Vingt-quatre ans après sa dernière participation, la Turquie s'attendait certainement à mieux que cette défaite inaugurale contre l'Australie (2-0). Le duel contre le Paraguay, laminé par les États-Unis (4-1), revêt donc une importance capitale et gagner sera la seule option.
L'engouement populaire est immense dans un pays où le football n'est pas une mince affaire. Et l'éclosion de la génération 2005 suscite de grands espoirs, même si les parallèles avec la sélection demi-finaliste en 2002 ne sont pas clairement établis. "La nature est différente, explique Banu Yelkovan, journaliste turque francophone. En 2002, l’espoir était collectif et presque mystique : une équipe soudée qui avançait sur une énergie de groupe. En 2026, l’engouement est cristallisé sur des noms, particulièrement deux : Arda Güler et Kenan Yıldız".
Nommé révélation de la saison en Ligue des Champions, Güler (21 ans) a démontré qu'il était capable de supporter la pression au Real Madrid, encore plus dans le contexte des deux dernières saisons. Quant à Yıldız, il sort d'une saison complète avec 11 buts et 9 passes décisives toutes compétitions confondues avec la Juventus. "L’engouement est donc fondé sur des faits concrets, pas sur de la projection", estime la journaliste.
2002, une mécanique bien rôdée
Pour autant, et le revers contre les Socceroos l'a en partie démontré même si la compétition reste longue, la Turquie de 2026 est dans une situation paradoxale par rapport à son aînée de 2002 qui a émergé alors que le pays n'avait pas disputé le Mondial depuis... 1954. "Sur le papier, le talent individuel est supérieur. Le résultat historique de 2002 n’était pas vraiment attendu avant mais il s’est passé quelque chose d’extraordinaire pendant. Or c'est l'inverse aujourd’hui. Il y a une conviction grandissante pour ce jeune effectif".
En fait, l'effet de surprise n'existe pas, surtout que le football du début du siècle était moins exposé aux yeux de tous alors qu'à présent, les images sont partagées immédiatement. "En 2002, la Turquie était emportée par un élan que personne n’avait anticipé tandis qu'en 2026, on sait que Güler et Yıldız sont exceptionnels. D’autres joueurs comme Baris Alper et Hakan Çalhanoglu peuvent s'adosser à eux et nous avons entre autres Uğurcan Çakır, un gardien sûr dans son poste et qui a réalisé une superbe saison. Tout ça crée une attente plus consciente, plus calculée, et une pression aussi qui pourrait rendre le groupe plus fragile psychologiquement".
Pour autant, Hakan Şükür n'a pas de successeur en pointe et c'est un vrai problème pour cette équipe car celui qui était à ce moment-là attaquant à l'Inter était une vraie référence pour ses coéquipiers. Kerem Aktürkoğlu a des références mais il n'a ni le CV ni l'aura de son prédécesseur.
En somme, 2002 représentait l'efficacité d'un collectif qui surfait sur la victoire de Galatasaray en Coupe de l'UEFA contre Arsenal en 2000 : "la plupart de ces joueurs-là avaient déjà gagné ensemble. Il n'y avait aucune star planétaire isolée, mais une mécanique rodée". Et cela s'est transposé avec la sélection. "Senol Güneş avait aussi le luxe d’un onze très lisible tactiquement : un bloc bas-médian, une transition rapide, Hasan Şaş et Emre Belözoğlu comme pistons et un bon point d’appui. La complémentarité était structurelle".
Pour la journaliste, le mélange de 2026 est "moins homogène. Çalhanoğlu ancre le milieu, Merih Demiral tient la défense,15 joueurs viennent de la Süper Lig, Güler joue dans un système au Real Madrid construit autour de Kylian Mbappé, Yıldız dans une Juventus en reconstruction permanente".
Montella a créé de la cohésion
L'amalgame semble donc plus délicat à construire pour Vincenzo Montella qui s'est pleinement adapté aux spécificités du football turc avec l'Adana Demirspor (2021-2023) puis avec la sélection, ce qui était loin d'être acquis d'avance tant la carrière d'entraîneur de l'ancien attaquant de la Roma et de la Nazionale avait peu convaincu dans ce rôle et apparaissait en nette perte de vitesse. "Il a réussi à maintenir une harmonie dans une équipe qui avait souvent souffert de tensions internes dans les ères précédentes. C’est peut-être sa contribution la plus précieuse : pas une révolution tactique, mais une atmosphère. Ce que Güneş avait accompli en 2002 par la rigueur, Montella semble l’avoir accompli par la confiance. Çalhanoğlu, qui dépasse les 100 sélections est le seul lien générationnel, celui qui fait le pont entre le talent brut des 2005 et l’expérience du reste du groupe".
Alors que la génération de 2002 avait la beauté d'une première, avec une médaille de bronze au bout, celle de 2026 est davantage programmée pour performer à très haut niveau. "En talent individuel, 2026 surpasse 2002, c'est même historique pour la Turquie et c'est sans doute l’effectif le plus fort depuis 2002 car il combine exubérance juvénile et leadership expérimenté".
Pour autant, la performance réalisée en Asie demeure indépassable dans les coeurs. "En termes de complémentarité, 2002 reste la référence. Cette équipe-là avait quelque chose que les statistiques ne capturent pas : elle savait souffrir ensemble. Elle l’a prouvé contre le Japon (1-0) en huitièmes de finale devant un public hostile, contre le Sénégal (1-0 a.p.) en quarts avec le dernier but en or de l'Histoire et contre le Brésil en demi avec un but en fin de première mi-temps, un rouge et une défaite cruelle".
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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