Flashback : Il y a 30 ans, l'épopée en Coupe de France du Nîmes Olympique

Abder Ramdane déborde avant de centre pour Omar Belbey
Abder Ramdane déborde avant de centre pour Omar BelbeyCapture d'écran

Le 4 mai 1996, le Nîmes Olympique a frôlé l'exploit en finale de la Coupe de France. Derniers de National 1, les Crocos ont éliminé Saint-Étienne, Strasbourg et Montpellier pour arriver au Parc des Princes. Contre Auxerre, futur champion de France, les Crocos ont ouvert le score avant de craquer à la 88e minute (2-1). Trente ans après après cette épopée mémorable, Abder Ramdane partage ses souvenirs avec Flashscore.

Le Stade des Costières de Nîmes n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été. En jachère depuis que Rani Assaf, l'ancien propriétaire honni parti en juin 2025 dernier après la descente en N2 et 9 ans de présidence calamiteuse, l'antre des Crocos est à l'abandon et le NO, qui lutte pour la montée en Ligue 3, évolue désormais de l'autre côté de la route, au Stade des Antonins, une enceinte provisoire amenée à perdurer. 

Difficile de croire qu'il y a 30 ans jour pour jour, le club était au centre de toutes les attentions. Et si Nîmes, dernier de National 1, remportait la Coupe de France ? Jamais une équipe du troisième échelon national n'a réussi pareil exploit. Et si cette bande de copains, encadrés par le vétéran Christian Pérez sur le terrain et le sage Pierre Barlaguer sur le banc, y arrivait ?

Au Parc des Princes, c'est Auxerre qui se présente, le futur champion de France, avec un effectif exceptionnel. Parmi les 12 joueurs qui fouleront la pelouse ce soir-là, 6 ont déjà été convoqués en Equipe de France, un 7e le sera quelques mois plus tard (Alain Goma) et seul Philippe Violeau, pourtant une référence, ne sera jamais international. En Coupe d'Europe, Auxerre est connu et reconnu. En 1/8 de finale, les Icaucains ont battu le PSG (3-1) et se sont offerts l'OM, alors en D2, au Vélodrome au terme d'une séance de tirs au but étouffante qui sera d'ailleurs utilisée par Robert Guédiguian comme point de départ d'une beuverie homérique dans son film "Marius et Jeannette". 

Saint-Étienne et Strasbourg dans le piège

Pour en arriver là, Nîmes ont passé 9 tours. Pour atteindre les 1/64 de finale, il a fallu batailler, avec une qualification en prolongation au 5e tour contre Lunel, et trois victoires consécutives avec seulement un but d'écart contre Castelnau-Le-Crès (0-1), Muret (3-2) et Sète (0-1). Ensuite, le tirage au sort a été clément avec 5 matches disputés à domicile sur 6. Il aura également fallu de sacrées ressources pour s'offrir un sésame pour Paris. Le seul match hors des bases aura lieu à Thouard (0-2), en 1/8 de finale. Avant cela, le NO avait battu Saint-Priest, collègue de National 1 (3-1), avant de faire trébucher Saint-Étienne, qui sera relégué en Division 2 en fin de saison. 

Dans cette équipe dirigée par Élie Baup figurent entre autres Grégory Coupet, Jean-François Soucasse, Dominique Aulanier, Didier Thimothée. Pourtant, les Verts vont plier trois fois et si Patrick Moreau réduit la distance, Nicolas Marx assène le coup de grâce à la 75e minute. En délicatesse depuis une blessure contre Thouard, Pérez (22 sélections en Bleu) marque le deuxième but nîmois, servi par Abder Ramdane qui rembobine : "Christian nous a apporté son expérience et sa technicité. Il y avait aussi Philippe Sence, avec sa sérénité des cages. Je n'oublie pas Franck Touron également. Tous les autres étaient des jeunes du centre, avec notre fougue et notre insouciance". 

En 1/4 de finale, c'est Strasbourg qui tombe aux Costières, même en ouvrant le score, même en obtenant la prolongation avec un but du Tsar Alexander Mostovoï, même après un penalty filou obtenu par Eric Sabin et raté de Ramdane. À la 112e minute, Ramdane monte au duel avec Alexander Vencel et Sabin est à l'affût pour envoyer Nîmes dans le dernier carré.  

