Interview - Franck Petitjean :  "Je ne suis pas de ceux qui vont pleurnicher"

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Interview - Franck Petitjean : "Je ne suis pas de ceux qui vont pleurnicher"
Franck Petitjean
Franck Petitjean
AFP
À deux jours de la défense de sa ceinture européenne des superlégers, Franck Petitjean a fort à faire avec les promoteurs anglais qui lui imposent une pré-pesée avant la pesée officielle. Néanmoins, le Francilien a pris quelques minutes pour évoquer son combat contre Adam Azim et son parcours, lui qui disputera le 40ᵉ fight professionnel de sa carrière à Wolverhampton devant les caméras de Sky Sports.

Flashscore : il y a une pré-pesée avant votre combat ? 

Franck Petitjean : ce n'était pas stipulé dans le contrat, mais il y a un réglement spécifique en Angleterre pour qu'il n'y ait pas trop de perte de poids le jour de la pesée. On a été pris de court parce qu'on a été prévenu hier matin. Je me suis reposé l'après-midi parce que j'étais un peu déshydraté. J'ai 4 kilos en cutting, ce qui n'est pas énorme, mais pour ma catégorie des superlégers et mon gabarit, ce n'est tout de même pas simple. 

Vous défendez votre titre européen acquis en juin dernier en Angleterre et l'éternelle question avec les pugilistes tricolores, c'est souvent : pourquoi cela ne se passe pas en France ?

Pas de proposition, pas de vrai promoteur en France et c'est donc plus intéressant de défendre ce titre à l'étranger. J'aurais aimé le faire en France et il faut savoir que j'ai co-organisé le combat de juin avec mon club. J'ai trouvé les fonds et les sponsors avec ma salle de coaching Gloves Academy. Avec mon associé, on a fait les démarches pour réunir suffisamment d'argent et boxer à Paris. 

La co-organisation devient un système de plus en plus récurrent chez les boxeurs : Maxime Beaussire l'a fait à Caen, Estelle Mossely vient d'organiser son deuxième événement qui avait lieu au Forum des Halles. C'est devenu la meilleure solution ? On a souvent l'impression qu'il y a moins d'entrain depuis la fin de l'ère des frères Acariès. 

Le problème de la promotion en France, c'est que les promoteurs ont leurs têtes, soit c'est du copinage, soit ils sont persuadés sur qui ils misent. Donc beaucoup de boxeurs passent à la trappe parce qu'ils sont plus travailleurs, qui ne sont pas forcément les plus doués, mais qui connaissent mieux la boxe professionnelle. Malheureusement, on en paie le prix. Cela dit, quand tu deviens professionnel en France, on te prévient, tu le sais. Je ne suis pas de ceux qui vont pleurnicher. Oui, c'est dur, mais on a choisi, on ne me l'a pas imposé, je m'en sors pas trop mal. Je ne pensais pas qu'un jour, je disputerai un championnat d'Europe et finalement, c'est mon troisième. Je suis en bonne santé et c'est une aventure humaine très riche. 

En 2015, vous aviez disputé un championnat de France contre Christopher Sebire au Cirque d'Hiver. Ce n'était pas diffusé à la télévision, mais le cadre était parfait pour une belle réunion. Huit ans plus tard, on a l'impression qu'on conserve le même constat : il y a des boxeurs de haut niveau, de belles salles, mais ça ne suit pas financièrement. 

Le problème avec les télévisions et les promoteurs, ce sont leurs choix. Par exemple, Canal + a proposé beaucoup d'argent à Tony Yoka en début de carrière avec aussi peu de combats attractifs et l'a vendu en disant que c'était la Conquête… Finalement, la chaîne qui a signé avec le promoteur s'estime roulée. Je précise bien que je ne critique pas Tony. D'ailleurs, il s'était passé la même chose avec Brahim Asloum. Ils n'ont pas appris de leurs erreurs. C'est dommage, parce qu'il y a un public. On le voit avec le MMA : il y a de beaux combats qui ne sont pas déséquilibrés alors que certains boxeurs se regardent boxer et ont le temps de se trouver beau ! 

Monter une carrière en France est complexe et on en prend encore mieux conscience quand on voit votre adversaire, Adam Azim, qui a 21 ans, 9 combats professionnels et déjà votre challenger pour un titre européen, sans avoir peur de se mesurer à un adversaire qui va disputer son 40ᵉ combat.

