15 ans, 8 mois et 10 jours : Mayssa Baha n'a pas encore l'âge pour apparaître sur une feuille de match en Ligue des Champions mais elle peut déjà figurer dans le XI de Pere Romeu en championnat et de marquer. Pour donner un ordre de grandeur, Lamine Yamal était plus "vieux" d'un mois et 6 jours quand il a effectué ses premiers pas en Liga sous les ordres de Xavi Hernández.
La Marocaine, fille de Nabil Baha, ancien attaquant formé à Montpellier qui portait le maillot de Sabadell en 2011, est passée devant tout le monde au premier poteau pour reprendre de la tête un corner de Caroline Graham Hansen sur la mythique pelouse (pour ceux qui ont vécu l'époque des grands multiplex d'antan) de Las Gaunas à Logroño.
Un but historique pour le championnat féminin espagnol mais aussi pour le club catalan puisqu'elle devient la plus jeune buteuse de l'histoire du Barça, hommes et femmes confondus, dépassant le record d'un certain... Lamine Yamal, qui avait marqué à l’âge de 16 ans, 2 mois et 25 jours. Un nouveau record de précocité pour l’internationale marocaine, pour qui c'est devenu une routine, étant déjà la plus jeune joueuse à participer à la dernière Coupe du monde U17, à 14 ans.
Un Barça féminin qui mise sur sa jeunesse
En football féminin, être lancée dans le grand bain au beau milieu de l'adolescence n'est pas une rareté. Alexia Putellas avait 16 ans et, encore plus fort, Vicky López avait exactement 6 mois de moins que sa jeune coéquipière quand elle a commencé sa carrière avec le Madrid CFF. Mayssa Baha avait même réussi à lui voler son record en entrant en jeu lors de la première journée, devenant la plus jeune footballeuse à faire ses débuts en Liga F, à l’âge de 15 ans, 7 mois et 14 jours.
Avec les départs conjugués de Putellas, Mapi León, Ona Battle et Salma Paralluelo, le FC Barcelone cherche à se réinventer et cela laisse de la place pour la classe biberon. La saison dernière, c'est Clara Serrajordi qui a gagné sa place, "profitant" de la longue blessure d'Aitan Bonmatí, quand Carla Julia et Aïcha Camara sont venues compléter l'effectif dans la dernière ligne droite.
Cette année, Martina González (18 ans), Carolina Ferrera (16 ans), Elena Vizuete (16 ans), Lua Arufe (18 ans), Laia Cabetas (17 ans), Kautar Azraf (18 ans) et Nikoline Nielsen (17 ans) auront du temps de jeu et des opportunités. Car si la section féminine du Barça allume du vert avec 8 millions d'euros de bénéfice net en 2025-2026 selon les comptes publiés récemment lors de l'assemblée générale des socios, le club ne peut pas empiler les salaires déments, comme ceux proposés par Michelle Kang avec les London Lionnesses et l'OL Lyonnes, ou par des clubs de WSL anglaise.
"Elle peut devenir la meilleure numéro 9 du monde"
Mais le FC Barcelone mise sur sa formation pour rester compétitif et même précisément sur cette jeune pousse qui évoluait à Málaga avant de venir garnir les rangs blaugranas à seulement 13 ans. Le club l'a recrutée en 2024 après avoir contacté son père via Facebook, comme raconté par Sònia Gelmà dans le podcast "Fem Futbol" de Catalunya Ràdio. Depuis plusieurs saisons, le Barça s'essaie à trouver la prochaine perle au poste de numéro 9, faisant venir plusieurs attaquantes à post-former, sans succès. Cet été, Natalia Escot, Martine Fenger et Laia Martret ont toutes plié bagages direction Hoffenheim ou l'Espanyol, laissant la place notamment à Mayssa Baha.
Un choix validé par Ewa Pajor elle-même, qui racontait mardi en conférence de presse avant d'affronter le Paris FC : "Quand je l’ai vue pour la première fois, je me suis dit : “Ouah…”, car elle n’a que 15 ans. Je pense qu’elle peut devenir la meilleure numéro 9 du monde, mais elle est très jeune et doit encore travailler. Elle a énormément de talent. Je vois en elle quelque chose de spécial et je vais beaucoup l’aider, car je veux l’aider à s’améliorer."
Diario Sport rapporte sa proximité dans le vestiaire avec Patri Guijarro, la nouvelle capitaine barcelonaise, et Bonmatí, qui lui a dédié une story Instagram : "L'entraînement de mercredi t'a fait du bien ! Félicitations ! Ce n'est que le début !". Sur un petit nuage avec ce début de saison exceptionnel, la jeune de 15 ans savoure : "C'est une fierté de pouvoir m'entraîner avec les meilleures joueuses du monde et d'apprendre à leurs côtés. Je suis très heureuse et très fière d'avoir été titularisée aujourd'hui et d'avoir marqué mon premier but. Je remercie tout le staff, toutes mes coéquipières, celles des équipes de jeunes, celles d'aujourd'hui, et surtout ma famille, qui est toujours à mes côtés, ainsi que mon frère (qui joue chez les U19 de l'OM, ndlr)."
Dans un groupe très jeune, guidée par sa compatriote Azraf, Baha est encore considérée comme "la petite", y compris des joueuses à peine majeures. Mais si son destin est aussi brillant que celui promis par Pajor, elle devrait vite quitter son numéro 31 pour prendre l'un des nombreux dossards libres dans l'effectif de l'équipe première.
