L'Argentin Bertoni voit la France favorite du Mondial et l'Albiceleste sous pression

Daniel Bertoni en octobre 2022.
Daniel Bertoni en octobre 2022.JUAN MABROMATA/AFP

Daniel Bertoni, l'un des héros du titre de champion du monde 1978 de l'Argentine, voit résolument la France favorite du Mondial 2026, et pressent une "grande pression" sur l'Albiceleste, avec un risque de fidélité excessive du sélectionneur Lionel Scaloni aux joueurs sacrés en 2022.

Dans un entretien à l'AFP, Bertoni, buteur de la finale 1978 contre les Pays-Bas (3-1 a.p.) estime que la France a une qualité en profondeur lui permettant d'aligner "deux ou trois équipes". Derrière les Bleus, il voit, outre l'Argentine "candidate", l'Espagne, le Maroc, et les Pays-Bas, "dont personne ne parle, mais une équipe très bien construite".

QUESTION : Quelles sélections vous impressionnent pour ce Mondial ?

RÉPONSE : "La France, ça va sans dire. Elle a de quoi aligner deux ou trois équipes avec les joueurs qu'elle a. Puis, l'Espagne et le Maroc. Les Pays-Bas, dont personne ne parle, mais qui est une équipe très bien construite. Et puis l'Angleterre. Pour l'Amérique du Sud, le Brésil, l'Argentine."

Q : Comment voyez-vous l'Argentine aborder ce Mondial, dans un groupe avec l'Algérie, l'Autriche et la Jordanie ?

R : "Je crois que l'Argentine est candidate (au titre), normal quand on a joué six finales et gagné trois titres (1978, 1986, 2022). Mais si l'on croit qu'on va redevenir champions juste sur notre nom et ce qu'on a accompli, c'est une erreur. La chose qui peut vraiment tuer l'Argentine, c'est l'attachement du sélectionneur envers les joueurs qui l'ont rendu champion du monde."

Q : Comment un joueur gère-t-il la pression de défendre un titre mondial ?

R : "C'est une grande pression (...) Tout dépend de l'état du groupe et de la capacité du sélectionneur à faire coexister deux réalités: faire comprendre aux joueurs qu'ils sont champions du monde en titre, mais qu'il faudra aller le défendre sérieusement. Au Mondial 1982 (où l'Argentine fut éliminée au second tour de groupe avant les demi-finales, NDLR) on avait cru que, parce qu'on était champions du monde, on pouvait confirmer ce titre, avec Maradona et d'autres nouveaux joueurs. Mais c'est toujours difficile, tout le monde veut gagner."

Q : À bientôt 39 ans, Lionel Messi pourra-t-il être décisif ?

R : "Il est toujours un joueur décisif. Mais il approche des 40 ans et il faut voir comment il arrive physiquement. Il ne joue plus dans un football de haute compétition (dans le championnat MLS, NDLR), c'est un football qui tient beaucoup du spectacle (...) Et manquera Angel Di Maria, qui après Messi a été crucial au Mondial 2022."

Q : Le football, sa tactique, sa technologie, sa préparation, a progressé. Que reste-t-il de la qualité des joueurs ?

R : "Il y a des joueurs de très grande classe. Le problème, c'est que le football d'aujourd'hui, dit moderne, est très physique, et la chose que l'on cherche avant de construire, c'est détruire. Et on détruit déjà par la façon dont on sort presser l'adversaire (...) Chacun voit comment il peut briser les schémas tactiques. Mais le football restera dirigé et défini par les grands joueurs: ceux qui savent dribbler, qui savent se déplacer."

Q : Le Mondial 1978 en Argentine était entaché par le contexte de la dictature militaire. Le Mondial 2026 a aussi ses polémiques extra-sportives. Comment des joueurs peuvent-ils faire abstraction ?

R : "Nous, à l'époque, on ne savait pas vraiment ce qui se passait dans le pays. On savait qu'il y avait un gouvernement militaire néfaste, une sorte de guerre de guérillas, mais on n'avait pas conscience des disparus, on l'a appris plus tard, avec le temps. Je pense que les joueurs vont à un Mondial pour jouer et montrer ce qu'ils savent faire. On est des athlètes, et en tant qu'athlètes, on n'est responsables que de ce qu'on fait sur le terrain."