Face à la Jordanie, quelle Argentine sans Léo Messi ?

Face à la Jordanie, quelle Argentine sans Léo Messi ?
Face à la Jordanie, quelle Argentine sans Léo Messi ?Reuters

Cinq buts en deux matchs, des records all-time dans la besace et la totalité du butins offensif de son équipe. Lionel Messi guide tout simplement l'Argentine à lui seul lors de cette Coupe du monde 2026. Avant le dernier match de poules face à la Jordanie, samedi à Arlington, Lionel Scaloni va faire largement tourner son effectif, avec son capitaine qui démarrera sur le banc. Une décision qui pose une question : que vaut cette Albiceleste quand le numéro 10 n'est pas là ?

Lionel Messi a marqué les cinq buts de son équipe lors des deux premières rencontres de ce Mondial. Trois contre l'Algérie (victoire 3-0), deux contre l'Autriche (victoire 2-0). Zéro but inscrit par le reste d'un effectif qui compte pourtant Julián Álvarez, Lautaro Martínez, Thiago Almada, Enzo Fernández ou encore Rodrigo De Paul

La situation n'est pas alarmante, mais interroge. Surtout parce que Léo Messi, qui vient de fêter ses 39 ans, n'a plus forcément l'habitude d'enchaîner les matchs à ce niveau-là, lui qui évolue en MLS. Román Iucht, journaliste et commentateur reconnu pour TNT Sport Argentine, résume ainsi le problème : "Tous les buts de l'équipe et pratiquement toutes les situations dangereuses ont eu Messi comme protagoniste. Ce qu'il faut modifier, c'est que d'autres joueurs doivent s'y ajouter. L'équipe ne peut pas dépendre autant de lui."

Le problème n'est pas Messi, mais le rôle démesuré qu'il a de nouveau endossé dans le jeu. Car ce que les deux premiers matchs ont montré, c'est que le numéro 10 de l'Albiceleste est toujours capable de résoudre des rencontres par lui seul. Le doute porte sur la capacité de l'équipe à l'accompagner.

Plus de victoires avec Messi, plus de buts sans lui

Les statistiques en matchs officiels depuis le sacre de Qatar 2022 dressent un portrait nuancé mais éclairant de la place de Messi dans le dispositif argentin. Avec lui sur le terrain, éliminatoires à la Coupe du monde, à la Copa América 2024 et Mondial 2026 confondus, l'Albiceleste affiche un bilan de 18 victoires, 2 nuls et 2 défaites en 22 matchs, soit 86 % de victoires. Les deux revers ont eu lieu contre l'Uruguay en éliminatoires (0-2, novembre 2023) et contre le Paraguay (1-2, novembre 2024).

Sans lui, en sept matchs officiels sur la même période, le bilan tombe à 5 victoires, 0 nul et 2 défaites, pour un pourcentage de victoires qui tombe à 71 %. Les deux défaites sont venues de Colombie en septembre 2024 (1-2) et d'Équateur en septembre 2025 (0-1), deux déplacements à l'extérieur. Ce qui relativise en partie la comparaison : plusieurs des matchs sans Messi se jouaient en déplacement face à des adversaires coriaces, là où l'équipe avec lui bénéficiait d'un calendrier plus favorable à domicile.

En termes de buts marqués, le paradoxe est inverse : sans Messi, l'Argentine affiche une moyenne de 1,85 but par match en compétition officielle depuis Qatar 2022, contre 1,45 avec lui. Un chiffre à relativiser : l'échantillon sans lui est bien plus réduit (7 matchs contre 22) et les adversaires globalement moins relevés, mais qui dit quelque chose de la capacité collective de cette équipe à exister offensivement quand d'autres joueurs sont contraints de prendre leurs responsabilités. C'est en phase finale de tournoi majeur, là où Messi n'a jamais manqué un seul match sous Scaloni, que la vraie question reste sans réponse. 

Scaloni fait confiance à la rotation, Messi veut jouer

Pour le dernier match de poules face à la Jordanie, Scaloni a pourtant annoncé la couleur. "L'idée est de donner du temps de jeu à un maximum de joueurs. Ils le méritent, et quand l'occasion se présente, je le fais", a-t-il expliqué après la victoire contre l'Autriche. Avant de confirmer en conférence de presse en veille de match : "Leo sera sur le banc au coup d'envoi, il commencera là. Je connais déjà le onze de départ, mais je ne peux pas le dévoiler ici. Leo entrera en jeu ensuite."

