Comment l'AS Nancy a formé Neil El-Aynaoui, qui brille avec le Maroc à la Coupe du monde

Quand Neil El-Aynaoui n'était qu'un jeune de l'AS Nancy Lorraine
Quand Neil El-Aynaoui n'était qu'un jeune de l'AS Nancy LorraineCredit: MAO / Panoramic / Panoramic / Profimedia

Formé à l'AS Nancy-Lorraine, couvé par Benoît Pedretti et poli aux exigences du très haut niveau, Neil El-Aynaoui s'est imposé comme l'une des révélations du football mondial. Des terrains de National aux sommets de la Coupe du monde avec le Maroc, récit de la trajectoire linéaire, mais impressionnante, d'un milieu de terrain "trop scolaire" à ses débuts.

Neil El-Aynaoui naît à Nancy le 2 juillet 2001. Fils de Younès El-Aynaoui, ancien 14e joueur mondial au tennis, il grandit pourtant loin de la Lorraine : direction Gavà, une petite ville proche de Barcelone, où la famille s'installe pour la carrière du père. C'est là que le jeune garçon attrape ce qu'il qualifiera plus tard de "virus du football", au club amateur du CF Gavà, et qu'il devient bilingue espagnol. Vers 8 ans, retour à Nancy : Neil prend une licence à l'ASNL, passe par le pôle espoir du CREPS d'Essey-lès-Nancy, puis intègre le centre de formation.

Sa première apparition avec la réserve remonte à la saison 2018-2019, à 17 ans. Il devient même capitaine le temps de deux journées de National 3, en septembre 2020. Mais c'est surtout la saison suivante qui marque un tournant : lors de la préparation estivale, alors que le club vient de changer de propriétaire, il effectue l'intégralité du stage avec le groupe professionnel, sous la houlette de l'entraîneur allemand fraîchement arrivé, Daniel Stendel. Déjà, ses qualités physiques sautent aux yeux de tous ceux qui le côtoient à l'entraînement. Le garçon, lui, reste d'une discrétion presque déroutante pour son âge : introverti, calme, avançant sur la pointe des pieds sans jamais se faire remarquer par des mots. Un profil que confirme Benoît Pedretti, qui l'a pris sous son aile à son arrivée à la tête de l'équipe première, seulement deux mois après ses débuts en professionnel à l'ASNL.

Des débuts dans une équipe exsangue

"Moi, je le connaissais déjà parce que j'étais entraîneur au centre de formation, donc j'avais déjà vu un petit peu avec la réserve à l'époque, raconte l'ancien milieu de terrain, qui a succédé à Stendel sur le banc de l'ASNL en septembre après de mauvais résultats. Et puis, quand il est arrivé avec le groupe pro, c'est avec l'arrivée de Stendel en Ligue 2, où il l'a fait jouer assez rapidement. Et c'est une équipe très jeune où on lui a donné très vite beaucoup de temps de jeu, dans une équipe en difficulté. Donc voilà, il a fait ce qu'il a pu, mais c'est vrai que les débuts, en tout cas collectivement, n'étaient pas idéaux pour lui, dans un club où on était reparti quasiment depuis zéro, et où vraiment il n'y avait pas d'anciens pour un peu les entourer. Ce n'était pas facile au début."

Neil El-Aynaoui signe son premier contrat professionnel au printemps 2021, pour trois saisons, et hérite du numéro 12, un clin d'œil à ses parents, tous deux nés un 12. Ses débuts pros ont lieu le 31 juillet 2021 contre Toulouse, en entrant à la mi-temps d'une lourde défaite 4-0. Une soirée à l'image de cette saison 2021-2022 : compliquée, marquée par la relégation en National, mais où le jeune milieu grappille du temps de jeu et inscrit son premier but professionnel en mars 2022 face au Paris FC.

