Michael Olise, le costume de Griezmann lui va déjà si bien

Comment Michael Olise a repris les clés du jeu français à Griezmann
Comment Michael Olise a repris les clés du jeu français à GriezmannCredit: Federico Pestellini / Panoramic / Profimedia

Alors qu'Antoine Griezmann entame son exil américain en MLS, Michael Olise éblouit le Mondial 2026 sous le maillot bleu. Entre trajectoires étrangères et coïncidences troublantes, l’attaquant du Bayern Munich est en train de s'imposer comme le digne successeur du maître à jouer de l'ère Deschamps. Moins une rupture qu'une passation de pouvoir évidente.

Le timing est presque trop beau. Ce mardi 7 juillet, à Orlando, Antoine Griezmann enfilait pour la première fois le maillot magenta et bleu de son nouveau club, où il découvrait tout juste ses nouveaux coéquipiers en évoquant son rêve de MLS depuis ses 18 ans. Le même jour, à quelques centaines de kilomètres de là, Michael Olise peaufinait sa préparation pour le quart de finale face au Maroc, ce jeudi soir à Boston, avec l'ambition d'offrir à la France une troisième demi-finale mondiale consécutive. D'un côté, un chapitre européen qui se referme après 17 ans passés en Espagne. De l'autre, un premier Mondial qui tourne déjà à la démonstration. Entre les deux, une question qui traverse tout le football tricolore depuis quelques semaines : Michael Olise est-il en train de prendre, sur le terrain sinon dans les textes, la lumière qu'occupait Antoine Griezmann depuis une décennie ?

Des hommes clés venus de l'étranger

Il y a d'abord ce point commun qui frise l'ironie. La France, si fière de son modèle de formation exporté dans le monde entier depuis Clairefontaine, doit ses deux meneurs de jeu les plus marquants de l'ère Deschamps à des centres de formation... étrangers. Griezmann, jugé trop chétif par les recruteurs français, avait essuyé les refus des clubs professionnels avant qu'un dénicheur de la Real Sociedad ne le repère lors d'un tournoi de jeunes. À 13 ou 14 ans selon les sources, il quittait Mâcon pour le Pays basque espagnol, où il a appris à parler la langue, façonné sa technique et disputé ses premiers matchs professionnels, avant de rejoindre l'Atlético de Madrid en 2014. Olise, lui, n'a jamais porté le maillot d'un club français avant l'équipe de France A. Né à Londres d'un père nigérian et d'une mère franco-algérienne, formé successivement à Arsenal, Chelsea puis Manchester City avant d'exploser à Reading et de confirmer à Crystal Palace, il incarne une trajectoire cent pour cent britannique jusqu'à son envol pour le Bayern Munich en 2024. Deux joueurs pétris ailleurs, devenus des piliers offensifs des Bleus. Une bénédiction dont le football français profite sans avoir rien eu à formuler.

Les chiffres, eux, racontent une bascule générationnelle en accéléré. Après seulement quatre matchs disputés lors de ce Mondial 2026, Olise avait déjà égalé le total de passes décisives inscrit par Griezmann sur l'ensemble de sa carrière en Coupe du monde : cinq. Sauf que Griezmann, lui, avait eu besoin de dix-neuf rencontres étalées sur trois éditions (2014, 2018, 2022) pour y parvenir. Le symbole est fort, même s'il mérite d'être relativisé : une comparaison sur un tel échantillon reste fragile et le meilleur passeur d'un tournoi n'est pas mécaniquement le meilleur joueur de l'histoire récente des Bleus à ce poste. Surtout dans une compétition qui compte désormais plus d'équipes dont certaines de fait plus faibles, et plus de matchs.

Reste que la manière compte au moins autant que le total. Le 30 juin, contre la Suède, Olise a signé l'un des tableaux offensifs les plus complets vus cette année en sélection : deux passes décisives pour Kylian Mbappé et Bradley Barcola, une palette de contrôles orientés et de changements de rythme qui ont fait tourner tout un match autour de lui, et surtout ce ciseau acrobatique à l'entrée de la surface qui a heurté le poteau du gardien suédois Jacob Widell Zetterström avant de revenir sur Ousmane Dembélé. Le geste n'a pas fini au fond des filets, mais il a suffi à réveiller les superlatifs dans la presse sportive, jusqu'à des comparaisons avec Zinédine Zidane pour la grâce du contrôle et la capacité à décider de l'entièreté d'une rencontre.

Une passation de pouvoir officieuse

Il y a même une coïncidence troublante à verser au dossier, et elle remonte bien avant ce Mondial. Le 6 septembre 2024, à Décines, pour un France-Italie de Ligue des nations, Michael Olise honore sa toute première sélection avec les Bleus et, dans la foulée, sa première titularisation, aligné d'entrée dans le même onze que... Antoine Griezmann. Ce soir-là restera, sans que personne ne le sache encore, comme la dernière fois que Griezmann démarre un match avec l'équipe de France : battu 3-1 par la Squadra Azzurra, il est relégué sur le banc trois jours plus tard contre la Belgique, où il n'entre qu'en fin de rencontre pour ce qui constitue sa toute dernière apparition en Bleu, avant d'annoncer sa retraite internationale le 30 septembre suivant. Passation de pouvoir à leur insu : le jour où l'un démarrait pour la première fois, l'autre démarrait pour la toute dernière.

