Dès les premiers mots, les signataires rappellent que leur rôle dépasse le rectangle vert. Elles s'expriment en tant que leaders d'un mouvement qui refuse désormais l'invisibilité : "Nous sommes capitaines d’équipes professionnelles. Chaque semaine, nous portons un brassard. Celui de la responsabilité et du collectif. Aujourd’hui, nous n’en pouvons plus de nous taire."
Les joueuses refusent de voir les crises actuelles comme des fatalités. Elles nomment les victimes de ce manque de considération et pointent du doigt la fragilité de leur statut : "À Dijon, vingt ans d’engagement sportif sont en train de s’éteindre, faute de repreneur et de soutien suffisant. (...) Avant cela, c’était Soyaux, puis Bordeaux qui avaient disparu. Ces situations ne sont pas des accidents. Elles révèlent une réalité que nous vivons toutes : dans le football professionnel français, les sections féminines sont trop souvent l’une des premières variables d’ajustement."
L'un des points les plus percutants de la tribune est l'opposition entre l'égalité dans l'effort et l'inégalité dans le droit. Elles rappellent que la biologie et la performance ne font pas de distinction de genre face à la douleur ou au travail : "Nous pratiquons le même sport. Nous nous entraînons avec la même exigence. Nous faisons face aux mêmes contraintes physiques et aux mêmes risques. Et pourtant, nous ne bénéficions pas des mêmes protections."
Le texte dénonce une forme d'hypocrisie institutionnelle : le football féminin est prié d'attendre pendant que les projets masculins (comme la future Ligue 3) sont accélérés : "Pendant que le football masculin avance, on nous demande de patienter. Ce n’est pas une question de priorité. C’est une question de choix. En quelques mois, le cadre d’une convention collective avance à grands pas pour la future Ligue 3. Dans le même temps, les négociations pour le football féminin durent depuis plus de trois ans. Ce décalage interroge. Il n’est plus compréhensible. Il n’est plus acceptable."
Les capitaines redéfinissent ce qu'est une convention collective : ce n'est pas une demande d'augmentation de salaire, mais une infrastructure vitale pour leur sécurité. "Nous ne demandons pas un traitement particulier. Nous demandons un cadre équitable. Une convention collective, ce n’est pas un avantage. C’est une base essentielle : pour protéger la santé, encadrer les conditions de travail, sécuriser les carrières et faire vivre un véritable dialogue social", dénoncent-elles.
L'article se conclut par un ultimatum clair adressé aux décideurs, plaçant ces derniers face à leurs responsabilités historiques : "Nous appelons l’ensemble des partenaires sociaux à prendre leurs responsabilités au côté de nos représentants de l’UNFP. Personne ne comprendrait qu’ils deviennent un frein au développement du football féminin. Une convention collective doit être signée avant le début de la prochaine saison. Parce que nous jouons le même football. Parce que nous méritons les mêmes droits."