Nicollin rentre à cheval

En demi-finale, le tirage au sort offre un duel explosif contre Montpellier, qui se qualifiera pour la Coupe de l'UEFA en terminant 6e. "Pour nous, l'aventure va s'arrêter là et on est entré sur la pelouse comme si on allait jouer un match de quartier, malgré tout le public et l'engouement qui prend aux tripes", restitue Ramdane. Loulou Nicollin met l'ambiance et lance que si la Paillade perd, il rentrera à cheval. Dans des Costières combles, l'ambiance est électrique : "Monsieur Nicollin a allumé quelques mèches pour provoquer le peuple nîmois et c'était la meilleure publicité pour le match. Mais nous, on s'en foutait complètement. On voulait entrer et gagner le match. Et puis pour la plupart des joueurs, on avait tous joué contre Montpellier en jeunes et on connaissait l'importance de ce rendez-vous au niveau régional". 

Gardois de naissance, Michel Mézy a été formé à Nîmes et a porté 12 ans le maillot croco avant de terminer sa carrière à Montpellier et de devenir un homme de confiance de Nicollin. Pour ce déplacement incandescent, il aligne une défense à cinq qui a pour mission de contrôler Ramdane : "j'ai pris des contacts de Michel der Zakarian, Jérôme Bonnissel et Jean-Manuel Thétis, très grand et rugueux. Un maigrichon contre trois monstres !". Et comme le NO, depuis l'époque de Kader Firoud, sait aussi recevoir comme il faut, la rencontre promet d'être rude. Ramdane modère les clichés simplistes : "il y avait cette réputation avec Monsieur Firoud et René Girard, mais le centre de formation a aussi des joueurs comme Christian Pérez, comme Nicolas Marx, Didier Martel, Hassan Kachloul, qui ne sont pas physiques. Mais c'est vrai que quand il y a un duel, on ne va pas lever le pied, ça c'est certain. On a éduqué comme ça mais on a aussi appris à jouer au football". 

Mais le gamin de la Bastide passé le sport-études du lycée Daudet qui aura le dernier mot : c'est lui qui envoie le NO à Paris grâce à un but inscrit dès la 9e minute : "l'un des plus beaux de ma carrière, même si j'ai aussi marqué en Bundesliga et qu'on s'était qualifié pour l'Europe avec l'Hansa Rostock. Mais c'est vrai qu'un Nîmois, dans sa ville, avec son club et avec ses copains, contre Montpellier, le meilleur des ennemis, dans un stade comble et pour une demi-finale de Coupe, l'impact a été multiplié par 1000". Le héros a aussi été malheureux car de la qualification et des agapes, il ne se souviendra de rien : "je sors à la mi-temps et on m'emmène à l'hôpital car je suis victime d'une commotion cérébrale et j'ai une triple fracture à la pommette. Je ne sais même pas ce qui se passe pendant une semaine. Je reviens juste à temps pour disputer la finale, je ne m'étais pas entraîné pendant trois semaines. Notre coach Pierre Barlaguet m'a donné la chance de pouvoir jouer". 

Cette défaite sera la génèse de "Nicollin", chanson de feria parmis les plus connues du Sud-Est chantée par Ricoune. Loulou ne lui en voudra et il apparaîtra même dans le clip de "La Crapola" au côté de Tex...

Le NO fait trembler l'AJA jusqu'au bout

Voilà donc les Crocos au Parc, contre ce qui se fait de mieux en France. "À Auxerre, il y avait des joueurs... Laurent Blanc, Corentin Martins, Lilian Laslandes, Moussa Saïb, Bernard Diomède, et j'en passe", s'enthousiasme Ramdane.

Pourtant, c'est le NO qui va faire vaciller l'AJA. Lancé côté gauche, Ramdane centre en retrait et Omar Belbey croise son tir dans le petit filet de Lionel Charbonnier. "C'est encore l'euphorie d'entrer sur le terrain contre le premier du championnat, avec des internationaux de partout. On vient avec notre petit bagage de N1 et on les embête pendant une heure". 