C'est dans cet entre-deux, le 8 septembre 2024, deux jours après ce France-Italie et un jour avant son dernier match en Bleu, qu'Antoine Griezmann tressait déjà des lauriers à son cadet, tout juste arrivé au Bayern Munich. "À chaque fois qu'il touche le ballon, il apporte un plus sur le plan offensif. Il peut évoluer à droite ou au centre. C'est un joueur qui fera beaucoup de bien à notre équipe", confiait-il à Téléfoot à propos d'Olise, saluant sa polyvalence entre couloir droit et axe. Une reconnaissance qui prend, rétrospectivement, des allures de passation officieuse : celle d'un ancien numéro 7 qui, à quelques jours de quitter la scène, disait déjà tout le bien qu'il pensait de son héritier.

Cette succession n'a d'ailleurs rien eu d'une évidence immédiate. En mars 2025, L'Équipe révélait que le staff des Bleus, conscient qu'Olise allait devoir occuper un rôle essentiel après le départ de Griezmann, peinait encore à installer une relation de proximité avec lui : la discrétion naturelle du joueur et la barrière de la langue compliquaient les échanges avec Didier Deschamps, qui ne parle pas couramment l'anglais quand Olise, natif de Londres, maîtrise mieux cette langue que le français. Le timing de ces révélations n'était pas anodin : quelques jours plus tôt, l'ailier du Bayern avait traversé un quart de finale aller de Ligue des Nations compliqué contre la Croatie (défaite 0-2), multipliant les glissades et récoltant des remarques du staff sur son manque d'impact. Un rappel utile, à l'heure du bilan version Mondial 2026 : avant de devenir l'homme fort de l'attaque tricolore, le successeur pressenti a dû, comme n'importe quel nouvel arrivant, apprivoiser à son rythme les codes d'un vestiaire et d'un sélectionneur qu'il ne connaissait pas encore.

Un statut à construire

Alors, digne successeur ? La prudence reste de mise. Griezmann n'a pourtant pas eu besoin de dix ans pour s'imposer comme le visage offensif des Bleus. Dès l'Euro 2016, à 25 ans seulement, il devient l'homme du parcours français jusqu'en finale : débarqué fatigué et transparent lors du match d'ouverture contre la Roumanie, au point d'être remplacé, il monte ensuite crescendo jusqu'à terminer meilleur buteur du tournoi avec six réalisations et être élu meilleur joueur de la compétition, malgré la défaite en finale contre le Portugal. Ce coup d'accélérateur, survenu à peu près à l'âge où Olise dispute aujourd'hui son tout premier grand tournoi, avait fait de lui le nouveau totem de l'attaque tricolore deux ans avant de soulever le trophée en Russie.

Reste que Griezmann a ensuite confirmé sur la durée, cumulant 137 sélections, un titre mondial arraché en 2018 où il fut l'homme du match en finale, et deux fois meilleur passeur d'affilée en Coupe du monde. Olise, lui, en est à son premier grand tournoi avec les A après une médaille d'argent olympique en 2024. Il porte le numéro 11, pas le 10 ni le 7, et évolue avant tout comme un ailier droit inversé à la lecture de jeu exceptionnelle plutôt que comme un meneur assez profond au sens classique du terme. Il doit aussi confirmer sur la durée, dans une sélection qui n'a jamais autant regorgé de talent offensif, au point que des joueurs comme Désiré Doué ou Rayan Cherki peuvent se retrouver sur le banc.

Mais le sens de l'histoire est là. Là où Griezmann avait dû batailler des années pour s'imposer comme le prolongement technique du jeu français, avant que l'Euro 2016 ne le révèle d'un coup, Olise semble avoir sauté l'étape de la lente maturation, porté par une lecture du jeu et une élégance balle au pied qui font l'unanimité dans le vestiaire comme chez les observateurs extérieurs, une fois la période d'adaptation passée. La comparaison ne se jouera pas sur un tournoi, aussi étincelant soit-il : elle se jouera sur la capacité d'Olise à répéter, dans la durée, ce qu'il produit depuis trois semaines aux États-Unis, tout comme Griezmann avait su transformer son Euro 2016 XXL en une décennie de statut intouchable en Bleu. Le quart de finale contre le Maroc, ce jeudi soir à Boston, sera une nouvelle pierre à cet édifice encore en construction. Griezmann, depuis la Floride, ne devrait rien en manquer.

La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Le tournoi réunira 48 sélections et se jouera dans 16 stades modernes.

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