À la veille de son entrée en lice dans cette Coupe du monde 2026, le Portugal aborde le tournoi le plus important de son histoire avec, en toile de fond, un deuil qui ne s'est jamais refermé. Diogo Jota, attaquant emblématique de Liverpool, est mort le 3 juillet 2025 dans un accident de la route survenu sur l'autoroute A-52, dans la province espagnole de Zamora, quelques semaines seulement après avoir soulevé la Ligue des nations avec la Seleção. Son frère cadet André Silva, lui aussi footballeur professionnel, a perdu la vie dans le même accident.
Près d'un an plus tard, alors que le groupe de Roberto Martínez s'apprête à affronter la RD Congo, puis l'Ouzbékistan et la Colombie dans le groupe K, le souvenir de Jota continue d'accompagner chaque rassemblement et s'est transformé en un véritable supplément d'âme pour une équipe déterminée à aller chercher, cette fois, le trophée qui manque encore au Portugal.
"Diogo est notre lumière"
Ce décès a dû être encaissé par tout le groupe. Roberto Martínez, le sélectionneur portugais, expliquait début juin dans The Athletic avoir laissé le temps à tous ses joueurs de faire son deuil et vu des scènes où ses internationaux ont longuement échangé entre eux dans le vestiaire au sujet de celui qui est aujourd'hui "la lumière" du Portugal. "Diogo est notre lumière, a confié Martínez. Diogo est notre référence quant à la volonté de faire, ou au besoin de faire, ce qui était son rêve : remporter des titres pour le Portugal, comme il l'a fait en gagnant la Ligue des nations. Il a énormément compté dans ce que nous avons construit à l'intérieur du vestiaire."
Diogo Jota "voulait gagner la Coupe du monde" retrace l'ancien sélectionneur de la Belgique : "Donc cela devient un peu une responsabilité, un exemple, parce que Diogo était l'exemple même de la croyance en tout ce qui pouvait être possible, toujours avec cette ténacité, toujours en trouvant la réponse au bon moment, dans les moments difficiles du match. La manière dont il a trouvé la solution contre le Danemark, en quart de finale, a fait toute la différence dans notre campagne de Ligue des nations. Donc, pour nous, il est devenu un véritable point de repère, et probablement un supplément d'énergie et de lumière dans ces moments difficiles que l'on traverse en tant qu'équipe de football, en tant que sélection nationale. Nous devons puiser dans son inspiration jusqu'au bout, parce qu'il fait partie de nous."
L'allusion au Danemark renvoie au quart de finale aller-retour de mars 2025 : entré en cours de match lors de la rencontre retour à Lisbonne, Jota avait contribué au sursaut portugais (victoire 5-2 après prolongation, qualification sur l'ensemble des deux matches) qui avait propulsé la Seleção vers le Final Four, puis vers le sacre face à l'Espagne, le 8 juin à Munich. Un mois plus tard, presque jour pour jour, Diogo Jota n'était plus.
Depuis, Roberto Martínez n'a jamais cessé de le convoquer, au sens propre comme au figuré. Lorsqu'il a dévoilé, le 19 mai dernier, sa liste de 27 joueurs pour la Coupe du monde, le technicien a tenu à préciser qu'elle comptait en réalité "27+1", en référence à son ancien protégé. "L'esprit, la force, l'exemple de Diogo Jota, c'est le "+1", et ce sera le "+1" pour toujours, a-t-il déclaré en conférence de presse. C'est notre force, notre joie. (…) Perdre Diogo a été un moment inoubliable et très difficile, mais dès le lendemain, nous avions tous la responsabilité de nous battre pour le rêve de Diogo."
Un bracelet pour ne pas l'oublier
Au-delà des mots, l'hommage à Diogo Jota a pris une forme tangible à l'approche du Mondial. Installée à Miami pour les derniers préparatifs avant son envol pour Houston, la Seleção a reçu des bracelets commémoratifs, une initiative portée par le Premier ministre portugais Luís Montenegro.
C'est Vitinha qui en a détaillé les contours face aux journalistes : "Les bracelets portent les noms de tous les membres de l'effectif, ainsi qu'une mention spéciale pour Diogo Jota. Le Premier ministre a laissé aux joueurs la décision de savoir si et comment nous voulions le porter. Tous ont décidé de porter le bracelet pendant toute la durée du tournoi : aussi bien à l'entraînement qu'aux matchs."
Le geste a une portée particulière au sein du groupe. Rúben Neves, son coéquipier et ami proche, avait déjà choisi de reprendre le numéro 21 de Jota en sélection après son décès, tandis que Liverpool avait retiré son numéro 20 dès le 11 juillet 2025. Le bracelet vient ainsi s'ajouter à une série de symboles qui maintiennent Diogo Jota au cœur du groupe, jusque sur le terrain.
L'appel du président Seguro
L'hommage a également pris une dimension institutionnelle. Le 8 juin, lors du dîner officiel d'adieu organisé à la Cidade do Futebol, à Oeiras, avant le départ de la sélection pour les États-Unis, le président de la République, António José Seguro, a profité de sa prise de parole pour évoquer la mémoire de l'ancien attaquant et galvaniser le groupe.
"Jouez les uns pour les autres, travaillez les uns pour les autres. Jouez et travaillez aussi en mémoire de notre Diogo Jota", a déclaré le chef de l'État portugais, avant de remettre un drapeau national à Cristiano Ronaldo, qui lui a offert en retour un maillot signé par l'ensemble de l'effectif.
Une manière, pour le plus haut représentant de l'État, de rappeler que le deuil de Diogo Jota dépasse largement le cercle du vestiaire pour s'inscrire dans une mémoire collective, à quelques jours du début de l'aventure nord-américaine.
"Le Portugal jouera aussi pour Diogo Jota"
Dans des entretiens accordés au quotidien Jornal de Notícias et à la chaîne TVI, Rúben Neves est revenu sur l'empreinte laissée par son ancien partenaire : "Le Portugal jouera aussi cette Coupe du monde pour Diogo Jota, a-t-il affirmé. (…) Les joueurs ont hérité du caractère de Jota, d'une partie de sa force, de sa combativité et de sa volonté. Nous ferons tout pour que, symboliquement, lui aussi remporte le titre avec nous."
Et c'est aussi Cristiano Ronaldo, le capitaine lui-même, présent pour sa sixième et sans doute dernière Coupe du monde à 41 ans, qui a résumé l'état d'esprit collectif lors d'une conférence de presse : "Perdre Diogo a été un moment inoubliable et très difficile, mais dès le lendemain, c'était à nous tous de nous battre pour le rêve de Diogo et pour l'exemple qu'il a toujours donné dans notre équipe nationale, a déclaré Cristiano Ronaldo. L'esprit, la force et l'exemple de Diogo Jota sont le "+1" et seront toujours le "+1" de ce groupe."
À quelques heures du coup d'envoi face à la RD Congo, ce mercredi à 19 heures à Houston, le message est unanime au sein de la délégation portugaise : Diogo Jota ne sera pas sur la feuille de match, mais il restera, par son exemple, sa ténacité et son sourire, l'un des moteurs invisibles de cette campagne. Pour Roberto Martínez, Cristiano Ronaldo, Rúben Neves et tous leurs coéquipiers, soulever enfin le trophée qui échappe encore au Portugal serait une manière, parmi d'autres, de tenir la promesse faite à leur coéquipier disparu.
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.
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