Le tennis est né au XIIe siècle dans les cloîtres où des moines en quête de distraction s'échangeaient une balle avec la paume de la main en disant "tenez", car la politesse est une vertu cardinale. La raquette est apparue 400 ans plus tard et depuis, le tennis n'est plus un divertissement d'abbaye mais un sport où la puissance physique a pris le dessus.
Au cours des dernières années, l'évolution du matériel et de la préparation physique et mentale a révolutionné le jeu. Dans le bon sens ? Toute la question est là. Pour la première fois depuis l'invention du tennis il y a environ 150 ans, le revers à une main ne sera pas présent en deuxième semaine d'un Grand Chelem, sur les deux tableaux individuels.
Petit à petit, ce particularisme disparaît. Roger Federer a perdu du protagonisme au fil des années. Autre chantre du revers à une main, Stefanos Tsitsipas a reculé au classement et malgré un regain de forme à l'US Open, il a été sorti en trois sets en 1/8 de finale par Ben Shelton.
Geste fondateur du tennis, le revers à une main disparaît. Le revers à deux mains, qui apporte force et stabilité, devient la prise unique. Le jeu de relance est devenu la norme. Cela va de pair avec le ralentissement des surfaces qui uniformise le style de jeu. Les spécialistes de service-volée appartiennent aux livres d'histoire, tout comme les purs spécialistes de terre battue pour qui la saison s'arrêtait peu ou prou à Roland-Garros ou leurs homologues sur gazon qui performaient pendant un mois et vivotaient sur dur le reste du temps.
L'absence d'un Top 10 clairement établi, ou plutôt d'un Top 7 pour suivre le trio Jannik Sinner-Carlos Alcaraz-Alexander Zverev, renforce l'idée d'une érosion de l'intérêt global pour la discipline. Le niveau de la WTA est plus dense mais le style de jeu empêche l'identification. Dans les deux tableaux, les joueurs et joueuses sont interchangeables, sauf rares exceptions comme Alcaraz ou Daniil Medvedev.
Le problème du tennis n'est pas le comptage des points, la durée des matches, le prize money. La réalité, c'est que la disparition du revers à une main est une alarme à prendre avec le plus grand sérieux. Le revers à deux mains n'apporte aucune attraction au jeu et, oui, il faudrait l'interdire. Le revers à une main, c'est la difficulté, le risque, la technique, la main, la volonté d'aller vers l'avant, de ne pas se contenter d'un coup de remise. Le revers à une main, c'est le tennis. Le perdre, c'est en perdre l'essence. Malheureusement, cela ne semble pas être la priorité des dirigeants et des joueurs et joueuses, plus préoccupés par leurs comptes en banque et le nombre de followers artificiellement grossis par des influenceurs et influenceuses plus intéressés par leur gloriole que par le jeu.
Le revers à deux mains tue le tennis à petit feu, il est encore temps d'agir pour l'éviter.