Selon la presse argentine, seul Dibu Martinez devrait être maintenu dans le XI. En défense à quatre : Gonzalo Montiel, Nicolás Otamendi, Marcos Senesi et Nicolás Tagliafico, ce dernier faisant son retour après sa blessure au soléaire. Dans l'entrejeu, Leandro Paredes et Exequiel Palacios en double pivot sont les plus probables, tandis que Giuliano Simeone occuperait le couloir droit et que la gauche se joue entre Valentín Barco et Giovani Lo Celso. En attaque, Julián Álvarez devrait être titulaire pour la première fois dans ce Mondial. L'attaquant, qui n'avait joué que remplaçant lors des deux premiers matchs, s'en est expliqué : "Je ne suis pas arrivé dans la meilleure forme pour jouer les matchs amicaux, mais je me sens très bien maintenant. Je soutiens l'équipe et j'assume le rôle qui m'a été confié."

Selon ESPN Argentine, le capitaine argentin souhaite jouer non pas pour améliorer son record de buts, mais pour préserver sa condition physique et son rythme. "La Pulga" considère qu'onze jours sans compétition représentent une durée trop longue et estime qu'une courte apparition face à la Jordanie lui permettrait de rester affûté pour aborder les 16es de finale dans les meilleures conditions. D'où le fait qu'il entrera en cours de jeu, comme annoncé par Scaloni.

L'heure de Nico Paz ?

Vu que Messi démarrera comme remplaçant, un nom revient en boucle pour occuper sa position : Nico Paz. Le milieu offensif de 21 ans, formé au Real Madrid et épanoui cette saison sous les ordres de Cesc Fàbregas au Como en Serie A, 12 buts et 7 passes décisives en 35 matchs, élu meilleur joueur de moins de 23 ans de la saison, est régulièrement présenté comme le successeur naturel de Messi en sélection.

Né à Santa Cruz de Tenerife de parents argentins, Nico Paz a choisi de représenter l'Albiceleste malgré ses attaches espagnoles, une similitude avec Messi, qui a passé plus de temps en Espagne qu'en Argentin en grandissant.

Le jour de ses débuts en sélection, en octobre 2024 face à la Bolivie (6-0), Scaloni lui avait glissé une consigne simple : "Bouge-toi, prends du plaisir, oublie la position, reçois le ballon et passe-le bien." Ce soir-là, il avait offert une passe décisive à Messi lui-même, qui n'avait pas tardé à lui retourner le compliment : "Il a énormément de qualité et comprend parfaitement le jeu."

Reste à savoir si Nico Paz est prêt à peser sur un Mondial. Avant la compétition, le jeune milieu avait dû se battre pour être de la partie, après une blessure à la rotule qui avait fait planer le doute sur sa présence dans la liste. Sa montée en puissance depuis son intégration dans le groupe laisse supposer que Scaloni croit en lui pour l'avenir. Mais le saut entre remplaçant en phase de poules d'un Mondial et héritier assumé de Messi est considérable. Il devrait tout de même disputer quelques minutes face à la Jordanie, pour fêter ce qui ne sera que sa 11e sélection, lui qui n'a été titulaire qu'à 4 reprises avec l'Albiceleste.

"Messi comme meilleur complément du monde"

Comme le note le journaliste Román Iucht, l'Argentine avait imaginé arriver au Mondial avec "une équipe, et Messi comme le meilleur complément du monde, une sorte de pierre précieuse". La réalité s'est avérée inverse : c'est Messi qui tient tout, en attaque, et l'équipe qui devra encore se révéler dans les prochains matchs.

Ce Mondial 2026 ressemble à un dernier testament. Messi signe les buts, porte l'équipe, repousse les limites du possible à 39 ans. Mais un testament, par définition, anticipe une absence. Samedi soir à Arlington, face à une Jordanie déjà éliminée, la Scaloneta aura quelques dizaines de minutes pour esquisser une réponse à la question qui hante le football argentin depuis vingt ans : et après lui, qui ?