Dans le vestiaire, on se souvient d'un garçon respectueux, très à l'écoute, qui multipliait volontiers le travail en plus : séances de gainage supplémentaires en salle, exercices techniques de tennis-ballon pour parfaire sa touche de balle, quelques sorties au padel en marge des entraînements. Hors du terrain déjà, il transparaissait comme quelqu'un de généreux et d'appliqué, animé par l'envie constante de progresser plutôt que par le besoin de se montrer. Au padel justement, malgré un père tennisman de haut niveau, il restait alors le cadet de la bande.

Un joueur "trop scolaire"

Pedretti lui évoque un "joueur scolaire", presque "trop gentil" : "Il a toujours eu un énorme volume de jeu, une qualité de course et d'endurance assez phénoménale. À l'entraînement, il était là, il faisait des choses, mais il faisait exactement la même chose que les autres. Pour un jeune joueur, quand tu es entraîneur, tu ne voyais pas spécialement quelqu'un qui était au-dessus. C'était un peu le reproche : il faisait le boulot, tout ce qu'il fallait, mais rien de vraiment exceptionnel pour prendre la place d'un joueur plus expérimenté. C'était très gentil, très poli, tout nickel, presque trop lisse, quand tu es un jeune joueur où tu as besoin de te démarquer un petit peu."

Le déclic viendra en deux temps, selon l'ancien international français : l'arrivée d'Albert Cartier, qui le titularise en National et lui apporte une première dose de confiance, puis la saison 2022-2023, où Pedretti lui-même prend les rênes de l'équipe de National et confie le brassard de capitaine au jeune numéro 12, tout juste 21 ans. Une responsabilité pensée comme un déclencheur. "Ça lui a permis d'avoir un petit peu plus de responsabilité, d'en faire un peu plus, résume Pedretti. C'est ce qui a été remarqué dès le début à Lens : sa capacité à travailler, à enchaîner et, petit à petit, à gagner sa place."

De ce galon de capitaine, Pedretti voit encore la trace aujourd'hui, dans la manière dont Neil s'est affirmé au fil des saisons : "Il a un peu les mêmes qualités, je le trouve simplement plus leader. Il communique plus. À Nancy, il parlait très peu, il était un petit peu dans son coin. Là, on le voit évoluer par sa présence, par des petits mots. Et il y a la confiance qu'il peut avoir en lui. Je ne sais pas si, chez nous, il l'avait toujours. Aujourd'hui, on le voit serein, il joue son jeu. Peu importe que ce soit le Brésil ou n'importe quelle équipe, on sent une vraie confiance en lui et en sa capacité à bien faire les choses."

Cette saison 2022-2023, la dernière à Nancy, restera l'une des plus abouties de sa formation : capitaine sur quinze des seize dernières journées, quatre buts, deux passes décisives, et un club qui, malgré des finances exsangues, parvient à arracher son maintien en National grâce, en partie, à son influence. Le style, déjà, porte l'empreinte de ses années catalanes. "C'est un garçon qui a toujours joué avec le ballon, simplement, se rappelle Pedretti. Il fallait l'arrêter des fois en salle parce qu'il touchait le ballon pour toucher le ballon. Il avait envie de jouer au sol, d'enchaîner, de redoubler les passes. C'est un peu ce jeu typique du jeu espagnol."

"L'insistance du Maroc y est pour beaucoup"

Pedretti met aussi en avant son entourage familial, qui fait les bons choix : "D'avoir un papa qui était sportif de très haut niveau, par rapport à tout ce qui est extrasportif, c'est important : l'hygiène de vie, la rigueur. Et puis il y avait la maman qui est là aussi, des personnes bien qui veulent la réussite du gamin. On avait réussi à le garder un an de plus à Nancy parce qu'on avait expliqué que c'était bien pour lui, et les parents étaient à l'écoute." Un an qui, avec le recul, n'a rien coûté à sa progression : Nancy le cède à Lens à l'été 2023 pour environ 600 000 euros, un montant qui soulage alors les finances du club lorrain.

