Peut-on progresser sur un terrain après 30 ans ? Harry Kane a répondu par l'affirmative et rien que ça, c'est un signal positif envoyé à ses collègues. L'Anglais ne s'est pas réinventé intégralement mais, au Bayern, il a pris une lumière qui restait opaque à Tottenham. Pour que ses performances soient vraiment célébrées, il lui fallait un transfert à la mesure de son talent, prendre un risque immense pour s'arracher cette étiquette de buteur d'un club pas assez standing.
En trois ans, Kane est passé de loser impénitent à Ballon d'or. Il y est arrivé grâce à deux composantes : ses buts, nombreux, et son implication tactique, totale. Ce n'est pas donné à tous les attaquants de mettre une part de leur ego de côté pour servir l'équipe. Or c'est un prêté pour un rendu : le collectif voit le leader qui, par ses statistiques individuelles, vous fait gagner. Finalement, il n'a pas été si différent de sa version de Tottenham, sauf qu'il l'a fait à une altitude plus élevée au sein d'un club plus normalisé, plus porté au pinacle et où la normalité est d'écraser la concurrence.

Au-delà de sa saison monumentale avec 73 buts inscrits toutes compétitions confondues, Kane n'a jamais hésité à presser, redescendre, tacler, organiser. Les défenses de la Bundesliga lui ont parfaitement convenu. En Ligue des Champions, il a été immense : lors des matches à élimination directe, il a été décisif lors des cinq matches qu'il a disputés pour un bilan de 6 buts et 2 passes décisives. À la Coupe du monde, s'il n'a scoré ni en 1/4 de finale ni en demi-finale, le capitaine a sauvé les Three Lions contre la RD Congo en 1/16 puis contre le Mexique en 1/8, ce qui est déjà pas mal car l'équipe de Thomas Tuchel était au bord du précipice. De quoi notamment faire oublier son penalty loupé contre les Bleus en 1/4 du Mondial 2022.
Pas le plus médiatique, clairement pas le plus grande gueule, Kane a considéré que ses actes parlaient pour lui, un choix payant, à l'image des récents lauréats, tous des leaders par l'exemple. Il l'a fait sans sacrifier ses statistiques, en étant à la fois omniprésent et discret. Après que Franck Ribéry et Robert Lewandowski ont été privés de la timbale, il a permis au Bayern de prendre sa revanche.
156 buts et 40 passes décisives en 159 matches toutes compétitions confondues : Kane a tenté un coup de poker en signant en Bavière et ce n'était pas du bluff. Les chiffres et l'attitude : l'Anglais a tout compris et pendant que ses rivaux en font un fromage, c'est Harry qui rit.
