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Interview Flashcore - Yannis Voisard : "Le top 15 n'est pas l'objectif premier"

Yannis Voisard
Yannis VoisardPhoto by POOL LUCA BETTINI / BELGA MAG / BELGA VIA AFP

À la suite d'une 11e étape disputée à une vitesse folle et record, le Suisse Yannis Voisard a fait l'honneur à Flashscore d'une interview depuis l'hôtel de la Tudor Pro Cycling Team, à Nevers. Avant de mettre le cap vers les massifs non loin de son Jura natal, le grimpeur revient sur la première moitié du Tour.

Flashscore France : Qu’est-ce que ça fait de faire partie de l'histoire et d’avoir participé à l'étape du Tour de France la plus rapide jamais enregistrée ? C'était dur ou journée normale ?

Yannis Voisard : Ah, c'était aujourd'hui ?

Oui, mieux que celle de 1999 ! 

Ah ! C’est vrai que ça a roulé très très vite toute la journée. C’était de loin pas l'étape la plus dure. Une étape comme hier était nettement plus difficile. Mais, c'est clair, avec le développement du matériel, les pneus, etc. Ça roule de plus en plus vite. Il faut aussi dire qu’il y a eu vent dans le dos toujours la journée !

Oui, comme en quatre-vingt-dix-neuf ! 

Il faut quand même le préciser. Ça fait quand même une grosse différence.

Est-ce que le Tour était un de tes objectifs en début de saison après avoir découvert le Giro ? Et si oui, comment as-tu préparé ta saison avec l'équipe, sachant que tu as scoré très vite, dès la première semaine de course sur l'AlUla Tour. 

Ça me tenait vraiment à cœur de bien démarrer la saison. Donc j'ai pu faire un bon hiver sans trop de problèmes, sans trop de maladies. Autrement, un peu comme je fais d'habitude, j'en ai pas fait spécialement plus, mais le fait de pouvoir faire un hiver complet sans trop de coupures, ça a fait que j'étais très en forme déjà en janvier. J’ai pu vraiment bien commencer avec cette victoire à l'AlUla. Et puis oui, je savais déjà en décembre que sauf gros problème ou chute, je devais faire partie de l'équipe qui allait sur le Tour. J'ai pu vraiment bien me préparer, faire des stages en altitude. Déjà un avant le Pays basque et Romandie, puis un deuxième en Sierra Nevada quelques semaines avant.

Tu es aux portes du top 15. Est-ce que c'est maintenant un objectif ou un résultat qui te conviendrait à Paris ?

J’aimerais bien, oui. C'est sûr que ce serait un super beau résultat aussi, et c’est un super challenge. Mais je ne suis pas vraiment venu là dans cette optique-là. C’est vraiment les étapes et puis essayer de saisir les opportunités comme elles se présentent. Ça peut être essayer de faire un résultat depuis le groupe des leaders. 

Bon, bien sûr, c'est quand même compliqué avec le niveau qu'il y a. Ou depuis une échappée. Pour l'instant, on essaye un peu de trouver le bon équilibre entre ces deux choses. C'est vrai que maintenant que je suis relativement bien placé, cela peut être quelque chose d'intéressant à conserver, mais ce n'est pas l'objectif premier.

Justement, sur les étapes. Le Tour ne passe pas loin de ton Jura suisse ce vendredi et samedi. Est-ce que c'est une motivation supplémentaire pour essayer de faire quelque chose vers la maison ?

Pour moi au final, ça ne change pas grand-chose parce que le but, c'est vraiment de pouvoir montrer mon potentiel chaque jour, et faire mieux chaque jour. Ces étapes-là, elles seront dures, surtout le Markstein. Il faudra vraiment avoir les jambes pour pouvoir faire quelque chose. L’envie est la même chaque jour, chaque matin, mais ce sont les jambes qui décident au final.

Quand tu es dans ce groupe de leaders et que des attaques ont lieu après le travail de sape des équipiers, est-ce qu’il t’arrive presque de te dire que “ça y est, je vais pouvoir réguler mon rythme et pas exploser mes watts” ? 

Par rapport à UAE ? 

UAE ou avec la Visma, pour Vingegaard. 