C'est à double tranchant. Soit le mec va devenir champion du monde et c'est vraiment un extraterrestre, et c'est comme ça qu'ils le vendent parce qu'il est surpuissant et super rapide. Soit la promotion se trompe. Il faut regarder sur le papier qui il a affronté. Il est fort, il est doué, ça c'est sûr, mais il n'a pas mon expérience. Donc soit il va m'éteindre, soit je vais l'éteindre, mais à mon avis, ça ne va pas aller au bout. 

Comment décririez-vous votre style de boxe ?

Quand il faut être malin, je suis malin, quand il faut être dur, je suis dur. Je suis capable de bouger si on me rentre dedans et rentrer dedans si le mec me suit. En fait, je ne vais pas être excellent dans un domaine, mais je vais être bon dans beaucoup de choses. J'ai un bon QI boxe et je suis capable de m'adapter. Mais ma force principale, c'est mon physique, je peux bouger ou rentrer dedans pendant 12 rounds et ça, c'est une vraie qualité. 

Le QI boxe, la sweet science, comment ça s'apprend ? 

Comment développe-t-on l'intelligence tout court ? Comment développe-t-on le QI ? C'est inné, tu l'as ou tu l'as pas, je suis un bon joueur d'échecs, je ne suis pas obstiné sur le même gameplan pendant tout le combat. Cela fait partie des qualités intrinsèques.

Comment analysez-vous le style d'Adam Azim ?

C'est avant tout un contre-attaquant qui a une belle vitesse d'exécution, un bon coup d'œil. C'est organisé dans sa ville, à Wolverhampton, et avec les mots que j'ai pu avoir lors de la conférence de presse le mois dernier, je pense qu'il va vouloir montrer qu'il peut se mettre en face de moi pour accepter l'opposition à mi-distance avec des coups plus durs. 

Une défense à l'étranger change-t-elle votre vision des choses : c'est vous le champion mais c'est aussi vous qui n'avez rien à perdre ? 

C'était soit j'acceptais, soit j'avais une autre proposition moins intéressante, soit rien. Alors autant le faire. J'ai boxé il y a 6 mois, j'ai eu le temps de me remettre dedans. Ce combat, c'est une dérogation, ce n'est pas une défense obligatoire. Pour une défense obligatoire, il y a des enchères et si je ne trouve personne pour m'accompagner et que la partie adverse n'a pas les fonds non plus, c'est moi qui perds ma place et qui suis destitué. J'ai toujours boxé à l'étranger depuis que je suis passé professionnel, ça ne m'effraie pas, au contraire. La pression n'est pas sur moi. La boxe est un sport d'opposition et ce que je recherche. 

C'est une opportunité pour se montrer et plaire à un promoteur britannique ? 

Oui pour me montrer sur un plan international parce que ça passe sur Sky Sports. Mais trouver un promoteur britannique, je n'y crois pas trop. Je ne vois pas qui miserait sur un boxeur de 35 ans. Ce que je fais, je le fais très bien, mais ça va être compliqué de développer mes qualités physiques à cet âge. J'ai une bonne expérience mais ce n'est pas comme si j'avais 20 ans et qu'on me permettrait de progresser sur 10 ans. En revanche, être rappelé parce qu'on a fait un beau combat, c'est possible mais ça, je ne peux pas le promettre à l'avance. 

On a toujours l'impression que c'est le parcours du combattant, même quand on va disputer son 40ᵉ combat ? 

Selon moi, quand tu passes professionnel, il faut se dire qu'on est comme un créateur d'entreprise avec aucune expérience. Donc tu apprends petit à petit à t'entourer. Moi, j'ai pu bénéficier de conseils, j'avais aussi cette âme d'entrepreneur et je suis têtu. Je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais pas. Il faut être capable de se vendre, être commercial, bien passer à la télé, de savoir vendre du rêve pour remplir les salles. Il y a beaucoup de choses à faire. Le mec qui dit juste "je vais être champion du monde", ça ne marchera pas, car c'est beaucoup plus compliqué. Tout ça m'a construit dans ma vie d'homme. Je suis passé pro en 2010, j'avais 22 ans. Tu es un jeune homme et tu apprends plein de trucs. À l'époque, on me disait que je ne ferai jamais rien en boxe et puis finalement aujourd'hui, j'ai rattrapé beaucoup de personnes. Il y en a beaucoup qui, à 30 ans, réalisent qu'ils ont donné plus de 10 ans de leur vie à ce sport et qu'ils n'ont pas de titre. Moi, j'y suis parvenu, j'ai créé ma structure et ma vie est riche. 

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