À la pause, Nîmes est devant mais Barlaguet garde la tête froide et les joueurs ne s'enflamment pas non plus. "Oui, il y avait de l'excitation et on y croyait parce que c'est arrivé contre Saint-Étienne, Strasbourg, Montpellier. Tu mènes 1-0, alors pourquoi ne pas aller au bout ? Ce n'était pas l'euphorie non plus, on était calme et posé, et on s'est dit qu'on allait bien voir ce qui allait se passer". 

Auxerre égalise sur un premier coup de pied arrêté, un corner de Diomède dont a profité Blanc après une hésitation de la défense et de Sence. "Avec la VAR, le but aurait pu être annulé parce que Blanc s'appuie clairement sur Johnny Ecker... Sans ça, peut-être aurait-on gagné, qui sait ?". À la 88e minute, sur un coup franc lointain de Violeau, Laslandes surgit et fait triompher l'AJA, en route pour le doublé. Ramdane voit ça depuis le banc, après avoir été remplacé par Sabin à la 68e minute. Lors de la remise du trophée, Guy Roux invite Pierre Barlaguet, décédé en 2018, à souveler la Coupe avec lui, en guise d'hommage pour ce parcours hors-normes

Transféré au Havre dans la foulée, Ramdane ne participera pas à la Coupe des Coupes, avec deux tours disputés contre le Budapest Honvéd (3-1, 2-1) en 1/16 et l'AIK Solna (1-3, 1-0) en 1/8 qui a ensuite affronté le Barça, futur vainqueur, en 1/4. Sans regrets pour Ramdane : "c'était clair que je voulais jouer en D1, dans une très bonne équipe. J'ai suivi ces matches à la télé parce que c'était mes amis et ils ont fait de très bonnes choses". 

30 ans après, un club à reconstruire

Le rêve est passé mais les souvenirs perdurent. "Il reste beaucoup d'images, beaucoup d'émotions. On a toujours un groupe WhatsApp et quand les dates comme celle de ce trentième anniversaire approchent, on s'échange des messages. Et puis la presse se charge aussi de rappeler notre épopée au peuple nimoîs". Modeste, Ramdane estime qu'il était simplement là "au bon endroit au bon moment. J'avais avec moi des joueurs fantastiques, avec beaucoup de talent et à ce moment-là, j'arrivais à me créer des buts. Toute l'équipe jouait à son vrai niveau et quand on tire tous dans le même sens, on arrive à déplacer des montagnes"

Et même s'il a vécu 20 ans en Allemagne, qu'il a achevé une mission de coach au RC Kouba en Algérie, l'ancien attaquant n'a pas perdu son amour pour le NO, bien au contraire. Après s'être enquéri du résultat du club à Andrézieux-Bouthéon (défaite 4-1 accueilli par un "oh p...." qui vient du coeur) et encaissé le coup, Ramdane ne décolère pas quant à l'état du club après le passage d'Assaf. Tout reprendre, avec des passionnés du NO, tel est son souhait le plus cher. "Tous les anciens Nîmois qui ont passé les diplômes et voulaient s'impliquer, ont été éjectés du club et blacklistés.  Quand j'étais au centre, il y avait René Girard de Vauvert, Pierre Balaguet de Bagnols-sur-Cèze, Emilio Salaber qui avait grandi à Nîmes. C'étaient des noms qui apportaient la grinta de Monsieur Firoud. Ce qui s'est passé, c'est l'inverse de Montpellier qui a monté des échelons avec des anciens qui sont venus aider le club, du bas jusqu'en haut. Il est impératif de remettre de l'ADN nîmois dans le centre de formation. Il faut réaliser que pendant très longtemps, beaucoup de joueurs, et des très, très bons, que l'OM ne regardait pas venaient chez nous. Mais pour repartir, il faut des formateurs de Nîmes et ses environs. Je suis de tout coeur avec les dirigeants actuels qui sont partis de rien et qui réalisent de très belles choses avec peut-être la montée pour remettre des bases sur ce club historique".

Un club toujours aussi suivi et populaire et qui après une décennie noire, veut retrouver les jours heureux, comme ceux vécus par cette épopée qui a marqué une génération.