Le choix du maillot marocain, lui, ne s'est pas fait du jour au lendemain. "Il a eu une réflexion assez longue avant de choisir le Maroc, se souvient Pedretti. Il a reçu des sélections assez tôt, je me souviens qu'il y en a eu plusieurs, le Maroc a envoyé des convocations, et il avait refusé au début parce qu'il voulait se laisser le choix, faire le bon choix pour lui." Sur les raisons précises de cette décision, l'ancien coach reste prudent : "Ça, c'est vraiment un choix personnel et familial, et la fédération française n'avait pas non plus d'œil sur lui à l'époque. En tant qu'entraîneur, ce n'était vraiment pas mon rôle d'essayer de le conseiller là-dessus."

Il évoque tout de même l'insistance du Maroc, portée notamment par Youssouf Hadji, ancien joueur de Nancy passé par la sélection marocaine, et par de nombreuses discussions avec le père de Neil : "Je pense que le Maroc a pris régulièrement des nouvelles. Il y avait Youssouf Hadji, qui connaissait Neil et qui est dans la sélection marocaine, donc qui a dû aussi faire le forcing. Et puis il y a eu beaucoup de discussions avec son papa. Vraiment, ça reste son choix, mais l'insistance du Maroc y est pour beaucoup."

"Peu importe le niveau, il a eu le niveau rapidement"

De cette trajectoire dans son ensemble, Pedretti retient d'abord à quel point elle était imprévisible : "C'était difficile à imaginer. On savait qu'il avait le potentiel, la qualité technique. Mais de voir franchir les étapes aussi rapidement, surtout Ligue 1, Ligue des Champions, aujourd'hui équipe nationale, en très peu de temps, franchement c'est difficile à voir. Le travail qu'il a dû fournir à Lens, l'opportunité d'aller à Rome, ce n'est pas facile non plus d'aller dans un grand club comme ça en Italie. Et ce qu'il a fait à la Coupe d'Afrique avec le Maroc, ce qu'il fait à la Coupe du Monde, ça montre déjà sa force de caractère. C'est aussi un joueur qui a été pas mal touché par les blessures durant sa formation, et je pense qu'il a dû faire évoluer son hygiène de vie, son travail, en conséquence." 

Et d'y ajouter une constante, celle qui explique aussi bien ses débuts nancéiens que son ascension actuelle : "Ce qui est impressionnant, c'est que peu importe le niveau, il s'est mis au niveau assez rapidement. Il jouait en National 3, il a eu le niveau rapidement. Il a joué en Ligue 2, il a eu le niveau rapidement. Il est passé en Ligue 1, il a fait quasiment les mêmes choses. Et la Coupe du monde, c'est exactement la même chose."

Sur son rôle actuel au sein du onze marocain, à deux récupérateurs aux côtés d'Ayyoub Bouaddi, Pedretti y retrouve d'ailleurs des repères familiers : "Avec Bouaddi qui est un petit peu plus défensif, Neil a la possibilité de se projeter un petit peu plus. Et c'est là qu'il peut être dangereux pour la France, par sa capacité à percuter, à casser les lignes par ses courses, par ses appels."

Resté attaché à son club formateur, il y revient régulièrement et garde de nombreux contacts sur place, El-Aynaoui est aujourd'hui présenté à Nancy comme l'un des plus beaux fleurons sortis du centre de formation, aux côtés d'un certain Clément Lenglet. Pedretti, lui, continue de suivre chacune de ses sorties avec le Maroc et lui envoie régulièrement un message de félicitations. Avant ce quart de finale à hauts risques, il ne cache ni sa fierté, ni son dilemme de supporter, ni son pronostic : "Il y a une fierté, c'est clair, d'avoir pu contribuer un tout petit peu à sa carrière. C'est un joueur qui a les clés en main, et on est là pour l'accompagner. Un but de Neil, ça serait bien. Comme ça, on serait plutôt contents."

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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