cinq ans passés parmi les meilleurs joueurs d’Eredivisie, le milieu néerlandais de 27 ans Joey Veerman a enfin obtenu le transfert qu’il attendait tant. Il rejoint le Borussia Dortmund en provenance du PSV, et voici ce qu’il va apporter au club allemand.

Depuis son arrivée au PSV en provenance de Heerenveen en 2022, Joey Veerman s’est imposé comme l’un des meilleurs joueurs des Pays-Bas, étant l’une des raisons principales pour lesquelles le club d’Eindhoven a remporté trois titres de champion consécutivement.

Ses performances ont attiré l’attention de nombreux clubs européens, et après que des transferts vers Brentford et Fenerbahçe ont échoué la saison dernière, il a décroché un transfert encore plus prestigieux en rejoignant le Borussia Dortmund, qui a levé sa clause libératoire de 22 millions d’euros.

Avec le Néerlandais, le club tient une force créative redoutable mais imparfaite.

Des chiffres remarquables

Pour comprendre pourquoi Dortmund a choisi de recruter Veerman, il suffit de jeter un œil à ses statistiques, tout simplement sensationnelles.

Lors de ses quatre saisons pleines au PSV, il a créé 395 occasions et délivré 48 passes décisives en 119 matchs de championnat. Sur cette période, aucun autre joueur d’Eredivisie ne s’est approché de tels chiffres dans ces deux domaines.

En réalité, très peu de joueurs en Europe affichent de tels chiffres. Dans les dix meilleurs championnats européens, seul Michael Olise (51) compte plus de passes décisives depuis le début de la saison 2022/23, et seul Bruno Fernandes (460) a créé plus d’occasions.

Ces statistiques sont d’autant plus impressionnantes que Veerman a manqué une bonne partie de la saison 2024/25 sur blessure, étant indisponible de fin septembre à début décembre à cause d’une blessure à la cuisse. Sans cette blessure, il aurait très probablement atteint au moins dix passes décisives lors de quatre saisons consécutivement.

Les saisons pleines de Veerman au PSV
Les saisons pleines de Veerman au PSVFlashscore

Bien sûr, un milieu doit faire plus que créer des occasions et des buts, mais le système de notation de Flashscore prend en compte quasiment tous les critères imaginables, et ces notes dressent un portrait encore plus flatteur.

Son jeu a franchi un cap supplémentaire lorsque Peter Bosz a pris les commandes du PSV avant la saison 2023/24, et le milieu a terminé cet exercice avec une note moyenne de 8,2 sur 10 en championnat. Après une baisse à 7,4 de moyenne la saison suivante, principalement à cause de la blessure évoquée plus haut, il est remonté à 8,1 pour 2025/26.

Là encore, ce sont des chiffres qui le placent tout en haut du football européen. Parmi les joueurs des dix meilleurs championnats, il a obtenu la meilleure note Flashscore en 2023/24, et la deuxième meilleure en 2025/26, juste derrière Lamine Yamal.

Un meneur de jeu à l’ancienne, pour le meilleur et pour le pire

Dortmund a donc recruté un joueur qui performe à haut niveau depuis longtemps, mais quel est son profil ? Eh bien, un profil rare de nos jours.

Le football s’est intensifié et accéléré ces dix dernières années, et les milieux de terrain d’élite sont généralement ceux qui résistent le mieux au pressing, capables de jouer sous pression grâce à leur sang-froid et leur vivacité d’esprit, et qui savent eux-mêmes presser fort sans ballon. La plupart savent aussi casser le pressing grâce à leur capacité à porter le ballon.

Veerman, lui, n’excelle dans aucun de ces domaines. Il s’inscrit plutôt dans la lignée des meneurs de jeu reculés à l’ancienne, à la Andrea Pirlo : une qualité de passe et une vision exceptionnelles, mais peu de dribbles, de tacles ou de courses intenses.

Les passes de Veerman dans le dernier tiers la saison dernière
Les passes de Veerman dans le dernier tiers la saison dernièreOpta by StatsPerform

En réalité, il a été surnommé Pirlo dans son pays natal, et cela se comprend aisément. Il excelle sur coups de pied arrêtés, possède une vision de jeu remarquable, et rares sont ceux qui disposent d’une telle palette de passes.

Au PSV, il venait très souvent chercher le ballon bas pour faire progresser son équipe grâce à une passe maligne entre les lignes ou une ouverture aérienne somptueuse vers un coéquipier. Il n’a ni la vitesse ni l’agilité pour porter le ballon, mais compense largement par ce qu’il est capable de faire balle au pied, même à l’arrêt.

Comme pour Pirlo, cela inclut aussi la finition. Il a inscrit plus de buts depuis l’extérieur de la surface que tout autre joueur d’Eredivisie depuis ses débuts en championnat en 2019, avec quelques chefs-d’œuvre du pied gauche, qu’il s’agisse de frappes enroulées ou de missiles.

Cela dit, son côté statique a évidemment ses limites. Il n’apporte pas grand-chose défensivement, que ce soit pour récupérer le ballon dans le camp adverse ou tacler dans le sien, et il souffre énormément face à des adversaires qui pressent fort et ne lui laissent aucun temps pour ajuster ses passes.

Cela s’est souvent vu en Ligue des champions face aux grosses équipes, et ce fut encore plus flagrant lors de la défaite 3-2 des Pays-Bas contre l’Autriche à l’Euro 2024, où le milieu a été remplacé après seulement 35 minutes. Les Autrichiens l’ont harcelé d’entrée, et il n’a pas su répondre, ne réussissant que neuf de ses 19 passes et perdant 16 ballons au total.

Joey ou Jobe ?

Pour sa défense, il n’est pas évident d’améliorer sa résistance au pressing quand on a passé la majeure partie de sa carrière dans une équipe si dominante que la plupart des adversaires du championnat n’osent même pas presser. Mais en Allemagne, ce sera le cas, et sa capacité à relever ce défi déterminera sans doute s’il sera titulaire ou non.

Avec Felix Nmecha quasiment assuré d’occuper l’un des postes de milieu axial dans le 3-4-3 de Niko Kovac, Veerman devrait se disputer l’autre place dans le onze de départ avec Jobe Bellingham. Il ne fait aucun doute qu’il apporte bien plus balle au pied que le jeune frère de Jude. Sa vision et sa qualité de frappe sont d’un autre niveau, même en tenant compte du fait que le Néerlandais a affronté des adversaires de moindre calibre.

Cependant, Bellingham est meilleur dribbleur, plus efficace à la récupération, et apporte davantage de vitesse et d’énergie que la nouvelle recrue.

Joey Veerman vs Jobe Bellingham en 2025/26
Joey Veerman vs Jobe Bellingham en 2025/26Opta by StatsPerform

Il faut aussi rappeler que l’Anglais a sept ans de moins, et qu’il a donc plus de chances de progresser dans les saisons à venir que Veerman.

Même si Bellingham progresse et que le Néerlandais reste globalement le même joueur qui a dominé l’Eredivisie ces trois dernières années, avec ses défauts, le joueur de 27 ans restera une arme redoutable pour Kovac. Pour faire sauter les blocs bas face à des adversaires plus faibles ou pour forcer la décision contre des équipes solides qui protègent un résultat, rares sont ceux qui sont aussi précieux que Veerman.

Et s’il parvient aussi à progresser dans ses points faibles, il pourrait bien s’imposer comme l’une des recrues de l’été, et comme l’un des meilleurs meneurs de jeu du monde.