Je suis réaliste aussi sur mes capacités. Il faut quand même garder ça en tête. Je sais que je ne peux pas rivaliser face à ces gars-là en montagne. Mais exact, il faut réussir à trouver le bon équilibre entre vraiment aller loin dans l'effort, mais quand même pas complètement exploser. C’est pas facile à trouver, mais c'est un peu le but du jeu. Parce que si tu te retrouves tout seul aussi, bon, tu as beau regarder tes watts, t'iras moins vite que si tu es dans un petit groupe avec un leader qui serait peut-être accompagné d'un équipier.

Tu as clairement passé un cap cette saison. As-tu changé quelque chose ?

Non, rien.

Rien. Tu restes le même.

Je suis vraiment content parce que j'arrive à progresser chaque année, chaque saison, à passer des paliers, même si je m'approche dangereusement des vingt-huit ans maintenant. Je pense que je vois gentiment mes limites, mais je suis vraiment satisfait. J'arrive toujours à progresser chaque hiver, chaque saison. Sans faire de gros changements. Ça fait quatre ans maintenant que j'ai le même entraîneur.

Des coureurs comme Julian Alaphilippe, Matteo Trentin (NDLR : qui a abandonné) ou votre compatriote Marc Hirschi ont une grande expérience dans l’équipe sur ce Tour. Es-tu du genre à demander des conseils encore aujourd'hui ou est-ce que tu es plutôt du genre à expérimenter les choses par toi-même ? Ce sont des influences pour toi ?

Il y a les deux. Moi, je suis quelqu'un qui aime beaucoup croire ce qu'il voit.. Et du coup, j'ai toujours fonctionné un peu comme ça tout au long de ma carrière, d'aller étape par étape. Et puis, j’ai envie de valider chaque échelon pour me dire : “Oui, OK, tu es à ce niveau-là, tu peux peut-être essayer de grappiller quelques places.” Mais c'est clair que l'expérience qu'ils ont, Julian et Marc, et aussi Marco Haller, qui a énormément de Tours de France à son actif (onze), fait que ce sont des gens hyper importants pour l'équipe.

La force tranquille, Marco Haller.

C’est ça. Je dirais même peu importe les résultats qu'ils font parce qu'ils apportent vraiment cette expérience-là que je n'ai pas du tout. C'est hyper important pour être serein en course et puis pour simplement avoir quelque part un guide.

Tu parlais de franchir les échelons progressivement, année après année, pour que tu te sentes évolué. Est-ce qu'un jour, tu te sentirais capable de gagner ou de jouer vraiment le podium d'une course par étapes ?

Ça dépend toujours du niveau qu'il y a. Des courses comme le Tour de Romandie, j'espère une fois être dans une position pour peut-être viser le podium. De là à gagner, on sait que chaque année, il y a quand même un très haut niveau, comme avec Pogačar cette année. Ça, je sais que je serai jamais au niveau pour battre des coureurs comme ça. À moins qu'ils aient une chute ou une maladie comme ça à la pédale. Je n'arriverai jamais à leur niveau. Mais oui, j'espère ! 

Tu es un pur produit de l’Académie depuis la création de la Tudor Pro Cycling Team, qu'est-ce qui a changé depuis le début ? Tu dois être très attaché à l'équipe et comment tu évalues sa progression ? 

Je trouve que c’est vraiment quelque chose de super à vivre et puis d'hyper rare pour un coureur d'être là depuis vraiment le tout premier jour où l'équipe s'est créée. Même avant, vu que j'ai fait deux ans chez la Swiss Racing Academy. Après, justement, il y a la Tudor Pro Cycling Team qui est arrivée. On était d’abord l'équipe continentale et après, on est monté à l'échelon supérieur l'année suivante. Et voir vraiment comment ça a évolué depuis un service course où il n'y avait même pas de fenêtre, à Zofingen, dans une zone industrielle, au nouveau centre qui est en train de se construire, l’évolution est marquante. Et oui, c'est vraiment une chouette expérience et une chouette aventure. Bien sûr que cette équipe me tient beaucoup à cœur aussi parce que quand tu vois tout le développement qu'il y a eu, toutes les étapes où on est passé, c'est chouette.

Et puis, tu es Suisse dans une équipe suisse. Je pense que tu as grandi avec IAM, par exemple. C'est des choses qui devaient te faire envie quand tu regardais à la télé.

Oui, exact. Je pense que j’étais junior quand il y avait IAM. Peut-être même cadet. Et bien sûr, ce sont des choses qui poussent les jeunes vers le plus haut niveau. Il y a eu BMC aussi. Et j'espère que nous, maintenant, on arrive à créer un peu ça avec la Tudor Pro Cycling Team pour les nouvelles générations.

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